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ARCHIVÉ : La menace de Terrorisme Biologique ou Chimique Selon les sources publiées

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Le terrorisme biologique et chimique

Cette troisième section a pour objet de résumer ce qui a été dit dans les domaines distincts du terrorisme biologique et du terrorisme chimique, d'étudier les éléments ou caractéristiques qu'ils pourraient avoir en commun et ceux par lesquels ils divergent, de façon à déterminer quelles conclusions générales on peut tirer de la littérature non classifiée sur le phénomène du terrorisme biologique et chimique dans son ensemble.

Toxicité

On a déjà donné suffisamment de preuves qui nous permettent d'affirmer de façon assez concluante que des agents biologiques et chimiques placés dans les mains de terroristes peuvent être des armes mortelles très efficaces. Si l'on compare les deux types d'agents, on s'entend généralement pour dire que ce sont les armes biologiques qui ont le potentiel le plus élevé comme armes de destruction massive; elles peuvent entraîner un très grand nombre de morts parmi une population cible - dans certains cas, leurs effets pourraient peut-être égaler et même surpasser ceux d'une explosion nucléaire. Ce sont les quantité relativement minimes d'agent nécessaires qui impressionnent surtout dans le cas des agents biologiques. Mais, il est sûr que les agents chimiques peuvent également être utilisés comme armes de destruction massive, notamment les gaz neurotoxiques les plus toxiques, qui peuvent eux aussi tuer des milliers de personnes dans un seul incident.

Avantages possibles des armes biologiques et chimiques

Une grande part des inquiétudes concernant l'utilisation possible d'armes de destruction massive de la part de terroristes résulte de la peur que, si l'opinion publique s'habitue ou se désintéresse des méthodes plus traditionnelles d'attentat terroriste et en supposant que les terroristes recherchent avant tout la publicité et en ont besoin pour arriver à leurs fins, les groupes terroristes opteront alors pour des gestes toujours plus spectaculaires pour recouvrer l'attention du public et augmenter leur influence politique face aux gouvernements (Bremer, 1988 : 12; David, 1985 : 147; Jackson, 1992 : 520; McGeorge, 1988 : 16-18; Thornton, 1987 : v et 6)91. Quoi de plus spectaculaire, dans ce contexte, que la menace ou l'utilisation d'une arme capable de tuer des milliers ou des centaines de milliers de personnes dans un seul incident? Hurwitz affirme : «Si des terroristes devaient utiliser des armes biologiques ou chimiques dans un attentat de destruction massive, nul doute que l'événement se verrait accorder beaucoup de visibilité et d'importance. Le groupe responsable recevrait énormément de publicité et l'événement ne serait pas perçu uniquement comme un autre assassinat, kidnapping, attentat à la bombe ou détournement.» (1982 : 38).

Bien entendu, dans le domaine des armes de destruction massive, comme on l'a fait observer dans l'introduction, on a accordé beaucoup plus d'attention à la menace terroriste d'utiliser des armes nucléaires. En fait, toutefois, ce qui rend les armes chimiques et biologiques si intéressantes pour les terroristes, aux yeux de nombreux commentateurs, c'est précisément leurs avantages comparativement à ceux des armes nucléaires. Plus particulièrement, on considère généralement que les armes chimiques sont moins coûteuses, plus faciles à fabriquer ou à obtenir, moins susceptibles d'être détectées et plus fiables (notamment parce qu'on peut en faire l'essai auparavant) (Jackson, 1992 : 520; OTA, 1991 : 32; Douglass et Livingstone, 1987 : 12; Jenkins et Rubin, 1978 : 222-223 et 227; Kupperman et Trent, 1979 : 58; Revell, 1988 : 16; David, 1985 : 145; Kellett, 1988 : 56; Alexander, 1983 : 229 et 1990 : 10; Bremer, 1988 : 9-10; Petrakis, 1980 : 22; Milbank, 1976 : 5 et 31; Cohen, 1976 : 34-35; Kupperman, 1984 : 77). Douglass et Livingstone, en décrivant les armes biologiques et chimiques comme « la bombe atomique du pauvre», mentionnent chacun de ces points :

«Les armes chimiques ou biologiques peuvent être fabriquées sans trop de difficulté et en un temps relativement court. Des personnes possédant une éducation moyenne et un minimum d'outils et d'espace peuvent fabriquer clandestinement de telles armes. Il est possible d'improviser presque tout l'équipement nécessaire ou de l'acheter sans attirer de soupçons...

