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ARCHIVÉ : La menace de Terrorisme Biologique ou Chimique Selon les sources publiées

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Le terrorisme chimique

Toxicité

Comme on l'a signalé dans la section précédente, la toxicité des agents chimiques se situe en général entre celle des substances chimiques les plus mortelles et celle des armes classiques, ou dans la catégorie la plus faible des armes de destruction massive. Par exemple, Kupperman et Trent estiment que, à partir du «poids nécessaire pour produire des pertes humaines importantes dans un périmètre d'un mille carré dans des conditions théoriques», il faut 320 millions de grammes d'explosifs combustible-air, 32 millions de grammes de bombes en grappe à fragmentation, 32 millions de grammes d'acide cyanhydrique, 3,2 millions de grammes de gaz moutarde, 800 000 grammes de gaz neurotoxique (sarin), 5 000 grammes d'une bombe nucléaire «brute» (matériel fissile seulement), 80 grammes de toxine botulinique de type A et 8 grammes de spores de l'agent du charbon bactéridien (Kupperman et Trent, 1979 : 57). De même, on a estimé qu'il faudrait 100 grammes d'agent neurotoxique «V», ou près de 40 livres de cyanure de potassium, pour donner le même effet qu'un seul gramme de culture de l'agent de la fièvre typhoïde dans une source d'approvisionnement en eau (SCJ, 1990 : 3-4). En d'autres termes, pour invalider ou tuer une personne consommant moins de la moitié d'une tasse d'eau non traitée provenant d'un réservoir de 5 millions de litres, il faudrait pas moins de 10 tonnes de cyanure de potassium, mais seulement 0,5 kg de Salmonella typhi (OTA, 1991 : 52).

Comme pour les agents biologiques, la létalité varie beaucoup selon le type d'agent chimique. Des deux principales catégories de toxiques chimiques, soit les fluoroacétates et les composés organophosphorés, la dernière est généralement considérée comme la plus létale64. À une extrémité de la gamme de létalité, le fluorophosphate de diisopropyle est décrit comme un «poison relativement bénin» (Mullen, 1978; 69). Par ailleurs, le TEPP, un composé organophosphoré, est l'insecticide le plus toxique sur le marché (Jenkins et Rubin, 1978 : 224). Toutefois, le sarin (agent neurotoxique), absorbé par voie orale, est dix fois plus toxique pour les humains que le TEPP; selon Berkowitz et coll., «une éclaboussure d'une petite quantité de sarin sur la peau est susceptible de produire une concentration de vapeur suffisamment élevée pour dépasser la DL50 par inhalation (dose létale moyenne par inhalation) en une seule inspiration» (Berkowitz et coll. 1972 : VIII-25)65. Voici ce qu'ils en disent :

«À l'air libre, six livres de sarin distribuées par une charge d'éclatement de trois livres à une hauteur de 15 pieds crée une dose de 3 500 mg/min/m3 à 20 verges de l'éclatement en moins de dix secondes; en 25 secondes, le nuage s'est répandu dans un rayon de 50 verges et la dose moyenne est de 100 mg/min/m3 (Robinson, 1967). Une minute après l'éclatement de la charge, quiconque se trouve à l'intérieur d'un périmètre de moins de 70 000 pieds carrés de l'éclatement aura reçu au moins la dose létale moyenne, et probablement beaucoup plus. Dans un espace fermé (salle de réception, auditorium), les effets seraient même plus prononcés.» (Berkowitz et coll., 1972 : VIII-25).

Les agents V sont encore plus toxiques; «le VX, absorbé par inhalation, est dix fois plus toxique que le sarin, mais, par voie cutanée, il est 300 fois plus toxique» (Kupperman et Trent, 1979 : 65)66.

Douglass et Livingstone affirment que «la quantité de VX qui peut tenir sur la tête d'une épingle est suffisante pour causer la mort d'une personne» (1987 : 17)67. Livingstone signale que, «dans des tests effectués par l'armée, une goutte de VX absorbée par la peau a été suffisante pour tuer un chien» (1982 : 110).

Comme dans le cas des agents biologiques, il serait également trompeur de se servir des doses létales individuelles pour tenter d'évaluer le nombre de morts au cours d'une attaque massive, car il faut tenir compte de l'efficacité de la distribution de l'agent. Comme Mengel le fait remarquer :

«La capacité des terroristes de faire appel à des techniques chimiques dépend davantage des caractéristiques de la cible, des toxique qu'ils peuvent se procurer et des conditions nécessaires pour bien les distribuer et les disséminer que de la toxicité intrinsèque des substances chimiques [...] l'utilisation d'agents chimiques produirait le moins de pertes de vie (dans toutes les catégories d'armes de destruction massive) à cause de la nécessité d'avoir une cible précise vulnérable et de la difficulté associée à la dissémination de l'agent.» (1976 : 446).

De même, Mullen soutient qu'«il ne semble pas imaginable que l'on puisse organiser un attentat chimique pouvant avoir le potentiel de destruction d'une arme nucléaire ou biologique [...] Pour avoir une certaine probabilité de causer des milliers de morts, même une opération militaire faisant appel à des gaz neurotoxiques exigerait la dispersion de centaines de milliers de kilogrammes de ces substances» (1978; 78, 83).

On estime habituellement que les armes chimiques, tels les gaz neurotoxiques, peuvent causer la mort de centaines ou même de milliers de personnes (Kupperman et Trent, 1979 : 63 et 84; Kupperman et Woolsey, 1988 : 5; Mengel, 1976 : 446). Quelques auteurs énoncent des chiffres beaucoup plus élevés, de l'ordre de ceux qu'on peut obtenir à l'aide d'armes biologiques, ou même d'armes nucléaires. Ainsi, par exemple, Douglass et Livingstone soutiennent que «quatre tonnes de VX sont suffisantes pour causer la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes si on libère la substance sous forme d'aérosols dans une zone urbaine achalandée» (1987 : 17). Clark va même plus loin; il prétend qu'«un contenant de VX jeté d'un immeuble de plusieurs étages ou pulvérisé sur une grande ville à partir d'un petit avion tuerait des millions de personnes» (1980 : 110)68. Toutefois, la plupart des auteurs semblent être d'accord avec Berkowitz et coll. pour dire que «même les meilleurs agents chimiques disponibles, utilisés dans un attentat aux limites raisonnables, ne pourraient se traduire par l'exposition de plus de quelques centaines de personnes en une seule fois» (1972 : IX-7)69. Berkowitz et coll. concluent : «Par conséquent, les agents chimiques sont parmi les armes les plus violentes celles qui constituent la menace la moins grave, mais comme ils demandent peu de ressources et que l'expertise à leur sujet est répandue, il faut en tenir compte.» (1972 : IX-7).

Les dernières propriétés des agents chimiques qu'il convient de signaler ici est que, contrairement aux agents biologiques, leurs effets sont pratiquement instantanés. Selon les mots mêmes de Mullen : «La mort par intoxication aux composés organophosphorés peut survenir si rapidement que les sujets affectés peuvent n'avoir aucune conscience de ce qui leur arrive.» (1978 : 71). Selon une autre source, une dose d'un milligramme d'un agent neurotoxique «peut habituellement tuer une personne en moins de 15 minutes» (Joyner 1990 : 137).

Présumé avantages des armes chimiques

Bien qu'elles ne soient pas aussi toxiques que la plupart des armes faisant usage d'agents biologiques mortels, les armes chimiques comportent certains avantages qui peuvent les rendre plus intéressantes aux yeux des terroristes. Un certain nombre d'auteurs soutiennent qu'ils sont moins coûteux que les agents biologiques (Douglass et Livingstone, 1987 : 12-13; Alexander, 1983; 229; Mullins, 1992 : 116). Par exemple, Livingstone cite une source où l'on a calculé que «le coût de production de 1 000 kg de sarin (un agent neurotoxique), basé sur le coût des matières premières pour un petit laboratoire, serait d'environ 200 000 dollars» (1986 : 143)70. Par ailleurs, Douglass et Livingstone semblent se contredire plus tard en citant une estimation de 1969 dans laquelle ils indiquent qu'«une opération sur une grande échelle contre une population civile» pourrait coûter en pertes de vies humaines environ 600 dollars le kilomètre carré dans le cas d'armes neurotoxiques et seulement 1 dollar dans le cas d'armes biologiques (1987 : 16). Bien sûr, on ne peut douter que les armes chimiques coûtent beaucoup moins cher à fabriquer que les armes nucléaires, que ce soit pour un terroriste ou pour qui que ce soit.

On a également affirmé que les agents chimiques étaient «plus faciles à utiliser» que les agents biologiques (Douglass et Livingstone 1987 : 12). Cette allégation assez vague pourrait faire allusion à différents aspects. Douglass et Livingstone signalent certains de ces aspects : les agents chimiques sont plus stables, plus faciles à conserver dans des contenants, plus facilement à disperser et à maîtriser (du fait qu'ils ne sont pas contagieux) (1987 : 12-13). Alexander est d'accord pour dire que «ces substances sont faciles à administrer et que leurs techniques de dispersion sont efficaces» (1983 : 229); Mullins, pour dire qu'«ils sont faciles à disperser et à disséminer et qu'ils sont assez faciles à maîtriser» (1992 : 116). Sur ce dernier point, Mullins ajoute : «Les agents chimiques sont beaucoup plus faciles à utiliser que les armes nucléaires ou les agents biologiques. On peut administrer précisément des agents chimiques de façon à ne toucher qu'une population bien ciblée.» (1992 : 111, 116). Par ailleurs, Mengel soutient que, comparativement aux agents biologiques, «l'utilisation des agents chimiques est en fait limitée par des problèmes d'administration (1976 : 446). La question de la facilité d'administration sera abordée plus à fond plus loin.

Contrairement à ce qui a été dit plus haut concernant la quasi instantanéité des effets de certains agents chimiques, Mullins soutient que «l'un des principaux avantages des agents chimiques sur les armes nucléaires ou les agents biologiques est qu'en utilisant judicieusement les substances chimiques, ont peut en retarder les effets pendant un certain temps. C'est-à-dire que les agents pourraient être dispersés de telle façon qu'il faudrait des jours ou des semaines avant que les effets ne se fassent sentir» (1992 : 111). On se demande pourquoi ce serait plus facile dans le cas d'armes chimiques que dans le cas d'armes biologiques Quoi qu'il en soit, c'est probablement au moins en partie sur cette hypothèse que se base Mullins pour indiquer un autre présumé avantage des armes chimiques : «elles sont pratiquement indétectables» (1992 : 116)71

. Mullins mentionne également un facteur probablement relié à celui-ci (ou à celui de la facilité à maîtriser un agent chimique du fait qu'il n'est pas contagieux) : «l'utilisation des agents chimiques comporte peu de risques» (1992 : 116).

En mentionnant les présumés avantages des armes chimiques, Mullins semble encore se contredire. D'une part, il affirme :

«Le fait que la vie active des agents chimiques soit plus longue que celle des agents biologiques constitue un autre avantage pour les premiers. Non seulement les agents chimiques se conservent-ils plus longtemps (à moins évidemment que l'agent biologique soit congelé ou que ses fonctions vitales soient momentanément suspendues), mais ils durent également plus longtemps dans la nature. Le VX peut, selon les conditions climatiques, rester actif de 3 à 16 semaines. Par conséquent, il n'est pas nécessaire que la population visée vienne en contact immédiatement avec l'agent chimique (1992 : 111)72.

Toutefois, Mullins poursuit en indiquant comme autre avantage des agents chimiques le fait que «la plupart se dispersent rapidement, permettant aux terroristes d'avoir accès au secteur cible peu de temps après» (1992 : 116). Outre l'apparente contradiction ici, on peut se demander si les agents chimiques auraient nécessairement un avantage sur les agents biologiques sous les rapports de la dispersion rapide ou de la longévité relative; tout dépendrait probablement de l'agent considéré. Les agents chimiques et les agents biologiques présentent certainement un avantage sur les armes nucléaires de destruction massive, car elles permettent un accès comparativement rapide au site, mais serait-ce à l'avantage des terroristes ou des forces antiterroristes73?

Douglass et Livingstone ont également traité de la relative «facilité de fabrication» des agents chimiques comparativement aux agents biologiques (1987 : 13)74. Mais ces auteurs semblent encore se contredire lorsqu'ils soutiennent que la fabrication d'armes chimiques exige des «techniques assez avancées», alors que les matières premières nécessaires à la fabrication d'une arme biologique sont faciles à obtenir dans la plupart des pays et devraient poser peu de problèmes aux terroristes (1987 : 23). Alexander affirme simplement que les armes chimiques sont «relativement faciles à obtenir» (1983 : 229) et ne parle pas de leur fabrication ou de leur acquisition par d'autres moyens. Concernant le dernier point, Ye. Primakov, le chef des Services russes de renseignements extérieurs, a fait remarquer que «l'utilisation assez généralisée de substances toxiques par la police et des forces spéciales dans de nombreux pays constitue une tentation de plus pour les terroristes d'utiliser des armes chimiques» (1993 : 5). On ne sait pas exactement toutefois si Primakov fait allusion aux occasions de vol de ces substances ou plutôt du précédent que constitue le fait qu'elles soient utilisées. En ce qui concerne la première possibilité, Mullins indique que le faible niveau de sécurité qui semble entourer les endroits où des armes chimiques sont entreposées les rendrait plus faciles à voler (1992 : 109).