..la fabrication d'armes chimiques ou biologiques présente beaucoup moins de risque que celle d'armes nucléaires [...] les terroristes peuvent s'y appliquer secrètement et ils ont toutes les chances de déguerpir avant que l'attentat ne soit découvert. La dissémination de l'agent peut être facilement camouflée...

..les armes chimiques ou biologiques, contrairement aux dispositifs à base de matières fissiles, sont très fiables. Comme il est impossible de la soumettre à un essai, une bombe nucléaire construite par un terroriste a de grandes chances de se révéler un échec. Un dispositif chimique ou biologique, par contre, peut faire l'objet de tests sur le terrain et les risques pour la sécurité du projet sont modérés... (1987 : 16-18).

De même, Berkowitz et coll. soulignent ainsi l'attrait des armes chimiques ou biologiques pour les terroristes :

«En résumé, les principaux avantages des armes chimiques et biologiques sont l'abondance de l'information disponible, le nombre relativement restreint de ressources requises et la possibilité de faire l'essai du produit. Il n'existe aucune surveillance sérieuse de l'accessibilité aux substances chimiques et le peu de contrôle exercé sur les cultures pathogènes peut être contourné de bien des façons. Le facteur sans doute le plus important est que les matières chimiques et biologiques peuvent être fabriquées sous le couvert d'une entreprise commerciale apparemment licite, comme une petite société de recherche, un fabricant de produits de chimie fine ou un laboratoire biomédical.» (1972 : IX-10).

Bien que l'on ne soit pas tout à fait d'accord sur le degré précis de compétence technologique nécessaire, nul doute que, selon l'OTA, «la fabrication de munitions chimiques ou biologiques fait appel à des techniques beaucoup moins complexes que celle d'armes nucléaires» (1991 : 32). Le fait qu'il en soit ainsi accordera bien sûr plus de crédibilité aux menaces des terroristes d'utiliser des agents chimiques ou biologiques et augmentera donc leurs chances d'arriver à leurs fins, qu'ils possèdent ou non de tels agents ou qu'ils aient ou non l'intention de les utiliser.

On peut mentionner un certain nombre d'autres avantages comparativement aux armes nucléaires : le fait que les dommages soient limités aux être humains ou à d'autres êtres vivants et que les matériaux et les structures soient préservés (Wiener, 1991b : 65) (bien que les intentions de certains terroristes soient plutôt à l'opposé, c'est-à-dire provoquer le plus de dommages physiques et le moins de pertes de vie possible); la possibilité d'exécuter des attentats «de démonstration» causant peu ou pas de pertes de vie pour accroître les menaces d'un attentat plus important (Mengel, 1976 : 446)92; la possibilité, en général, de choisir une cible relativement précise (p. ex. les occupants d'un seul immeuble ou d'un complexe) (Milbank, 1976 : 31); la possibilité probablement plus grande d'obtenir ces armes de pays qui les cautionnent, étant donné leur grande dissémination comparativement à celle des armes nucléaires; et la plus grande facilité d'achat ou de vol de ces agents étant donné, comme Kupperman et Trent le font remarquer que,«contrairement aux préoccupations concernant le matériel nucléaire, la surveillance et la garde des agents chimiques et biologiques n'ont pas reçu toute l'attention nécessaire.» (1979 : 46).

Les agents chimiques et biologiques pourraient présenter d'autres avantages pour des terroristes :

  • la nature particulièrement horrible de leurs effets, qui accroît la terreur et qui peut plus facilement semer la panique ou provoquer le dégoût chez la population. Bien que cet élément ne les distingue pas nécessairement des armes nucléaires93, il est sans nul doute en partie responsable du fait que la possession et l'utilisation d'armes chimiques et biologiques soient interdites par des ententes internationales. Hurwitz mentionne :

«Ces armes n'ont peut-être pas la puissance destructrice extraordinaire ou la force politique des armes nucléaires, mais leur acquisition et leur déploiement crédible de la part d'un groupe terroriste seraient indubitablement considérés comme une escalade très importante - et terrifiante - de la menace terroriste. L'utilisation des armes chimiques ou biologiques dans un incident terroriste [...] choquerait le gouvernement visé par l'attentat. Si les terroristes étaient bien organisés et si l'attentat initial était suivi par des menaces de nouveaux attentats similaires, il pourrait en résulter une perturbation sociale généralisée et même la panique pourrait s'installer.» (1982 : 36)94.