Dans leur évaluation des avantages comparatifs des agents chimiques et des agents biologiques à des fins de terrorisme, Kupperman et Trent font observer que «les agents pathogènes mortels sont difficiles à obtenir sur le marché et que la croissance, le maintien et la dispersion des agents biologiques exigent des techniques plus complexes que pour les agents chimiques» (1979 : 85). De même, Mengel affirme que, parmi les technologies examinées, les agents chimiques demandent le moins de ressources à fabriquer (1976 : 446). Par ailleurs, Hurwitz allègue, sans élaborer davantage, qu'«il peut être même plus facile à des terroristes de se procurer des armes biologiques que des armes chimiques» (1982 : 38). Mullins semble être d'accord avec cette assertion en situant «le terrorisme chimique à mi-chemin entre la technologie requise pour fabriquer un dispositif nucléaire et la facilité d'utilisation des agents biologiques» (1992 : 108).

Comme on peut le voir, les auteurs consultés ne s'entendent pas tous sur les avantages relatifs des agents chimiques et des agents biologiques pour les terroristes. Mullins, sans doute le plus grand «partisan» des agents chimiques, déclare : «En ce qui concerne le terrorisme NBC, les agents chimiques constituent l'arme idéale [...] Les agents chimiques offrent la meilleure probabilité de réussite [...] On estime que la plus sérieuse menace du terrorisme NBC provient des agents chimiques.» (1992 : 116). De même, Thornton soutient que, «étant donné que le vol ou la fabrication d'un dispositif nucléaire est exceptionnellement difficile et que les armes biologiques sont foncièrement imprévisibles, ce sont les armes chimiques qui offrent aux terroristes le plus grand nombre d'options possibles» (1987 : 6)(75) Mullen, par contre, soutient qu'il serait plus difficile de constituer une menace de destruction massive vraisemblable avec des agents chimiques qu'avec des agents biologiques (1978 : 78). Dans le même ordre d'idées, Berkowitz et coll., dans leur étude détaillée du sujet, plus particulièrement en ce qui concerne la destruction massive, concluent : «Les substances toxiques représentent une menace relativement inefficace, mais les armes nucléaires et les agents pathogènes constituent des menaces de gravité comparable, l'utilisation de ces derniers étant davantage réalisable.» (1972 : VIII-89). Plus loin, ils expliquent : «Les attentats au moyen d'agents chimiques toxiques offrent au terroriste de nombreuses options et nécessitent peu de ressources, mais ils dépendent beaucoup de la vulnérabilité de cibles précises, la dissémination de l'agent peut poser de graves problèmes et l'impact net est beaucoup moins important qu'avec une arme nucléaire, même dans les meilleures situations.» (1972 : IX-5). Si les avantages comparatifs des agents chimiques et des agents biologiques ne sont pas toujours faciles à partager, ceux des agents chimiques et biologiques d'une part comparés à ceux des armes nucléaires d'autre part semblent toutefois évidents en ce qui a trait à des aspects comme la facilité de fabrication ou des autres modes d'acquisition et la sélectivité de la cible.

Enfin, certains avantages prêtés aux agents biologiques dans la section précédente pourraient également s'appliquer aux agents chimiques. On pourrait relever, par exemple, l'indétectabilité des agents chimiques par les systèmes de détection antiterroriste habituels (Root-Bernstein, 1991 : 50), que ce soit pour empêcher ou détecter rapidement un attentat (afin de prendre des mesures de protection) (Kupperman et Trent, 1979 : 89)76; l'absence de «signature» et la possibilité de réaliser ainsi des attentats non revendiqués (OTA, 1992 : 37); la possibilité de limiter les dommages aux être humains ou à d'autres organismes vivants et de laisser ainsi intacts les autres matières et structures (Wiener, 199b : 65; Joyner, 1990 : 136); et, malgré que Mengel ait tenté d'apporter une distinction entre les agents chimiques et les agents biologiques sous ce rapport, la facilité d'adaptation des agents chimiques, qui peuvent être utilisés à des fins de démonstration sur de petites cibles isolées ou pour un attentat plus dévastateur (Mengel, 1976 : 446).

Ressources nécessaires

Bon nombre des observations formulées plus haut sur la capacité des terroristes de fabriquer des agents biologiques s'appliquent également aux agents chimiques. Presque tous les auteurs soulignent à quel point il pourrait être facile d'obtenir les données pertinentes dans la littérature non classifiée, de se procurer les substances chimiques nécessaires et de préparer une arme chimique (Barnaby, 1992 : 85). Sur ce premier point, par exemple, on fait souvent observer que tant les États-Unis que le Royaume-Uni ont déclassifié (et, selon certains, «diffusé largement») la formule pour fabriquer le VX (Clark, 1980 : 110; Thornton, 1987 : 7). Selon Kupperman et Trent, «la méthode préparation du VX a d'abord été publiée par le Bureau des brevets britannique» (1979 : 65). Mullen ajoute que «suffisamment d'informations ont également été publiées aux États-Unis pour permettre de déduire la formule et les méthodes de fabrication» (1978 : 71). Alexander cite un rapport publié en 1978 qui assure que «les terroristes qui veulent fabriquer des gaz neurotoxiques mortels peuvent encore trouver les formules à la Bibliothèque nationale britannique en dépit des efforts du gouvernement pour les rendre inaccessibles au public (1981 : 346, citant un article tiré de The Observer (Londres) du 19 novembre 1978). Douglass et Livingstone, dans une affirmation péremptoire qui leur est caractéristique, déclarent :

«Les formules pour fabriquer des agents neurotoxiques, le gaz moutarde, le LSD et des herbicides se trouvent facilement dans diverses publications scientifiques. En 1971, le US Defence Department a lui-même déclassifié la formule du VX, l'agent neurotoxique le plus puissant. Une publication de l'Institut de recherche sur les forces armées de Suède intitulée C-agents : Properties and Protection décrit même en détails comment lancer une attaque au gaz, avec les formules pour calculer la vitesse du vent et les concentrations létales de l'agent.» (1987 : 16-17).

Ponte signale que «l'Angleterre et les États-Unis ont déclassifié la formule de fabrication du VX en 1971 et qu'aux États-Unis, on peut la retrouver dans le dossier de la conférence de Genève sur le désarmement qui est largement diffusé. Il ajoute :

«Entre-temps, l'Angleterre a également rendu public le brevet relatif à un gaz neurotoxique V apparenté, le VM, qui est susceptible d'intéresser tout particulièrement les technoterroristes tels les membres du RISE. Ce brevet indique quelles substances chimiques ajouter à l'eau d'un petit étang pour créer du VM. Une fois que ces substances chimiques sont ajoutées, la concentration de VM létal dans l'étang continue d'augmenter avec le temps selon le document. Et cette information est disponible dans toutes les bibliothèques de brevets au monde.»

D'autres brevets britanniques accessibles au public révèlent comment fabriquer des toxines, des substances chimiques psychodysleptiques (modifiant l'activité mentale normale) et divers explosifs...» (1980 : 53).

Ailleurs, Ponte relate un incident où «lors d'un colloque, en 1969, en Angleterre, un professeur a griffonné sur un tableau noir la formule de fabrication du VX devant des centaines d'étudiants radicaux, et cette formule a abondamment circulé par la suite» (1977 : 79).

Mullen, en ce qui a trait à la facilité d'obtenir de l'information sur des agents chimiques dans la littérature non classifiée, indique : «Il y a littéralement des dizaines de milliers d'articles techniques, de monographies et de livres dans ce domaine. Un terroriste bien renseigné, opérant dans la clandestinité, a pratiquement à sa portée, dans n'importe laquelle bibliothèque universitaire, toute l'information nécessaire pour synthétiser des agents chimiques toxiques à partir de matières premières ou d'intermédiaires.» (1978 : 67).

En ce qui concerne la fabrication même de ces agents, Hurwitz explique :

«Il est relativement facile de fabriquer des agents neurotoxiques violents, car les techniques utilisées sont semblables à celles servant à fabriquer les insecticides; dans certains cas, il suffit d'utiliser comme intermédiaire un insecticide ou une autre substance chimique disponible dans le commerce et de lui faire subir une seule autre réaction chimique. Le matériel et les substances chimiques nécessaires peuvent facilement être obtenus des fournisseurs de substances chimiques. En outre, les méthodes de synthèse chimique utilisées sont décrites dans des douzaines d'articles que l'on peut trouver dans la littérature non classifiée.» (1982 : 38).

Kupperman et Trent font également remarquer qu'«une modification relativement légère de la structure chimique d'une substance peut en décupler la toxicité» ( 1979 : 64). Avant d'aborder le sujet, Mullins nous met en garde : «La fabrication et l'utilisation de substances chimiques demandent de la part d'un terroriste une certaine dose de connaissances techniques. Très peu des agents chimiques que les terroristes sont susceptibles d'utiliser sont d'origine naturelle [...] La plupart des agents chimiques doivent être synthétisés en laboratoire.» Toutefois, il poursuit en minimisant le niveau d'expertise technique nécessaire : «Avec des connaissances pratiques de base en chimie, toutefois, un terroriste n'aurait pas la tâche trop difficile. On peut fabriquer du VX, l'une des substances chimiques les plus mortelles que l'on connaisse, en consultant des livres que l'on peut trouver dans n'importe laquelle bibliothèque, et aucune matière ou connaissance spéciale n'est requise. De l'encre de stylo à bille peut, en une seule étape, être transformée en sarin.» (1992 : 108-109)77. L'OTA affirme que le niveau relativement peu élevé d'expertise nécessaire ne devrait pas surprendre étant donné que le sujet est connu depuis longtemps : «Les munitions chimiques classiques et la façon de les fabriquer étaient bien connues dès la Première Guerre mondiale, il y quelque 75 ans, et plusieurs pays les ont perfectionnées pour la Deuxième Guerre mondiale.» (1991 : 32). Lowell Ponte décrit comment «fabriquer les gaz toxiques bruts qui ont été utilisés au cours de la Première Guerre mondiale à partir d'ingrédients disponibles dans le commerce ou même à la maison. Vous voulez fabriquer du chlore, un gaz mortel comme celui qui a tué des soldats américains dans les tranchées en France? Vous n'avez qu'à mélanger du Drano et de l'eau de javel dans une bouteille, bien mélanger et... sauve qui peut!» (1977 : 79)78.

Bien qu'il soit relativement facile de fabriquer des agents chimiques, un certain nombre d'auteurs préviennent qu'une telle entreprise peut être dangereuse. Kupperman et Trent, par exemple, font remarquer qu'«un spécialiste en chimie organique moyennement compétent, qui dispose d'installations de laboratoire limitées, peut synthétiser du sarin et du VX, mais qu'il court ainsi un risque considérable» (1979 : 65). Douglass et Livingstone élaborent davantage sur ce point :

«...les terroristes et les autres malfaiteurs courent certainement des risques en tentant de fabriquer des agents chimiques ou biologiques [...] Certaines formules chimiques et instructions publiées sont souvent inadéquates, car ce qu'on peut appeler l'"alchimie" du procédé est délibérément omise [...] Certaines instructions sont même publiées avec des "erreurs" intentionnellement ajoutées — de légères erreurs dans les quantités, la température ou le procédé qui sont subtilement conçues pour causer de sérieux problèmes a un amateur ou, plus précisément, à un terroriste inexpérimenté.» (1987 : 17).

Bien sûr, certains types d'agents chimiques sont plus difficiles à fabriquer et à utiliser que d'autres. Selon Douglass et Livingstone, par exemple, «les agents neurotoxiques les plus sophistiqués sont difficiles et dangereux à fabriquer, mais il en existe de nombreuses variétés qui ne sont pas plus difficiles à fabriquer qu'un insecticide en pulvérisation et qui, par conséquent, sont relativement faciles à transformer en armes» (1987 : 12). En fait, Mengel indique que les insecticides eux- mêmes pourraient être utilisés comme des armes par des terroristes (1976 : 455). Dans les deux principales catégories d'agents chimiques, Mullen indique que ce sont généralement les fluoroacétates les moins toxiques qui sont les plus faciles à fabriquer :

«Il est facile de se procurer les substances chimiques et l'équipement nécessaires pour préparer ces agents chimiques; leur achat ne devrait pas provoquer de soupçons concernant leur utilisation finale; et [...] on peut préparer des fluoroacétates dont la toxicité est beaucoup plus élevée que, par exemple, ceux à base de fluoroacétate de sodium que l'on peut se procurer sur le marché, et les transformer en armes chimiques.

Les étapes initiales de la synthèse d'un fluoroacétate sont assez simples et faciles à réaliser et elles donnent des substances directement utilisables comme agents toxiques. Ces procédés sont décrits avec assez de détails dans les manuels de chimie organique du premier cycle.» (1978 : 68).

Mullen poursuit dans le cas de composés plus toxiques :

«Leur préparation [...], quoiqu'elle puisse être un peu plus difficile que celle des fluoroacétates plus simples, ne serait pas susceptible de présenter un défi particulier à un chimiste expérimenté.

Un kilogramme (2,2 livres) d'acide 8-fluorooctanoïque renferme 5 000 doses létales potentielles. Une seule personne pourrait facilement fabriquer plusieurs dizaines de kilogrammes de cette substance en quelques semaines, à temps perdu. La production d'un million de doses létales n'est en définitive qu'une question de temps. (1978 : 68).

Berkowitz et coll. sont généralement d'accord avec cette évaluation, mais ils supposent une période de production légèrement plus longue :

«...les procédés en jeu dans la fabrication des composés toxiques sont des procédés courants en chimie organique; le but ultime du terroriste n'a rien à voir dans leur exécution. À part les précautions spéciales qu'il faut prendre en manipulant les matières toxiques et en nettoyant les lieux après la synthèse de chaque lot, les opérations ne sont pas différentes de celles que l'on effectue quotidiennement dans des milliers de laboratoires de chimie dans l'industrie, le gouvernement et les universités. Si le terroriste dispose de telles installations, ses problèmes sont réduits au minimum. Sinon, il pourrait créer lui-même une petite entreprise apparemment légitime, louer un atelier muni de l'eau courante, d'égouts et de l'électricité et se monter un laboratoire. À part les salaires, ses dépenses annuelles, incluant l'équipement et le matériel de laboratoire, seraient sans aucun doute inférieures à 10 000 dollars, et il pourrait ainsi fabriquer facilement dix kilogrammes de matière toxique par année en travaillant sans de fatiguer une quarantaine d'heures par semaine. À noter qu'une seule personne pourrait s'acquitter de cette tâche et que cette estimation tient compte des accidents de laboratoire mineurs, des bris et des lots perdus.» (Berkowitz et coll., 1972 : VIII-20).

En ce qui concerne les composés organophosphorés, Mullen fait remarquer que ces composés sont moins courants ou même impossibles à obtenir sur le marché normal, mais qu'ils peuvent être fabriqués dans un laboratoire clandestin :

«Par exemple, le sarin peut être synthétisé dans un petit laboratoire en quantité suffisante pour causer, s'il est bien dispersé, des milliers de décès, et ce avec un modeste investissement en substances chimiques et en matériel de laboratoire. Les substances de départ sont disponibles dans le commerce, les procédés de synthèse sont décrits dans la littérature et le matériel de laboratoire nécessaire peut être obtenu de la plupart des fournisseurs de laboratoire. Les protocoles (et il en existe plusieurs) servant à préparer 100 g de sarin peuvent être considérés comme fastidieux; il faut de l'acide fluorhydrique, un acide difficile à manipuler, mais ces protocoles sont parfaitement à la portée d'une personne ayant reçu une certaine formation supérieure en chimie organique. On peut également ajouter que les méthodes de synthèse du tabun, un composé organophosphoré plus toxique que le sarin, sont similaires.

Divers agents V peuvent être préparés, mais plus difficilement que le sarin. Il y a davantage d'étapes, la méthode est plus dangereuse à cause de la nature de certains intermédiaires et du produit final, mais encore là, les procédés sont tout à fait à la portée d'un chimiste diplômé inscrit à un programme d'études supérieures.» (1978 : 71-72).

Contrairement aux agents biologiques, on semble s'entendre sur le niveau de compétence requis pour fabriquer un agent chimique : des études supérieures en chimie (Clark, 1980 : 110; Jenkins et Rubin, 1978 : 223; Mullen, 1978 : 72; Hurwitz, 1982 : 38).79 À cet égard, de nombreux auteurs mentionnent qu'il faut uniquement un «chimiste moyennement compétent» (Kupperman et Trent, 1979 : 64; Barnaby, 1992 : 85-86) ou même «n'importe lequel scientifique compétent» (Clark, 1980 : 110). On ne s'entend pas toutefois pour dire si une seule et même personne pourrait produire une arme chimique et l'utiliser efficacement dans un attentat terroriste. Selon Mengel :

«La fabrication et l'emploi des agents chimiques faisant appel à la haute technologie ne sont pas des tâches extrêmement difficiles pour un chimiste ou un toxicologue expérimenté [...] Les chimistes interrogés sont tous d'accord : une seule personne possédant les connaissances voulues pourrait acheter légalement tout l'équipement et le matériel nécessaires et monter un laboratoire pouvant probablement produire plus de 10 kilogrammes d'agent toxique par année, selon le type d'agent. Par conséquent, avec quelques milliers de dollars de fournitures, beaucoup de temps libre et une petite installation, une personne avertie pourrait se procurer les ingrédients nécessaires pour tuer des milliers de personnes.»

Il poursuit toutefois :

«Ce qui serait probablement plus difficile et plus risqué pour le terroriste serait de fabriquer un dispositif de dispersion satisfaisant et d'assurer cette dispersion [...] les possibilités d'essais opérationnels sont limitées [...] Il faudrait trois à cinq personnes pour monter le dispositif et vérifier qu'il fonctionne avant les opérations. Les données sur l'endroit visé, plus particulièrement les systèmes de chauffage et de conditionnement de l'immeuble, sont très importantes...

...une personne expérimentée pourrait fabriquer et utiliser des agents chimiques. Toutefois, il est extrêmement improbable qu'une seule et même personne possède les connaissances techniques, soit au fait des aspects opérationnels de l'analyse du lieu visé et connaisse les méthodes d'attentat, la façon de placer le dispositif, les éléments de sécurité et le moyen de s'échapper. Deuxièmement, il est improbable qu'un terroriste possédant l'expertise tactique nécessaire possède également la compétence nécessaire pour réussir à fabriquer des agents chimiques.» (1976 : 455).

Types d'agents susceptibles d'être utilisés

Comme dans le cas des agents biologiques, on a relevé un grand nombre de substances chimiques pouvant intéresser les terroristes. Selon Kupperman et Kamen, «il existe littéralement des dizaines de milliers de substances chimiques très toxiques» (1989 : 101). Mullen évalue à «plus de 50 000 le nombre de composés organophosphorés différents uniquement» (1978 : 69). Les agents mentionnés expressément dans la littérature sur le terrorisme chimique et biologique comprennent : les insecticides comme le sulfate de nicotine, le DFP (diisopropylphosphorofluoridate), le parathion et le TEPP; des herbicides comme le 2,4D et le 2,4,5T (contre des plantes, la TCDD (dioxine) et la benzidine (112-114); les hémotoxiques sanguins comme le cyanure d'hydrogène et le chlorure de cyanogène; les agents suffocants comme le chlore, le phosgène (chlorure de carbonyle) et la chloropicrine; les agents vésicants comme le gaz moutarde, la moutarde azotée et la lewisite; et les agents neurotoxiques comme le tabun, le sarin, le VX et le soman. Les autres substances chimiques mentionnées sont l'acide prussique (acide hydrocyanique), le diéthylamide de l'acide lysergique (LSD), l'aminazine, les phéromones, la nicotine pure, l'oxime de phosgène (CX), l'arsenic, le cobalt-60, le composé 1080, l'arsine, le nickel carbonyle, le fluoroacétate de sodium et la strychnine.

Comme la liste ci-dessus l'indique, des auteurs ont même émis l'hypothèse que des terroristes pourraient utiliser des agents psychoactifs ou des drogues psychodysleptiques. Selon Douglass et Livingstone :

«...les terroristes pourraient même opter pour des agents psychoactifs capables de modifier profondément le comportement chez des groupes cibles. Certaines drogues produisent des dysfonctions sexuelles, de la léthargie et de la dépression; d'autres modifient l'activité mentale normale et perturbent la pensée logique, produisant ainsi une sorte de "cécité psychologique"[...] De telles drogues, administrées subrepticement à une population qui ne se doute de rien, pourraient avoir des conséquences graves pour la société et la sécurité nationale.» (1987 : 14-15).

De même, Joyner signale qu'«il n'est pas nécessaire de tuer pour arriver au but principal visé, c.-à-d. infliger de graves perturbations psychologiques à une population. Certains agents chimiques ont un effet incapacitant seulement temporaire et ne laissent pas de séquelles.» (1990 : 136).

La plupart des auteurs (y compris Douglass et Livingstone), toutefois, considèrent que les agents neurotoxiques sont les armes les plus susceptibles d'être choisies à cause de leur létalité (voir la section sur la toxicité ). Dans leur étude du sujet, Berkowitz et coll. se penchent sur un petit groupe d'anticholinestérases organophosphorés qui pourraient intéresser un terroriste, par exemple le TEPP parce que c'est l'insecticide le plus toxique disponible dans le commerce; le sarin (GB) car le fait qu'il soit une arme chimique normalisée et utilisée par les États-Unis atteste de son efficacité, et certains dérivés organophosphorés de la choline dont le niveau de toxicité mentionné dans les publications en font les plus puissants composés toxiques synthétiques connus (Berkowitz et coll. 1972 : VIII-24). Barnaby va plus loin et réduit le choix à un seul type d'agent : «De tous les gaz neurotoxiques, le tabun est le plus facile à fabriquer et est donc l'agent chimique le plus susceptible d'être utilisé par les terroristes.» (1992 : 85). Il y a également d'autres facteurs à considérer : la facilité d'obtenir certains agents, comme les insecticides vendus dans le commerce ou les armes chimiques entreposées ou transportées par l'armée.

Moyens d'obtention

Dans une section précédente, nous avons décrit assez en détails les compétences que doit posséder en général un groupe de terroristes pour pouvoir fabriquer lui-même des agents chimiques. Il existe toutefois d'autres moyens d'obtenir des agents chimiques : utiliser directement les composés toxiques vendus dans le commerce; voler des munitions chimiques dans des entrepôts de l'armée ou obtenir des armes chimiques déjà fabriquées dans certains pays qui appuient le terrorisme. En ce qui concerne la première possibilité, on peut se procurer facilement dans le commerce, ou voler, des insecticides, des rodenticides ou d'autres substances chimiques industrielles ou pharmaceutiques comme le cobalt-60, le composé 1080, le TEPP, le cyanure d'hydrogène, le chlorure de cyanogène, le chlorure de carbonyle (phosgène), l'arsine, le nickel carbonyle et le parathion (Alexander, 1990 : 10; OTA, 1992 : 34; Jenkins et Rubin, 1978 : 224; Ketcham et McGeorge, 1986 : 31; Kupperman et Trent, 1979 : 56 et 63-64; David, 1985 : 146; Mullins, 1992 : 109; Bremer, 1988 : 10; McGeorge, 1986 : 59; Joyner, 1990 : 139). Douglass et Livingstone, par exemple, font observer que «les organisations terroristes peuvent contourner le problème de la fabrication en achetant tout simplement des substances toxiques appropriées, comme le parathion ou le phosgène, facilement disponibles chez de nombreux fournisseurs agricoles ou industriels» (1987 : 12). Il en est de même du CX ou oxime de phosgène, l'un des premiers agents de guerre chimique à avoir été utilisé et figurant au premier plan de l'arsenal d'armes chimiques soviétique : «il est maintenant mieux connu comme un simple produit chimique industriel toxique et il est fabriqué, entreposé, expédié et vendu partout aux États-Unis comme des douzaines d'autres produits chimiques toxiques» (Douglass et Livingstone, 1987 : 16).