Selon McGeorge, «l'odieux et la nature insidieuse des agents chimiques et biologiques nous indiquent qu'ils sont probablement les instruments de terreur les plus puissant et les plus efficaces disponibles» (1988 : 22). Douglass et Livingstone indiquent simplement que «la possession de ces armes donne la possibilité aux terroristes de faire chanter les gouvernements de pays petits ou grands» (1987 : 11);

  • leur indétectabilité par les systèmes classiques de détection anti-terroriste (Root-Bernstein, 1991 : 50; Marshall, 1990 : 373);
  • un élément à rattacher au précédent, la difficulté de se défendre contre ces agents. Kupperman et Smith indiquent : «Ces agents sont [...] en grande partie impossibles à arrêter, sauf peut-être dans les pays qui se sont préparés à des attentats de ce genre par le moyen de systèmes de renseignement et de détection, des vêtements protecteurs, des systèmes de décontamination, des vaccins et des mesures d'urgence. Les États-Unis ne sont manifestement pas préparés à faire face à ces agents.» (1993 : 36);
  • comparativement aux armes classiques, elles sont faciles à camoufler, à transporter et à introduire à l'endroit visé (Alexander, 1990; 10; OTA, 1992 : 35; Milbank, 1976 : 31);
  • dans le cas d'assassinats d'individus ou d'attentats de faible portée, la possibilité de déterminer la cause de la mort. Selon Livingstone : «Il faudrait qu'un médecin soit bien soupçonneux pour envisager la possibilité qu'une victime apparemment décédée d'une crise cardiaque ou d'un accident vasculaire cérébral soit en fait décédé d'un empoisonnement par du venin de cobra, une saxitoxine, de la nicotine pure ou de l'un des douzaines d'autres poisons chimiques ou biologiques.» (1982 : 112)
  • le laps de temps entre la libération de l'agent et la perception de ses effets sur les humains réduit pour l'agresseur les risques de se faire prendre ( Simon, 1989 : 10);
  • l'absence de «signature» permettant de réaliser des attentats non revendiqués (OTA, 1992 : 37);
  • dans le cas de certains agents du moins, leur caractère plus «humain», en ce sens qu'il peuvent provoquer une incapacité temporaire, sans tuer ni mutiler (McGeorge, 1986 : 57); et
  • (tiré de la section précédente) la possibilité d'employer les agents biologiques pour porter une atteinte sérieuse à l'économie d'un État (en détruisant des cultures ou du bétail, par exemple) ou pour infliger de lourdes pertes aux forces militaires, deux effets qu'il peut être impossible d'obtenir par les méthodes terroristes classiques (Simon, 1989 : v et 9; Hurwitz, 1982 : 37; Buck, 1989 : 433).

Les agents biologiques pourraient avoir un avantage sur les agents chimiques : leur capacité de se reproduire, c'est- à-dire la possibilité de produire de grandes quantités d'un agent à partir d'une petite culture de départ (Kupperman et Trent, 1979 : 66), ce qui permet d'utiliser des quantités beaucoup plus petites pour infecter une population plus grande et plus dispersée (Jenkins et Rubin, 1978 : 225). Bien sûr, cette caractéristique est également en partie responsable d'un inconvénient majeur des agents biologiques comparés aux agents chimiques : il est plus difficile de les contenir et d'en maîtriser les effets. Ceci peut par ailleurs dissuader les terroristes d'utiliser des agents biologiques pour au moins deux raisons : 1) ces agents sont plus dangereux à manipuler et 2) l'étendue des dommages causés est imprévisible; il est donc en général plus difficile de choisir une cible précise et de prévoir les effets95.

Capacités requises

La plupart des spécialistes du sujet conviennent que la préparation ou l'acquisition et l'utilisation des agents chimiques et biologiques de destruction massive sont parfaitement à la portée des groupes terroristes actuels. Livingstone, dans une affirmation typique du genre, indique que «tout chimiste ou biologiste diplômé raisonnablement compétent peut fabriquer - avec des ressources limitées et dans sa maison ou son garage - des armes chimiques et biologiques de destruction massive qui pourraient servir à terroriser une ville entière, et même tout un pays» (1982 : 109-110).

Comme nous l'avons vu dans notre analyse séparée des agents chimiques et des agents biologiques, certains auteurs peuvent différer d'opinion sur le degré précis d'expertise requis (par exemple celle d'un étudiant du premier cycle ou celle d'un scientifique professionnel) et également sur la possibilité ou la probabilité qu'une seule personne vienne à bout d'accomplir les diverses tâches requises pour la production et la dissémination efficace d'un agent96. Toutefois, en raison principalement de la grande disponibilité des matériaux, de l'absence de difficulté intrinsèque et de l'abondance de littérature non classifiée sur le sujet, on suppose généralement que des groupes terroristes déterminés sont capables de faire tous les efforts requis.

Dans son étude de 1991, l'OTA affirme que «le niveau de raffinement technologique requis pour organiser un attentat terroriste de ce type [...] dans le cas de certains scénarios en tout cas [...] pourrait être inférieur à celui nécessaire pour fabriquer une bombe sophistiquée comme celles qui ont déjà été utilisées contre des avions civils» (51-2). Jenkins et Rubin estiment que «en matière de difficulté, cette tâche peut probablement se comparer à la production clandestine de narcotiques chimiques ou au raffinement de l'héroïne97. Ils concluent :

«Les principaux obstacles à l'utilisation des armes chimiques et biologiques, si l'on excepte certains problèmes liés à leur dissémination sur une grande échelle, ne sont pas à caractère technique. On peut obtenir ou fabriquer des toxines, on peut acheter ou voler des agents pathogènes biologiques et les cultiver, un laboratoire domestique suffit, la littérature technique est facile à obtenir et de nombreuses personnes possèdent les compétences requises.» (1978 : 227).

Si les terroristes eux-mêmes n'ont pas les compétences scientifiques ou techniques requises, ils peuvent avoir recours à des personnes qui les possèdent98. Au moins un auteur croit que cela s'est déjà produit; selon Atkins, «de nombreuses organisations terroristes ont pu recruter des scientifiques qui peuvent isoler des substances chimiques et des virus utilisables comme armes» (1992).

Les seules opinions discordantes sur la compétence générale des groupes terroristes sont celles de Mengel et de Mullen, qui se sont exprimés tous les deux dans les années 1970. Selon Mengel :

«Il n'y a pas de doute que les compétences techniques et les ressources nécessaires pour se lancer dans le terrorisme faisant appel aux nouvelles technologies existent. Le facteur limitant a été, et continuera apparemment d'être, la capacité d'un groupe extrémiste de réunir les ressources physiques nécessaires et des techniciens motivés à s'engager dans une activité susceptible d'entraîner la mort de milliers de personnes.» (1976 : 451).

De même, Mullen affirme :

«...la fabrication et l'usage d'une arme de destruction massive [...], qui dans certains cas n'exigent que des capacités techniques modestes, nécessitent néanmoins des compétences que les organisations terroristes n'ont jamais eu et ne semblent pas avoir encore aujourd'hui. Il semble que les groupes terroristes soient simplement incapables d'organiser un attentat de destruction massive crédible simplement à cause des ressources techniques requises.»

Mullen reconnaît que, comparativement aux armes nucléaires, «il faut moins de compétences pour organiser un attentat de destruction massive crédible à l'aide d'agents chimiques et biologiques.» Il insiste toutefois sur le fait que «à ce jour, il semble que ces compétences soient hors de portée des organisations terroristes contemporaines» (1978 : 89)99.

On ne sait pas si Mengel et Mullen ont modifié leur opinion depuis. Mais des évaluations plus récentes semblent corroborer l'opinion divergente de l'OTA, exprimée dans son étude réalisée en 1992 : «il n'y a aucun obstacle technologique sérieux à l'utilisation des agents chimiques et biologiques [...] Ils sont relativement faciles à obtenir, les systèmes d'administration sont praticables et les techniques de dispersion sont efficaces» (34)100.