D'après Kupperman et Trent : «Pour de petits méfaits terroristes peu destructeurs, des agents de nettoyage domestiques pourraient se révéler des armes mortelles. En fait, les insecticides les plus toxiques, comme le parathion ou le TEPP, même si on ne peut les obtenir qu'avec un permis d'exterminateur, sont essentiellement des produits non réglementés.» (1979 : 84). Selon un autre témoignage, ces deux derniers agents sont «presque aussi toxiques que leurs pendants militaires» (Kupperman et Woolsey, 1988 : 4). Berkowitz et coll. insistent sur les dangers de vol de ces substances : «de grandes quantités de parathion sont transportées sur nos routes tous les jours; le détournement d'un chargement de parathion pourrait certainement présenter une menace» (Berkowitz et coll., 1972 : VIII-32).80

Certains auteurs font observer que le risque d'être découverts pourrait dissuader certains terroristes de se procurer des agents chimiques sur le marché. Mullen, par exemple, affirme : «...s'il est important qu'il n'existe aucun indice manifeste d'une tentative d'utiliser clandestinement une arme chimique jusqu'au moment où elle est effectivement utilisée et si le terroriste veut causer un plus grand nombre de morts par unité de matériel disséminé qu'il lui est possible d'obtenir avec certains fluoroacétates disponibles dans le commerce, il peut alors choisir de préparer lui-même un fluoroacétate» (1978 : 68). De même, Barnaby fait remarquer : «Il n'est pas difficile d'acheter sur le marché libre des quantités modérées des substances chimiques utilisées dans la préparation du tabun, mais si cela inquiétait les terroristes, ils pourraient décider de les fabriquer eux-mêmes, car l'achat des substances chimiques entrant dans la fabrication des précurseurs du tabun susciterait moins de soupçons.» (1992 : 85). McGeorge confirme que «le sarin ou d'autres agents peuvent être fabriqués à partir de substances relativement inoffensives comme l'alcool isopropylique et le trichlorure de phosphore et que le secret est plus facile à conserver ainsi» (1986 : 59).

Un certain nombre d'auteurs se sont également préoccupés de la possibilité de voler des armes chimiques dans des installations militaires ou des sites de stockage aux É.-U. (une menace probablement plus tangibles dans les États de l'ancienne Union soviétique). Selon Livingstone, «le gouvernement des É.-U. a reconnu qu'une petite quantité de ses stocks de VX sont présentement difficiles à retracer.» (1982 : 111). Clark souligne : «On a vu des cas où du VX était impunément offert en vente à New York.» Il poursuit :

«L'armée a annoncé, en avril 1977, qu'elle prévoyait éliminer plusieurs lots d'armes chimiques hors d'usage, dont certaines létales [...] Deux des installations, que l'armé a commodément identifiées et que les médias ont rendue publiques, étaient la base de Brooklyn et le Centre de réserve navale de Freeport, à Long Island. En outre, ces installations font l'objet de moins de mesures de sécurité qu'un supermarché.» (1980 : 110).

Mullins abonde dans ce sens :

«Avec les quantités phénoménales de substances chimiques que les gouvernements ont fabriquées à des fins militaires, les terroristes pourraient voler des agents chimiques. La plupart de ces agents chimiques sont entreposés. Si l'on compare les installations nucléaires, les laboratoires de recherche en biologie et les endroits où sont entreposés des agents chimiques, c'est dans ces derniers qu'il serait plus facile de pénétrer. À certains endroits, les substances chimiques sont stockées depuis si longtemps que le personnel de sécurité ne sait même pas quelles substances font l'objet de leur surveillance. En outre, au cours des deux dernières décennies, les gouvernements ont évacué des millions de tonnes d'agents chimiques [...] Pour se procurer des agents chimiques, les terroristes n'auraient qu'à localiser un de ces sites d'évacuation et aller se servir.» (1992 : 109).81

À ce propos, Marshall va jusqu'à alléguer : «Il est relativement facile d'acheter des armes chimiques, notamment, sur le marché noir, en particulier depuis leur déploiement massif durant la guerre Iran-Iraq dans les années 1980.» (1990 : 372). Joyner insiste également sur le danger que :

«des terroristes puissent avoir accès à des restes de munitions de la Deuxième Guerre mondiale. On signale qu'une quantité inconnue, mais probablement substantielle, d'armes chimiques est stockée dans des entrepôts de munitions dans le monde, en particulier en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Bien que l'on ne connaisse pas exactement l'ampleur du problème, le seul fait que des agents chimiques de guerre puissent être encore utilisables et disponibles et que l'on puisse même en retrouver dans le désert est très inquiétant.» (1990 : 139).

Enfin, la littérature est remplie d'allusions à la possibilité que des pays sans scrupules fournissent des armes chimiques à des groupes terroristes Les présumés coupables les plus souvent mentionnés sont la Libye, l'Iraq, l'Iran, la Russie (ou l'ancienne Union soviétique), la Syrie, la Corée du Nord et Cuba (Alexander, 1990 : 10; OTA, 1991 : 52 et 1992 : 34; Ketcham et McGeorge, 1986 : 31; Jackson, 1992 : 520; Kupperman et Kamen, 1989 : 99-100; Revell, 1988 : 16; Mullins, 1992 : 109; APN, 1988 : 16; Joyner, 1990 : 138-139). Selon Jackson, «On possède maintenant beaucoup de preuves que des armes chimiques soviétiques ont été déployées dans plusieurs conflits régionaux dans le Tiers Monde, des armes allant de bombes incendiaires hybrides composées d'explosifs et d'agents chimiques à base de phosphine à des armes contenant des traces de cyanure organique et de strontium» (1992 : 520)82. McGeorge signale que «l'Iraq a apparemment transféré le contrôle des agents fournis par les Soviétiques à des membres connus de l'OLP» (1986 : 60). Mais Douglass et Livingstone maintiennent que l'échange s'est fait dans le sens opposé, en ce sens que Moscou s'est servi de l'OLP comme intermédiaire pour expédier des armes chimiques et biologiques à l'Iraq (1984 : 18).

Le US Congressional Office of Technology Assessment fait remarquer que la Libye, l'Iraq et l'Iran ont la capacité de fabriquer des armes chimiques et que «ces pays ont appuyé des groupes terroristes actifs qui ont attaqué des populations civiles dans l'intention de faire de nombreux morts» (1991 : 52). Joyner, vraiment préoccupé par le danger qu'un pays sans scrupules fournisse des armes chimiques à un groupe terroriste, fait observer : «On ne connaît encore aucun pays qui ait agi de la sorte, mais cela ne veut pas dire que ce pas ne sera jamais franchi.» (1990 : 138). Kupperman et Kamen ont probablement l'opinion la plus tranchée sur cette possibilité : «les attentats à l'aide d'armes chimiques perpétrés par des terroristes seront presque certainement la conséquence de la prolifération des arsenaux d'armes chimiques au sein de certains pays qui appuient le terrorisme» (1989 : 99).

Moyens d'administration

Comme dans le cas de agents biologiques, la plupart des auteurs considèrent que l'administration efficace des agents chimiques vers leur cible est plus difficile que leur fabrication (Jenkins et Rubin, 1978 : 226; Kupperman et Trent, 1979 : 64; Kellett, 1988 : 56; Loehmer, 1993 : 62; Mengel, 1976 : 445-446; Mullen, 1978 : 76-77; Berkowitz et coll., 1972 : I- 12)83. Mengel explique :

«...les agents chimiques peuvent être extrêmement mortels en petites quantités, mais leur dissémination dans de vastes espaces réduit grandement leur efficacité, et ainsi le nombre de morts. Les problèmes de dissémination augmentent de façon géométrique avec l'étendue de la zone considérée, de même que la capacité de contrôler l'environnement dans lequel l'agent a été introduit.

Un attentat visant une population donnée à l'extérieur dépend beaucoup des conditions ambiantes, de la nature de l'agent et de la forme que prend l'attentat. Par exemple, une bombe chimique qui explose dans une gare achalandée tuerait sans doute des centaines de personnes; un attentat dans un stade rempli d'amateurs de football à l'aide d'un avion volant à basse altitude, semblable à ceux utilisés pour pulvériser les récoltes, pourrait tuer des milliers de personnes; la dissémination d'un aérosol à l'aide d'un véhicule fumigène circulant dans les rues pourrait tuer des dizaines de milliers de personnes. Toutefois, pour réaliser un attentat sur un groupe cible à l'extérieur, comme on vient de l'indiquer, avec seulement des chances modérées de succès, il faudrait des dizaines de gallons d'agent et des conditions ambiantes appropriées, mais non nécessairement idéales.» (1976 : 446).

Mullen abonde dans ce sens :

«On peut se tromper en supposant qu'une quantité donnée d'agent peut se traduire par une capacité donnée d'entraîner un certain nombre de morts. Par exemple, si l'objectif d'un individu était de produire disons 5 000 à 10 000 morts, il faudrait, selon la méthode de dispersion choisie, fabriquer jusqu'à un million de fois la DL50 requise. Peu importe la voie choisie pour l'administration de l'agent, sa dissémination entraînera la perte d'une certaine quantité. Ces pertes sont habituellement très importantes : on peut supposer qu'au moins 90 pour 100 de l'agent dispersé n'atteindra pas la cible à des doses suffisantes pour causer la mort [...] Un terroriste choisissant judicieusement la cible et les méthodes de dispersion pourrait peut-être diminuer ces pertes.» (1978 : 76-77).

Comme dans le cas des agents biologiques, le scénario populaire de la contamination d'une importante source d'approvisionnement d'eau est improbable comme moyen d'attentat terroriste aux agents chimiques. Jenkins et Rubin font remarquer que les «composé organophosphorés s'hydrolysent dans l'eau, ce qui les rend impropres dans la plupart des scénarios de contamination des approvisionnements en eau» (1978 : 224).84 Même Clark admet que, en rapport avec une menace d'intoxication de l'approvisionnement en eau de New York, en 1972, un expert de l'armée avait indiqué qu'il faudrait des tonnes de gaz neurotoxique pour intoxiquer le réservoir de 31 milliards de gallons, mais il insiste quand même sur le fait que «de nombreux composés chimiques peuvent rendre l'eau d'un réseau d'aqueduc mortelle» (1980 : 113). Mengel, par contre, estime que «si l'on tient compte uniquement de la consommation personnelle et qu'on oublie les autres utilisations, qu'on suppose que le réservoir est d'une capacité de quatre milliards de gallons et que chaque membre d'une collectivité de 20 000 habitants consomme 16 onces d'eau, il faudrait plus de 14 milliards de doses létales pour administrer une dose par personne. Si l'on utilisait le type de composés chimiques le plus approprié, soit les fluoroacétates, il en faudrait 600 tonnes métriques» (1976 : 455).85 De même, Hurwitz soutient que «l'introduction d'un agent dans un approvisionnement d'eau municipal n'est pas une menace plausible à cause du volume extrêmement élevé d'eau à contaminer et des nombreuses étapes à contourner dans le processus de filtration et de purification» (1982 : 39). Après avoir mentionné le problème de dilution, Mullen ajoute ce qui suit :

«...il y a un certain nombre d'autres facteurs liés aux caractéristiques physiques et chimiques des réservoirs sur lesquels le terroriste a peu ou pas de contrôle et qui pourraient réduire l'efficacité de l'attentat. À savoir la variation des débits d'entrée et de sortie, la stratification thermique des eaux du réservoir et les changements saisonniers, l'activité biologique qui pourrait éliminer le contaminant ou en réduire beaucoup la concentration, les réactions du contaminant avec les substances chimiques naturellement présentes dans l'eau et le traitement de l'eau.» (1987 : 243).

Berkowitz et coll. soumettent quatre méthodes plausibles de dissémination des agents chimiques par des terroristes : «1) masquer la contamination avec une grande quantité d'aliments ou de boissons choisis de façon à éviter les conditions propices à une destruction de la substance toxique; 2) masquer la production dans des espaces fermés de concentrations létales de vapeurs d'agents volatils; 3) masquer la dissémination dans des espaces fermés d'aérosols d'agents non volatils et 4) masquer un attentat au moyen d'armes explosives ou thermogènes» (1972 : IX-5). Ils donnent un exemple de la première méthode :

«Un sac de 10 livres de café moulu sert à préparer environ 800 tasses de café. L'injection de 35 mL de 8-fluorooctanol dans le sac avant la livraison à l'utilisateur permet d'obtenir une DL50 par tasse. Le café moulu aurait probablement un aspect normal, le procédé d'infusion ne détruirait pas le composé toxique et la présence de ce dernier dans le café prêt à consommer ne serait pas détectable par le goût, l'odeur ou l'aspect.» (1972 : IX-5).

Dans un présage quelque peu inquiétant de l'attentat au gaz de Tokyo, en 1995, Berkowitz et coll. signale que «En ce qui concerne la dissémination des vapeurs, seul le sarin, parmi les agents étudiés, est suffisamment volatil. La faible volatilité des agents V et du BTX exige qu'ils soient disséminés sous forme d'aérosol.» Enfin, ils notent : «Tous les agents, sauf le BTX, pourrait être incorporés efficacement à des armes explosives ou thermogènes. Il est douteux qu'un groupe cible non averti et non expérimenté puisse réaliser la nature de la menace; sa première réaction serait probablement d'interpréter l'explosion comme venant d'une bombe ordinaire et de tenter d'apporter de l'aide aux victimes situées à proximité.» (1972 : IX-6).

La plupart des auteurs conviennent que pour qu'un attentat chimique «massif» ait le plus de chances de réussir, il faudrait qu'il soit limité à des espaces fermés, par exemple un établissement isolé comme un hôtel, un immeuble de bureaux ou un centre de congrès (Jenkins et Rubin, 1978 : 224)86; l'attentat pourrait faire ainsi quelques centaines à plusieurs milliers de morts. Mullen a un opinion opposée :

«Il est douteux qu'un terroriste puisse réunir les conditions nécessaires pour diriger efficacement un attentat chimique contre un groupe cible de plus de quelques centaines de personnes. Un terroriste qui se livrerait à un attentat sur une échelle plus grande ne serait probablement par au fait des considérations logistiques et de dispersion et des ressources matérielles requises pour lancer efficacement une telle attaque. Un attentat chimique de destruction massive est donc une entreprise de très grande envergure qui, pour un certain nombre de raisons, n'est pas considéré comme plausible.

Par ailleurs, un attentat à l'aide d'agents chimiques visant une population ou certains individus, comme les personnes situées dans un immeuble de bureaux ou un grand auditorium, peut être réalisé par une seule personne [...] Même si un attentat chimique ne semble pas approprié pour obtenir un très grand nombre de victimes, un événement qui se solderait par quelques centaines de morts pourrait certainement être classé comme un cas de destruction massive.» (1978 : 77).

Hurwitz, par contre, évalue le nombre probable de morts pouvant résulter d'un attentat chimique dans un «grand auditorium à plusieurs milliers» (1982 : 36).

Livingstone énonce un certain nombre de scénarios plausibles contre des établissements gouvernementaux. Par exemple : «...on pourrait lancer un camion chargé de fûts ou de bidons renfermant un agent neurotoxique comme le VX ou le sarin contre une ambassade et le faire exploser, produisant ainsi un fin brouillard de la substance mortelle qui envelopperait tout l'établissement» (1986 : 143). Ou, contre une base militaire, «des obus de mortier remplis d'un agent neurotoxique de la série V forceraient l'évacuation de toute la base et se solderait probablement par un grand nombre de morts. Si la cible était une base aérienne, elle serait selon toute probabilité immobilisée au sol pendant un certain nombre de jours» (1986 : 144). La vulnérabilité de cibles précises, même celles de la plus haute importance, a été démontrée par diverses attaques simulées réalisée par l'Armée des États-Unis sur des immeubles gouvernementaux à Washington (D.C.). Lowell Ponte signale :

«Une équipe d'expérimentation à Ft. Detrick (Maryland) a effectué des attentats terroristes simulés à l'aide de simili-armes chimiques dans des installations de conditionnement de l'air de la Maison- Blanche et du Capitole et dans l'approvisionnement en eau potable d'un grand immeuble de bureaux fédéral. Toutes ces expériences ont été "réussies", en ce sens qu'elles ont démontré qu'un terroriste pourrait facilement tuer le Président et tout le Congrès en s'attaquant aux systèmes d'approvisionnement en air et en eau non surveillés des immeubles gouvernementaux [...] Si l'équipe d'expérimentation des armes chimiques et biologiques de l'Armée avait été un véritable groupe de terroristes, le Président et tout le Congrès auraient été tués.» (1977 : 79).

Ailleurs, Ponte cite un exemple précédent du même type :

«Dans un test réalisé en 1962, une équipe de l'Armée a simulé l'assassinat du Président John F. Kennedy au moyen d'armes chimiques et biologiques. En se faisant passer pour des touristes, comme ceux qui visitent la Maison-Blanche pratiquement tous les jours, les agents de l'Armée ont placé des fioles de simili-composés chimiques mortels à des endroits où l'installation de conditionnement de l'air a entraîné les vapeurs jusqu'au bureau ovale, à l'insu des agents de sécurité.» (1980 : 52)87.

Il existe d'autres moyens d'administrer des agents chimiques à des groupes cibles, sur une petite échelle cependant. Par exemple, la contamination de denrées alimentaires ou le contact direct (comme dans le cas des parapluies dont la pointe était enduite de ricin dont on a parlé dans la section précédente). Livingstone, par exemple, indique qu'«il serait possible d'injecter une substance toxique à une victime par le moyen d'une aiguille hypodermique cachée dans la pointe d'un parapluie» (1982 : 111). Mullins ajoute qu'«on pourrait contaminer efficacement des projectiles, telles des balles, des fléchettes et des shrapnels par des agents chimiques» (1992 : 111).

Cas de menaces ou d'actes concrétisés

Un nombre considérable de menaces ou d'incidents impliquant l'utilisation d'agents chimiques par des terroristes ont été signalés dans la littérature non classifiée88. Comme dans la section précédente portant sur les agents biologiques, on peut classer ces menaces ou incidents par ordre ascendant de gravité : 1) menaces d'utilisation d'agents chimiques sans la capacité démontrée de les utiliser; 2) tentatives infructueuses d'obtenir des agents chimiques; 3) possessions réelles d'agents chimiques; 4) tentatives infructueuses d'utilisation d'agents chimiques et 5) utilisation «fructueuse» de tels agents. Dans la première catégorie, on a signalé les cas suivants :

  • en 1992, un «complot» ourdi par des «skinheads» néo-nazis pour pomper du cyanure d'hydrogène dans une synagogue (Kupperman et Smith, 1993 : 37). Selon le US House Armed Services Committee, ce «complot», qui remonterait à 1991, a été «déjoué» par les «autorités allemandes» (1993 : 26);
  • un agent d'infiltration au procès pour complot des «Chicago Seven» a témoigné qu'un des accusés avait :

«...rapporté établir un réseau clandestin de chimistes. Il a dit qu'il était nécessaire d'avoir un biochimiste dans le mouvement, puis il a commencé à parler de la façon de fabriquer des gaz lacrymogènes. Il disait que ces chimistes pourraient se réunir et obtenir la formule pour fabriquer des gaz lacrymogènes, des cocktails Molotov, du Mace et d'autres dispositifs. Il pensait que c'était un excellente idée.» (Clavir et Spitzer, 1970 : 146, cité dans Berkowitz et coll., 1972 : VI-8).

  • une allégation du Animal Liberation Front (ALF, Front de libération des animaux), en novembre 1984, au R.-U., d'avoir contaminé des friandises Mars avec un raticide pour protester contre le fabricant qui finançait la recherche sur des singes. On a déterminé plus tard qu'il s'agissait d'une mystification, mais entre-temps «des millions de friandises Mars ont été retirées du marché et vérifiées après que des avis aient été trouvés à l'intérieur de l'emballage dans six villes en Angleterre» (Smith, 1992 : 2);
  • des menaces de la part de l'ALF (au R.-U.), en novembre 1991, de contaminer la boisson populaire «Lucozade». Le fabricant a réagi en retirant du marché plus de cinq millions de bouteilles de la boisson (dont aucune n'était contaminée), perdant ainsi des centaines de milliers de dollars (Smith, 1992 : 2); Business Insurance, 1991 : 2);
  • une allégation de l'Animal Rights Militia (ARM, Milice des droits des animaux), le 3 janvier 1992, d'avoir injecté un cc. de produit liquide à nettoyer les fours dans 87 friandises «Cold Buster» se trouvant sur les rayons des magasins à Edmonton et Calgary, en Alberta, parce que leur fabricant était accusé d'avoir utilisé des animaux dans ses recherches. L'incident a par la suite été considéré comme une mystification, car les seules friandises contaminées (injectées avec une solution salée non toxique) étaient les deux qui avaient été envoyées aux médias. Smith décrit l'incident comme suit :

«Une friandise vérifiée par la police renfermait une substance alcaline "dont l'ingestion aurait pu causer des brûlures". Le distributeur des friandises Cold Buster en a immédiatement retiré dix milles de quelque 250 points de vente en Colombie- Britannique, en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba, et le fabricant a cessé la production et a dû mettre 22 employés à pied temporairement .

Dix jours plus tard, une deuxième lettre de l'ARM, envoyée aux bureaux du Edmonton Journal, confirmait qu'il s'agissait d'une mystification. "L'objet de la mystification était de causer des torts économiques à l'inventeur, à ses partenaires financiers et à ceux qui ont des parts dans le succès financier des friandises Cold Buster." Dans la lettre, on avertissait que l'ARM prendrait toutefois d'autres mesures si l'exploitation des animaux se poursuivait, et on menaçait que "cette fois, des gestes seraient posés; ce ne serait pas une mystification."» (1992 : 1);

  • des allégations par l'Animal Rights Militia, dans des avis envoyés à deux chaînes de supermarchés et aux médias dans la région de Vancouver (C.-B.), en décembre 1994, qu'un raticide avait été injecté dans des dindes de Noël, «au nom des droits des dindes, pour les venger de l'abattage insensé de millions de dindes.» Des milliers de dindes ont immédiatement été retirées des étagères et des congélateurs ou retournées par des consommateurs, bien qu'il n'y ait eu aucune preuve de contamination (Reuters, 1994c et 1994d);
  • une allégation par un groupe non identifié de défense des animaux, à Frédéricton (Nouveau-Brunswick), d'avoir empoisonné cinq emballages de viande à hamburger, ce qui a forcé trois épiceries Sobey dans cette ville à retirer leur marchandise (CTV, 1995);
  • une «menace de survoler Chypre avec un ultra léger motorisé dans le but de saturer la région avec des substances toxiques en aérosol» (Jackson, 1992 : 520). On ne sait pas s'il s'agit du même cas que mentionne Bremer lorsqu'il parle d'une «menace d'empoisonner l'air» dans un pays méditerranéen autre qu'Israël. «Bien que cette menace se soit révélée non fondée par la suite, elle a causé de vives inquiétudes au début.» (1988 : 8). D'après une autre source, cet incident, qui remonte à 1987, consistait en une menace, par un groupe qui s'identifiait comme la «Force Majeure», de libérer de la dioxine sur Chypre si le gouvernement de l'île ne leur accordait pas 15 millions de dollars. La «police anti-terroriste» a finalement arrêté quatre nationalistes chypriotes dans l'ouest de Londres (Citizen d'Ottawa, 1987 : A6;
  • diverses menaces non précisées de mettre du LSD ou un gaz neurotoxique dans des réservoirs urbains aux É.-U. (Livingstone, 1982 : 112; Douglass et Livingstone, 1987 : 29; Mengel, 1976 : 448). Clark souligne «la menace (tentative?) Weathermen-Yippy, amplement publicisée, d'"éclaircir les rangs" des délégués au Congrès national du parti démocrate, à Chicago, et de la population de Chicago par le fait même, en contaminant avec du LSD l'eau du lac Michigan, la source de l'approvisionnement d'eau de la ville» (1980 : 110). Naturellement, compte tenu de ce qu'on le sait à propos de la dilution de substances chimiques dans de grands réservoirs, il est difficile d'imaginer que quiconque ait pris cette menace au sérieux! Une menace apparemment plus sérieuse de contaminer le réservoir Kensico de la ville de New York avec un gaz neurotoxique, en 1972, a été signalée par le Daily News de New York, en février 1977. Selon Clark, «le FBI a pris l'affaire au sérieux et les autorités de la ville étaient sur le point de déclarer une "urgence sanitaire" lorsque l'Armée leur a expliqué qu'il faudrait aux terroristes des tonnes de gaz neurotoxique pour arriver à leur fin» (Clark, 1980 : 113);
  • une menace du général moldave Nikolay Matveyev, en juillet 1994, de contaminer l'approvisionnement en eau de la 14e armée russe à Tiraspol (Moldavie) avec du mercure. On disait que le général avait stocké environ 32 kilogrammes de mercure au poste de commandement de son bataillon. Toutefois, après qu'il ait été démis de son poste comme sous-ministre de l'Intérieur, on n'a pu retrouver le mercure;
  • l'allégation de l'Alphabet Bomber, en août 1974, qu'il possédait des gaz neurotoxiques et qu'il se dirigeait vers Washington pour tuer le Président. Selon Douglass et Livingstone, les autorités «convaincues qu'il était "très probable" que la menace soit réelle, ont lancé l'une des plus importantes chasses à l'homme de l'histoire du pays» et ont arrêté un homme à Los Angeles. Kupperman et Kamen signalent : «On ne sait pas s'il a pu réunir tous les éléments de son gaz neurotoxique. Certains ont dit que oui. D'autres ont laissé entendre qu'il avait réuni tous les ingrédients importants sauf un et qu'il avait pris des dispositions pour se le procurer le jour même de son arrestation.» (1989 : 101);
  • un «complot» terroriste, en 1972, visant à utiliser des agents chimiques dans un attentat contre un dépôt d'armes nucléaires américaines en Europe (Douglass et Livingstone, 1987 : 183);
  • plusieurs ambassades en Europe ont reçu de terroristes, en 1980, des menaces relatives à l'utilisation contre elles de l'agent moutarde (Douglass et Livingstone, 1987 : 185);
  • un rapport du gouvernement d'Israël, en 1977, qui signalait avoir éventé un complot d'Arabes israéliens qui s'apprêtaient à empoisonner l'eau de Galilée avec une «poudre non identifiée» (Douglass et Livingstone, 1987 : 186);
  • un rapport, en 1977, signalant qu'un groupe anti-Amin, en Ouganda, avait menacé d'empoisonner les cultures de café et de thé du pays de manière à empêcher qu'elles soient vendues à l'étranger. Selon Kellett, «des observateurs doutaient du sérieux de la menace» (1988 : 57);
  • des menaces similaires de séparatistes tamouls, en 1986, d'empoisonner la récolte de thé au Sri Lanka. Selon Jenkins : «Ils n'ont pas, à notre connaissance, mis leur menace à exécution.» (1989 : 2). Un cas identique a été relaté, en septembre 1994, lorsque le Sri Lanka Tea Board a annoncé que les menaces d'empoisonner les stocks de thé de l'île destinés à l'exportation s'étaient révélées une mystification. Un groupe tamoul appelé «Ellalan Force» avait allégué, dans des communiqués envoyés par télécopieur à des agences de nouvelles, à des ambassades et à des associations commerciales, avoir mélangé de l'arsenic à des sachets de thé destinés à l'exportation. Par la suite, on avait signalé que les États-Unis, l'Allemagne et l'Italie avaient vérifié leurs importations de thé provenant du Sri Lanka. Toutefois, bien qu'il ait recommandé de prendre des mesures de précaution et de resserrer la sécurité, le Sri Lanka Tea Board n'a trouvé aucune trace d'arsenic dans 200 sachets de thé prélevés au hasard sur une période de deux semaines (Reuters, 1994a);
  • une allégation du groupe terroriste «Action directe», en septembre 1986, que deux bouteilles de vin d'Afrique du Sud avaient été empoisonnées à Vancouver ou Victoria. On a signalé avoir retiré tous les vins sud-africains du marché, mais on n'a trouvé aucune preuve de contamination (Presse canadienne, 1986);
  • des allégations par l'ALF (R.-U.), en 1988, que des oeufs avaient été contaminés par des injections de mercure n'ont pas été confirmées;
  • diverses menaces venant de groupes anti-apartheid, en Europe et en Amérique du Nord, d'empoisonner des produits sud-africains (Jenkins, 1989 : 2). Le 2 juillet 1986, au Canada, un groupe, qui s'est identifié comme étant le Front de libération du peuple d'Azanie, a menacé d'injecter des fruits importés d'Afrique du Sud avec une substance toxique non identifiée, dans le but d'empêcher ces importations. On a signalé qu'«après vérification, aucun fruit n'a été trouvé contaminé,» mais entre-temps des oranges et des pêches importées d'Afrique du Sud avaient été retirées de certains magasins à Toronto et à Montréal (Kellett, 1988 : 57; Ward,1989); et finalement
  • on a signalé que, lors d'une réunion de groupes intégristes, à Téhéran, au début de février 1993, sous les auspices du ministère des Affaires étrangères de l'Iran, on a proposé d'empoisonner les approvisionnements en eau de grandes villes de l'Occident «comme moyen éventuel de réagir face aux offensives de l'Occident contre les organisations et les pays islamiques» (Haeri, 1993 : 8).

Les cas suivants appartiennent à la deuxième catégorie, c'est-à-dire les tentatives infructueuses de terroristes d'obtenir des agents chimiques;

  • une tentative par des Cubains anti-Castro d'obtenir du sarin de l'organisation de renseignement chilienne, la DINA (Douglass et Livingstone, 1987 : 184) et
  • un rapport signalant qu'en 1975, «des entrepreneurs allemands ont été appréhendés à Vienne pour avoir tenté de vendre du tabun à des terroristes palestiniens» (Kupperman et Kamen, 1989 : 101). Dans un rapport similaire, en 1976, «un kilogramme d'un précurseur du sarin fabriqué par un ingénieur chimiste à Vienne a été offert à des voleurs de banque pour la somme de 14 000 DM» (Douglass et Livingstone, 1987 : 184). Enfin, selon Jackson, dans les années 1970 et 1980, «des installations clandestines de fabrication d'agent neurotoxique ont été découvertes en Autriche» (1992 : 520). Ces divers rapports pourraient en fait concerner le même incident, comme le laisse entendre le commentaire suivant de Jenkins et Rubin : «En février 1976, la police de Vienne et de Berlin a arrêté des membres d'un gang impliqué dans la fabrication de gaz neurotoxique. Une certaine quantité de toxine a été saisie. D'après divers rapports, le gang tentait de vendre le gaz à des voleurs de banque ou des terroristes.» Et ils ajoutent : «Les motifs du gang étaient apparemment purement économiques.» (1978 : 228). Il semble que ce soit le même cas qui ait été cité par Mullen (1978 : 69 et 88), qui a parlé par erreur de la police «australienne» plutôt que de la police «autrichienne» (!) De grandes quantités de diisopropylfluorophosphate (DFP), conservées dans des capsules, des bombes à aérosol et des bouteilles, avaient été saisies à Vienne. Selon l'article paru dans un journal, le gaz «avait probablement été produit par les membres d'un gang à Berlin, qui avait probablement l'intention de le vendre sur le marché noir» (Ottawa Citizen, 1976). Selon Mullen, «l'organisation criminelle avait mis le DFP dans des bombes à aérosol pour qu'il puisse servir d'arme à des fins criminelles» (1978 : 88). Thornton attribue simplement la possession de la substance à un «chimiste autrichien» arrêté après avoir tenté de la vendre sur le marché noir, mais il interprète apparemment cet incident comme «une indication que les terroristes européens ont accès à des armes chimiques» (1987 : 7).

Dans la troisième catégorie, soit des rapports portant sur la possession réelle d'agents chimiques par des terroristes, on peut citer :

  • la découverte relatée, en Allemagne de l'Ouest, en 1980, d'un local de contact de la RAF dans lequel «les autorités ont trouvé plusieurs centaines de kilogrammes de composés organophosphorés qui, selon toute probabilité, avaient été accumulés dans le cadre de l'intention du groupe terroriste de se constituer un arsenal de guerre chimique et biologique» (Livingstone et Arnold, 1986 : 4). Douglass et Livingstone situe cet incident en 1978-1979 et précisent que «400 kg d'intermédiaires qui pouvaient servir à synthétiser des agents neurotoxiques organophosphorés avaient été découverts» (1987 : 184);
  • le vol de 53 réservoirs en acier ou de bidons de gaz moutarde dans un bunker américain renfermant des munitions, en Allemagne de l'Ouest, en 1975 (Alexander, 1990 : 10; Jenkins et Rubin, 1978 : 228; Kupperman et Kamen, 1989 : 102; Mullins, 1992 : 107). Par la suite, selon Jenkins et Rubin, «les autorités de l'Allemagne de l'Ouest ont reçu des menaces que si le gouvernement n'accordait pas l'immunité à tous les prisonniers politiques, le gaz serait utilisé contre la population de Stuggart, où les leaders du gang Baader-Meinhof devaient passer en jugement» (1978 : 228). En citant cet incident, Kupperman et Kamen soutiennent que des «terroristes ont réussi à voler des bidons de cet agent de stocks américains en Allemagne de l'Ouest (1989 : 102). Mullins suppose également que des terroristes étaient responsables du vol et avaient bien en leur possession l'agent en question lorsqu'il écrit que : «Heureusement, la police allemande a arrêté les terroristes avant qu'ils puissent libérer la substance.» (1992 : 107). Toutefois, Jenkins et Rubin indiquent : «On ne sait pas si les auteurs de cette menace sont les mêmes qui ont volé le gaz; on a plus tard retrouvé certains bidons, mais pas tous.» (1978 : 228).89 Kupperman et Trent laissent entendre que des menaces ont pu être proférées à plus d'une occasion et contre un certain nombre de cibles différentes. Ils indiquent simplement : «En 1975 et 1976, le gang de Baader-Meinhof d'Allemagne de l'Ouest a menacé d'utiliser des agents chimiques contre des villes d'Allemagne.» (1979 : 46 et 51);
  • l'arrestation, en juin 1987, d'un homme en possession d'un bidon de gaz CS durant la parade des drapeaux au R.-U.;
  • des allégations de la part du chef des Minutemen et vétérinaire Robert De Pugh d'avoir expérimenté un gaz neurotoxique de fabrication domestique sur un chien dans le but d'établir la dose létale minimale (Berkowitz et coll., 1972 : VI-5, citant Jones, 1968 : 37). Berkowitz signale également : «Les détails ne sont pas clairs, mais un groupe de l'organisation des Minutemen aurait apparemment participé à un complot visant à introduire du cyanure d'hydrogène dans l'installation de conditionnement de l'air de l'immeuble des Nations Unies, à New York.» (Berkowitz et coll., 1972 : VI-5);
  • une déclaration, dans le journal italien Corriere della Sera du 27 septembre 1992, que 19 kg de cyanure — «une quantité suffisante [...] pour empoisonner presque toute la population de la CIS» — avait disparu, apparemment le 25 septembre 1992, d'une usine chimique du Kirghizistan. Le journal a également rapporté que le mois précédent, plus de 5 kg de cyanure «destiné à être utilisé à des fins terroristes» avait été «saisi par la police du Kirghizistan à un messager dont l'identité n'a pas encore été dévoilée, et une autre quantité de 200 kg, non enregistrée et dont la destination était inconnue, avait été découverte dans un entrepôt de l'usine du Kirghizistan»;
  • un rapport dans lequel on indique que «la Force 17, un organisme terroriste ayant une responsabilité opérationnelle spéciale dans l'organisation al-Fath de Yasser Arafat [...], s'entraînait à utiliser des armes chimiques» (Alexander, 1990 : 10);
  • un rapport signalant qu'à la fin de 1976, l'unité contre-terroriste de la police de San Francisco «a appréhendé un terroriste en possession d'un gaz neurotoxique de fabrication domestique» (Clark, 1980 : 117). Selon Ponte, toutefois, (qui fait probablement référence au même incident), l'individu en question n'avait pas tout à fait réussi à fabriquer l'agent. Ponte mentionne que le spécialiste chargé des activités anti-terroristes de la police de Los Angeles avait dit que le terroriste était «sur le point de réussir à fabriquer un gaz neurotoxique lorsqu'on l'a arrêté» (1977 : 79);
  • un rapport, dans l'édition du 27 juin 1993 du journal croate Vjesnik, indiquant que 23 bombes d'avion remplies de gaz neurotoxiques et d'autres agents chimiques «de fabrication un peu plus ancienne, mais néanmoins mortels et dangereux» avaient été volées par le FPLP au Liban et expédiées aux musulmans bosniaques par la Syrie, l'Iraq et la Turquie. Il convient de signaler que, si ce rapport est véridique, il s'agirait là d'un autre cas où un groupe terroriste a fait passer des armes chimiques ou biologiques à une autre faction (dans ce cas, un groupe engagé dans un conflit militaire ouvert et organisé);
  • un rapport, en 1989, indiquant que «récemment, des agents de sécurité et la police d'Israël ont trouvé des bidons renfermant un poison violent, probablement apportés par des terroristes, dans un local de contact à Tel Aviv» (Kupperman et Kamen, 1989 : 101);
  • une allégation plus vague que «dès 1975, des terroristes palestiniens avaient accès à des agents neurotoxiques» (Kupperman et Woolsey, 1988 : 5). Thornton indique : «On rapporte que des groupes palestiniens stockaient des agents neurotoxiques depuis plusieurs années.» (1987 : 7);
  • divers communiqués de presse indiquant qu'une petite quantité de cyanure de sodium (500 grammes) avait été trouvée dans le casier utilisé par les terroristes du World Trade Center pour entreposer des matières servant à fabriquer leurs bombes (la substance n'avait toutefois pas été utilisée lors de l'attentat);
  • un raid effectué par le FBI, en 1986, contre un camp «armé jusqu'aux dents» d'un groupe appelé «Covenant, Sword, and Arm of the Lord» (CSA) chez qui «les agents ont découvert de grandes quantités de cyanure de potassium (un poison extrêmement violent)». Selon Mullins, «Le chef de la CSA, Jim Ellison, avait prévu se servir de cette substance pour empoisonner l'approvisionnement en eau de plusieurs villes importantes aux États-Unis» (1992 : 95); et
  • l'introduction clandestine aux États-Unis, en 1976, d'un pulvérisateur de Chanel no 5 renfermant du sarin par Michael Townley, qui prévoyait l'utiliser dans un complot visant à assassiner l'ancien ministre des Affaires étrangères du Chili, Orlando Letelier (Douglass et Livingstone, 1987 : 183; McGeorge, 1986 : 60).

On a signalé un certain nombre de cas où des terroristes ont tenté, apparemment sans succès, d'utiliser effectivement des agents chimiques :

  • une tentative par des terroristes Huk des Philippines d'empoisonner des ananas Dole destinés à l'exportation (Livingstone, 1982 : 113; Douglass et Livingstone, 1987 : 30). Selon Douglass et Livingstone : «Le complot a toutefois été éventé et les ananas contaminés ont été détruits avant qu'ils puissent nuire à quelqu'un. L'incident a alors été étouffé pour que les ventes n'en souffrent pas» (1987 : 30);
  • la découverte, le 28 mars 1992, de concentrations létales de cyanure de potassium (50 mg par litre) dans des réservoir d'eau d'un camp de l'Armée de l'air de la Turquie, à Istanbul. Heureusement, on a découvert le crime à temps et personne n'en a souffert. Le Parti des travailleurs kurdes (PKK) a revendiqué l'attentat (Chelyshev, 1992);
  • un rapport, dans le journal bulgare The Duma du 29 juillet 1993, mentionnant une tentative d'assassinat du directeur du Service de renseignement national bulgare et du Porte-parole du Président à l'aide de benzène. Le rapport indique que les deux victimes ont effectivement été intoxiquées, mais que la dose utilisée n'était pas mortelle;
  • une tentative, en 1981, par un agent de la Stasi de l'Allemagne de l'Est, Peter Haack, de tuer un dissident et sa famille en empoisonnant des hamburgers avec du thallium. L'attentat a échoué, mais on a indiqué que le dissident en question avait été «extrêmement malade pendant des semaines». Le 28 novembre 1994, M. Haack a été condamné par un tribunal de Berlin à 6 ans et demi de prison pour cet attentat (Reuters, 1994b);
  • l'«Alphabet Bomber» de Los Angeles n'a pas seulement comploté pour assassiner le Président des États-Unis avec un gaz neurotoxique de fabrication domestique; on dit qu'il a «également envoyé par le courrier une substance toxique à au moins un juge de la Cour suprême» (Douglass et Livingstone, 1987 : 31) (la tentative n'aurait apparemment eu aucun effet);
  • l'envoi, en juillet 1994, par le Front de libération des animaux du R.-U. au secrétaire du Front national (un parti d'extrême droite) un colis renfermant de la capsicine, un dérivé du poivre;
  • la saisie, en 1976, par l'administration des Postes américaines d'un «petit colis suspect [...] qui renfermait une petite charge destinée à faire exploser un flacon de gaz neurotoxique à l'ouverture du coli,» et pour lequel «un groupe terroriste arabe a été soupçonné» (Jenkins et Rubin, 1978 : 228; voir également Alexander, 1981 : 346); et
  • des rapports non datés et non précisés indiquant que «des terroristes ont tenté d'empoisonner des aqueducs urbains» (Douglass et Livingstone, 1987 : 29).

L'utilisation fructueuse d'agents chimiques par des terroristes (mais sans entraîner de «destruction massive») a été signalée dans les cas suivants :

  • la contamination par des terroristes palestiniens ou leurs sympathisants d'agrumes d'Israël exportés en Europe avec du mercure a souvent été signalée en 1977, 1978 ou 1979 (Alexander, 1990 : 10; Livingstone, 1982 : 113; Douglass et Livingstone, 1987 : 30; Jenkins, 1989 : 2; McGeorge, 1986 : 61). On a signalé avoir découvert des oranges empoisonnées aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Suède et au R.-U. Ce sont Douglass et Livingstone qui relatent cet incident (qu'ils disent remonter à février 1978) avec le plus de détails :

«Des Européens d'au moins trois pays sont tombés malades d'avoir mangé des agrumes — oranges, citrons et pamplemousses —, en provenance d'Israël, qui avaient été contaminés par du mercure, lequel avait probablement été injecté sous la peau des agrumes au moyen d'une seringue. Un groupe qui s'est identifié comme étant un commando palestinien de l'armée révolutionnaire arabe, dans une lettre envoyée au gouvernement des Pays-Bas, annonçait que son but était de saboter l'économie israélienne. L'incident n'a fait aucun mort, et un peu plus d'une douzaine de personnes seulement ont été intoxiquées, mais les exportations d'agrumes d'Israël en ont beaucoup souffert, avec la perte de devises étrangères dont le pays avait un criant besoin.» (1987 : 30).

Alexander ajoute que, suite à l'incident, «Israël a dû réduire ses exportations d'oranges de 40 %» (1990 : 10);

  • un incident similaire sur une plus petite échelle, en avril 1989 (Alexander, 1990 : 10; Jenkins, 1989 : 2). Selon Jenkins : «À Rome, un groupe qui s'identifiait comme l'"Organisation métropolitaine du prolétariat et des peuples oppressés", alléguant avoir appuyé le soulèvement palestinien en Cisjordanie, a averti les autorités italiennes qu'il avait injecté du poison dans des pamplemousses importés d'Israël. On a trouvé des pamplemousses contaminés à Rome et à Naples.» (1989 : 2). Le ministre de la Santé d'Italie a par la suite ordonné la saisie de tous les pamplemousses et en a interdit la vente en Italie, bien qu'on n'ait signalé aucun décès ou maladie. (Chicago Tribune, 1988 : 17);
  • en décembre 1984, quatre personnes, en Angleterre, ont été accusées d'avoir injecté un herbicide renfermant du mercure dans une dinde dans un magasin de Grimsby. Plus tôt, une personne anonyme se disant représenter l'ALF, avait revendiqué en être l'auteur. Des magasins à Londres, Northampton, Coventry et Bristol ont reçu des menaces semblables (dans le dernier cas, on avait affirmé avoir utilisé un rodenticide) (United Press International, 1984 et Reuters, 1984). Il s'agit probablement de l'incident cité par Jenkins, 1989 : 2);
  • le cas, en janvier 1987, de personnes protestant contre la chasse, en Angleterre, qui on été accusées d'avoir empoisonné cinq fox-hounds à Worcestershire;
  • Douglass et Livingstone mentionnent vaguement le cas de piscines empoisonnées en Californie et de produits ayant été arrosés de cyanure dans un supermarché (1987 : 29), sans toutefois indiquer si des terroristes ou de simples exacteurs étaient responsables de ces incidents non précisés et quels résultats ils ont eu;
  • la mention par Douglass et Livingstone d'un «incident de guerre chimique resté secret, en 1984, où du carbamate, un agent neurotoxique, avait été ajouté à du café à un mess de l'Armée israélienne» (1987 : 29) (dans leur annexe, les auteurs indiquent que l'incident s'est produit en 1985) (1987 : 187);
  • un rapport indiquant que l'Armée de libération symbionaise a utilisé des balles remplies de cyanure. (Douglass et Livingstone, 1987 : 30; Jenkins et Rubin, 1978 : 228; McGeorge, 1986 : 61);
  • un communiqué, en janvier 1994, d'une station de télévision turque (mais récusé par le ministre des Affaires étrangères de ce pays) indiquant que le PKK avait fomenté un attentat au gaz contre un village de l'est de la Turquie, tuant 21 personnes;
  • diverses informations de presse non corroborées alléguant que des militants sikhs et cachemiriens en Inde utilisaient des armes chimiques;
  • un incident, en 1987, aux Philippines, dans lequel 19 recrues de la police sont mortes et environ 140 ont été hospitalisées après avoir accepté de l'eau et des friandises d'une personne non identifiée;
  • le décès, le 1er janvier 1994, d'au moins neuf soldats et de six civils à Dushanbe, au Tadjikistan, après qu'ils aient bu du champagne contaminé au cyanure en vente près de camps militaires abritant les membres d'une force de maintien de la paix dirigée par des Russes. On a signalé qu'un autre groupe de 53 personnes a été hospitalisé, dont onze civils ont été gardés aux soins intensifs. Deux vendeurs de la boisson ont été arrêtés pour avoir, comme l'a décrit l'agence de presse Itar-Tass, «perpétré un geste terroriste prémédité contre des militaires russes» (Reuters, 1995a et AFP, 1995);
  • divers rapports au cours des années signalant l'intoxication de dissidents iraquiens par la contamination de boissons ou d'aliments avec du thallium. Par exemple, on a rapporté qu'un Iraquien, qui exploitait une imprimerie à Londres, est mort, en 1988, d'une intoxication au thallium. On a décrit l'intoxication au thallium comme étant une «méthode familière aux assassins iraquiens et l'une des armes favorite utilisée par le gouvernement iraquien contre ses adversaires». On a signalé que deux transfuges de l'Armée iraquienne avaient été traités pour une intoxication au thallium, à Londres en 1992. En outre, en janvier 1995, on a rapporté qu'un activiste émigré d'Iraq était mort des suites d'une intoxication au thallium, en Syrie, et que trois autres victimes étaient sous traitement à Londres ou en Syrie (Reuters, 1995b et Security Intelligence Report, 1995);
  • des allégations téléphoniques adressées à l'ambassade américaine à Santiago, en mars 1989, que des raisins chiliens importés aux États-Unis avaient été contaminés par du cyanure. Après que des traces infimes de cyanure (quantité insuffisante pour intoxiquer un adulte) aient été effectivement découvertes dans deux raisins chiliens à Philadelphie (É.-U.), au Canada, au Japon, au Danemark, en Allemagne et à Hong Kong ont tous suspendu l'importation de fruits du Chili, et les stocks existants ont été retirés des épiceries. On craignait que le Chili ne subisse ainsi des pertes pouvant atteindre le milliard de dollars US (Citizen d'Ottawa, 1989);
  • l'intoxication, en mars 1989, de l'épouse d'un soldat britannique par du lait contaminé au mercure;
  • la découverte, en mai 1981, d'aliments contaminés par des herbicides dans des épiceries au R.-U. (Douglass et Livingstone, 1987 : 185); et
  • la contamination, en juin 1977, d'un réservoir en Caroline du Nord. Selon Clark : «Des bouchons et des valves de sécurité ont été enlevés, et des substances chimiques toxiques ont été introduites dans le réservoir [...] Il a fallu apporter de l'eau.» (1980 : 113-114).

De nombreux autres cas de contamination de produits ont, bien sûr, été signalés, dont le plus notoire probablement est celui de la contamination de capsules de Tylenol, à Chicago, en 1982, où sept personnes sont décédées (Kellett, 1988 : 57). Toutefois, la vaste majorité de ces actes n'ont apparemment pas été commis pour des motifs politiques et ne devraient donc pas être classés dans la catégorie des «actes terroristes». De plus, même s'il y avait eu un motif politique, comme Jenkins nous le rappelle : «Dans aucun de ces derniers cas, des groupes n'ont eu l'intention de causer la mort. Dans la plupart des cas, leur arme, c'était l'émoi causé et les pertes économiques encourues.» (1989 : 2).

En résumé, il existe suffisamment de données dans le domaine public indiquant que des groupes terroristes se sont effectivement montrés intéressés à obtenir des agents chimiques; ont menacé de les utiliser; ont dans certains cas réussi à en obtenir; ont parfois tenté de les utiliser; et dans certains cas ont effectivement réussi à les utiliser, mais n'ont pas causé de destruction massive.

Raisons pour lesquelles des agents chimiques ne sont pas utilisés

Quelques auteurs seulement ont spéculé sur les raisons pour lesquelles les terroristes n'ont jusqu'à maintenant pas fait grand usage des agents chimiques notamment. Kellett fait observer que «la volonté de réaliser des gestes politiquement légitimes limite considérablement» l'utilisation d'armes biologiques et chimiques, mais «tout particulièrement les armes chimiques dont les applications ont été largement condamnées par l'opinion publique et interdites par traité». On ne sait pas pourquoi ce facteur pourrait avoir plus de poids dans le cas des armes chimiques que des armes biologiques (lesquelles sont également interdites par traité et seraient plutôt considérées encore plus répugnantes par le grand public). De toutes façons, Kellett affirme : «Des terroristes usent de représailles envers des sociétés responsables de déversements chimiques et d'accidents industriels, ce qui ajoute à leurs réticences d'avoir recours à de telles armes.» (Kellett, 1988 : 56). On peut présumer que cette dernière considération ne s'applique au mieux qu'aux terroristes qualifiés d'«écologiques», et que même alors ces derniers n'hésiteraient probablement pas à utiliser des agents chimiques dans des incidents de faible portée dirigés contre des individus ou de petits groupes, des incidents qui ne seraient pas de nature à avoir des effets environnementaux généralisés.

Une explication plus convaincante du fait que les terroristes répugnent jusqu'à un certain point à utiliser les armes chimiques nous vient de Jenkins, et cette explication s'applique au moins aussi bien aux armes biologiques : «Une explosion fait du bruit et répand du sang, et ses effets sont assez faciles à prévoir. Dans le cas des armes chimiques, il y a beaucoup d'incertitudes. Les terroristes ont habituellement horreur de l'incertitude.» (cité pars Marshall, 1990 : 372-373). D'autres raisons présentées pour expliquer le non recours relatif aux armes chimiques se rapprochent de celles données dans le cas des armes biologiques : l'absence de volonté de tuer un grand nombre de personnes; la crainte de s'aliéner l'opinion publique ou de provoquer des interdictions sévères de la part des gouvernements; la préférence pour des effets dramatiques bien précis visant à exploiter l'effet traumatisant immédiat d'un événement (plutôt que d'infliger des souffrances prolongées, comme celles que l'on peut prévoir à la suite d'un attentat chimique, et de se priver d'une explosion violente qui fait couler le sang); et la volonté d'exercer un contrôle intentionnel sur un événement, ce que l'imprévisibilité des armes chimiques permet difficilement d'obtenir (Joyner, 1990 : 137). Enfin, le US House Armed Services Committee fait observer que (contrairement aux armes biologiques), «les agents chimiques doivent être utilisés en quantités relativement élevées pour être efficaces» (1993 : 26).

Tendances actuelles et possibilités d'utilisation future

Les auteurs qui ont spéculé sur la probabilité que des terroristes utilisent notamment des agents chimiques à l'avenir ont généralement indiqué que cette probabilité était assez élevée. Barnaby, par exemple, déclare que «si les terroristes se mettent à fabriquer des armes de destruction massive dans un proche avenir, ils opteront probablement pour des armes chimiques plutôt que pour des armes biologiques ou nucléaires» (1992 : 85). De même, Jackson mentionne «la menace réelle et croissante» que des organisations terroristes utilisent des armes chimiques (1992 : 520). Et selon Joyner, «le terrorisme chimique reste une probabilité bien réelle à l'horizon» (1990 : 135). Thornton soutient lui-aussi que «l'utilisation des agents chimiques par des terroristes est une possibilité tout à fait réelle», et il va même jusqu'à dire que «du point de vue d'un terroriste, c'est pratiquement une nécessité» (1987 : 2). C'est Mullins, toutefois, qui exprime l'opinion la plus définitive sur le sujet de l'utilisation future des agents chimiques. Il déclare simplement : «Il est hautement probable que les terroristes utiliseront des agents chimiques dans un avenir rapproché pour arriver à leurs fins.» (1992 : 116).

Bremer compare l'utilisation possible des armes chimiques et la menace relativement minime que constitue l'utilisation d'armes nucléaires par des terroristes. Il indique que « par ailleurs, divers groupes et individus ont utilisé des substances chimiques à des fins malveillantes; ces dernières doivent donc être considérées comme un choix plus probable de la part des terroristes». Tout en indiquant que des cas semblables, motivés par des fins politiques, ne se sont pas encore produits aux É.-U., il estime que «la possibilité que des terroristes finissent par utiliser cette tactique de contamination de produits contre nous ou d'autres pays doit nous faire réfléchir» (1988 : 8). Enfin, il fait observer que «la communauté internationale a montré peu d'indignation face à l'utilisation récente d'armes chimiques par l'Iran et l'Iraq au cours de la guerre qui les a opposés,» et il émet l'hypothèse que « la barrière psychologique qui empêchait les terroristes d'utiliser des armes chimiques a peut-être déjà été franchie» (1988 : 12). Jenkins abonde dans ce sens :

«Jusqu'à un certain point, le tabou qui entourait l'utilisation d'armes chimiques et qui en interdisait l'usage depuis la Première Guerre mondiale semble s'être estompé quelque peu. Comme les armes chimiques sont utilisées au Moyen-Orient et qu'il existe des programmes à leur sujet dans de nombreux pays, elles deviennent des instruments "légitimes" de pression qui non seulement justifient leur utilisation chez les groupes terroristes, mais en augmentent l'attrait à leurs yeux.» (cité par Marshall, 1990 : 373)90.

D'autres indications d'une probabilité accrue de l'utilisation des armes chimiques par les terroristes rappellent celles dont on a discuté dans la section précédente sur les armes biologiques : nombre croissant d'attentats plus meurtriers et moins sélectifs à partir du début des années 1980; l'augmentation de la sauvagerie de certains terroristes dans leur «long combat contre la société et l'État»; la désensibilisation croissante du public face aux méthodes d'attentat plus traditionnelles, qui force les terroristes à «augmenter le degré de violence pour regagner l'attention du public»; l'acquisition de plus grandes compétences techniques de la part des terroristes, comme le démontre, par exemple, l'utilisation de minuteries sophistiquées pour faire atterrir les avions de ligne; et l'appui croissant des terroristes par certains pays (Joyner, 1990 : 138; Thornton, 1987 : 8).

Groupes susceptibles d'utiliser des armes chimiques

Parmi les auteurs qui se sont penchés notamment sur le terrorisme chimique, c'est Joyner qui a consacré le plus d'attention aux «groupes susceptibles d'utiliser des armes chimiques». D'après lui, ceux qui «se distinguent par la brutalité pure de leurs actes de terreur et de violence [...] seraient en général les plus susceptibles d'avoir recours au terrorisme chimique.» À ce sujet, il affirme que «la région la plus dangereuse du monde, et celle où le terrorisme chimique a le plus de chance de s'implanter, est le Moyen-Orient.» En particulier, il souligne l'Organisation d'Abu Nidal («le groupe de terroristes palestiniens le plus important et le plus dangereux»), faisant remarquer qu'«il n'est pas impossible qu'Abu Nidal puisse obtenir des armes chimiques de Muammar Kadhafi lorsque la Libye pourra en produire» (1990 : 139). Le deuxième groupe du Moyen-Orient dont Joyner indique qu'il «pourrait être tenté par le terrorisme chimique» est le Front populaire de libération de la Palestine — Commandement général (FPLP — CG). Rappelant les soupçons que ce dernier pourrait être responsable du bombardement de la Pan Am 103, en décembre 1988, il affirme :

«En effet, le FPLP — CG doit être considéré comme un plus sérieux candidat aux activités terroristes : non seulement le groupe est-il manifestement disposé à tuer un grand nombre de personnes pour arriver à ses fins, mais il possède également la compétence technique nécessaire pour assembler un dispositif compact et sophistiqué d'explosifs brisants, l'installer clandestinement à bord d'un avion et le faire détoner au moyen d'un mécanisme compliqué de minuterie barométrique. Une telle précision technique indique clairement qu'il a également les compétences nécessaires pour fabriquer, assembler et faire détoner des armes chimiques.» (1990 : 140).

Selon Joyner, «en Europe de l'Ouest, aucun groupe de terroristes ne semble actuellement prêt à franchir l'étape du terrorisme chimique.» Toutefois, il poursuit en identifiant les groupes qui «pourraient finalement avoir recours à des armes chimiques à cause de la violence extrême et de l'idéologie radicale qui les caractérisent,» soit le groupe Action directe en France et la Faction de l'Armée rouge en Allemagne. À propos de ce dernier groupe, il fait remarquer :

«Encore là, nous n'avons aucune preuve directe que la Faction de l'Armée rouge ait l'intention d'utiliser des armes chimiques. Toutefois, ses objectifs politiques — détruire le capitalisme occidental par le terrorisme, propager la révolution marxiste à l'échelle mondiale et affaiblir l'Allemagne de l'Ouest et les États-Unis en attaquant des cibles militaires américaines en Allemagne de l'Ouest — laissent entendre clairement que, pour eux, la fin justifie les moyens. À l'extrême, ils pourraient en venir à considérer les armes chimiques comme des outils nécessaires pour obtenir la victoire dans la guerre contre les installations militaires américaines et les institutions capitalistes.» (1990 : 140).

Enfin, Joyner considère qu'aucun groupe terroriste en Asie ou en Amérique latine «ne semble prêt à opter pour le terrorisme chimique» (1990 : 140).

Alexander est un autre auteur qui cherche à déterminer quels groupes terroristes seraient les plus susceptibles d'utiliser des armes chimiques : «L'Hezbollah (le Djihad islamique ou le Parti de Dieu), qui a l'appui de l'Iran, pourrait utiliser le terrorisme chimique contre des intérêts occidentaux au Moyen-Orient ou contre d'autres adversaires comme l'Iraq ou l'Arabie saoudite.» (1990 : 10). De même, Thornton fait remarquer que «l'Iran appuie beaucoup les musulmans chiites libanais, lesquels pourraient certainement finir par avoir recours aux armes chimiques dans leur croisade contre les É.-U. et l'Occident» (1987 : 7).

Défense contre le terrorisme chimique

Comme dans le cas des agents biologiques, la plupart des auteurs sont assez pessimistes à propos de la possibilité de se défendre contre l'utilisation d'armes chimiques par des terroristes. Selon les mots de Kupperman et Trent :

«La triste vérité, c'est qu'il semble n'y avoir aucun moyen pratique d'exercer une surveillance sur les agents chimiques toxiques, sauf sur les importants stocks militaires de sarin ou de VX.

Il est également difficile d'interdire ces agents. Premièrement, il y a un grand nombre de substances chimiques très toxiques, dont la plupart sont en vente libre dans presque tous les pays. Ensuite, les moyens de détection sont très sélectifs [...] il faut généralement savoir ce qu'on recherche pour être en mesure de déceler ces agents. La protection contre un attentat par des agents chimiques repose avant tout sur un avertissement. Lorsqu'il y a menace d'attentat chimique et que des exigences sont formulées envers le gouvernement, il peut être possible de contrer l'attentat. En pratique, toutefois, il faut isoler la cible. Il est certain qu'une salle de congrès, un immeuble de bureaux ou un centre sportif sont des cibles très vulnérables. Un élément peut compliquer davantage la situation : un attentat chimique peut avoir pour but de discréditer un gouvernement et causer des perturbations socio-économiques, auquel cas les terroristes peuvent recourir à des tactiques par lesquelles les cibles et la fréquence des attentats sont établies au hasard.» (1979 : 84-85).

Les quelques auteurs qui traitent des moyens de défense possibles contre le terrorisme chimique en particulier envisagent la prévention de l'accès des terroristes aux agents chimiques les plus susceptibles d'être utilisés et la mise au point de meilleures méthodes de détection précoce. Par exemple, Jenkins et Rubin pensent qu'«il pourrait être possible [...] d'établir une liste de composés chimiques dont l'acquisition devrait exiger un permis et dont la possession illégale serait passible d'amende» (1978 : 228). L'OTA fait remarquer que «dans le domaine de la chimie, on met au point des détecteurs précoces de plusieurs agents» (1992 : 5). Même Kupperman et Trent reconnaissent qu'«en règle générale, les détecteurs d'agents chimiques pourraient servir à empêcher l'utilisation de certaines substances chimiques lorsqu'il est possible d'effectuer des inspections étroites. Il est sûr que si des détecteurs chimiques étaient distribués sur une grande échelle, ils pourraient servir des avertissements au cours des premières minutes d'un attentat chimique» (1979 : 85). Toutefois, ils ajoutent :

«Étant donné que tout rassemblement public est une cible potentielle, il ne serait pas toujours possible d'empêcher les terroristes d'atteindre leur cible. La technologie pourrait permettre de réduire cette menace grâce à des détecteurs de traces de substances dangereuses [...] Ces détecteurs devront faire l'objet d'un perfectionnement considérable car de nombreux agents chimiques peuvent être utilisés.» (1979 : 89).

Sans approfondir, Thornton insiste sur la nécessité de la planification d'urgence contre le terrorisme chimique, notamment des «études sur la réduction des dommages»; il affirme que «la période d'excitation qui suit un tel attentat n'est pas propice à des restrictions diplomatiques et militaires, ni à une gestion avisée de la situation elle-même» (1987 : 9).

Enfin, parmi les mesures politiques qui pourraient contribuer à réduire la menace du terrorisme chimique, Joyner favorise clairement des ententes internationales en matière de contrôle des armes, notamment la Convention sur les armes chimiques (dont on commençait à parler à l'époque) :

«Toute mesure internationale destinée à prévenir le terrorisme chimique s'articule autour de la capacité de limiter la production des armes chimiques. En termes simples, l'agent dissuasif le plus efficace contre la menace de terrorisme chimique est d'empêcher les terroristes d'obtenir de telles armes et les substances chimiques nécessaires pour les fabriquer — c'est-à-dire endiguer la dangereuse vague de prolifération des armes chimiques et obtenir une entente sur l'interdiction complète, efficace et vérifiable de leur production, de leur dissémination, de leur stockage et de leur utilisation.» (1990 : 141).

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