Types d'agents susceptibles d'être utilisés

On a déjà discuté des agents chimiques et biologiques les plus susceptibles d'être utilisés par des terroristes dans les deux sections précédentes qui traitaient séparément du terrorisme biologique et du terrorisme chimique. Toutefois, dans l'une de ses brèves études du sujet, Harvey McGeorge présente des observations intéressantes s'appliquant aux agents biologiques et chimiques ensemble. Faisant remarquer qu'«il existe actuellement un fossé entre la technologie qu'on suppose être à la portée des terroristes et celle qu'ils ont choisi d'adopter,» il poursuit :

«À l'heure actuelle, la majorité des terroristes réputés avoir utilisé des agents chimiques ou biologiques ont opté pour des substances relativement ordinaires, comme le cyanure, les herbicides, les rodenticides, les drogues et de simples bactéries. Bien que ces agents ne soient certainement pas élégants du point de vue scientifique, ils ont été jugés suffisamment efficaces pour le but visé, relativement sûrs à manipuler et faciles à obtenir en quantité suffisante. Il y a des signes indiquant que les terroristes s'intéressent à des agents plus sophistiqués, mais la situation actuelle n'exige pas qu'ils y aient recours. Cette situation n'évoluera probablement pas chez la plupart des groupes terroristes jusqu'à ce qu'on ait besoin d'agents pouvant infliger plus de dégâts.» (1988 : 21-22).

Néanmoins, McGeorge nous sert un avertissement :

«Le lecteur devrait se garder de cultiver un sentiment de fausse sécurité en considérant que la majorité des terroristes potentiels ont, jusqu'à maintenant, utilisé uniquement des agents chimiques et biologiques appartenant à une technologie peu évoluée. Il y a un fossé assez large entre les techniques disponibles et celles qui ont été utilisées. Ce fossé pourrait toutefois se combler assez rapidement si les motifs étaient suffisants.» (1988 : 21-22).

Dans un article plus récent, McGeorge résume les résultats de son étude de plus de 200 incidents terroristes chimiques et biologiques; il fait remarquer que les agents suivants étaient «parmi ceux qui ont été utilisés ou avaient été acquis pour être utilisés» : l'arsenic, les carbamates, le chlordane, les composés de cyanure, le mercure, le gaz moutarde, les composés organophosphorés, le paraquat, le thallium, la warfarine, l'aconitine, la toxine botulinique, la microcistine, le ricin, la saxitoxine, les venins de serpent, le SEB, la strychnine, la toxine tétanique, la tétrodotoxine, B. anthracis, B. melitensis, B. suis, C. imitis, F. tularensis, M. tuberculosis, S. enteriditis, le virus de la variole, V. coma et le virus de l'EEV. Comme précédemment, à partir de son analyse statistique des données, il conclut que «le terroriste qui se sert d'agents chimiques et biologiques semble avoir peu recours à la technologie et cherche généralement à utiliser des substances chimiques toxiques courantes et faciles à obtenir pour contaminer des biens consomptibles,» mais il nous met en garde : «Cette description relativement peu inquiétante ne doit pas nous faire oublier l'ampleur de la menace et la difficulté d'utiliser des contremesures» (1994 : 13).

Moyens d'acquisition

La question de la capacité des terroristes de fabriquer eux-mêmes leurs agents chimiques ou biologiques a déjà été abordée plus haut, sous l'aspect de l'accessibilité des matières premières et de la facilité de fabrication. De nombreux auteurs ont toutefois également émis des hypothèses concernant la facilité relative d'obtenir par d'autres moyens des agents chimiques et biologiques prêts à utiliser. Par exemple, de nombreuses substances dangereuses pouvant être utilisées directement comme armes chimiques ou biologiques sont disponibles dans le commerce et sont peu ou pas réglementées. Les établissements de recherche dans lesquels ces agents chimiques et biologiques sont mis au point et testés et même les stocks militaires d'armes chimiques achevées sont réputés beaucoup moins sûrs que les établissements équivalents dans le domaine des armes nucléaires; le vol par des groupes terroristes est donc une éventualité plausible. De plus, on suppose généralement que les pays qui appuient le terrorisme hésiteraient moins à fournir des agents chimiques ou biologiques que du matériel nucléaire à leurs clients. Enfin, comme on l'a déjà mentionné, ces agents sont beaucoup plus répandus que les armes nucléaires; il y a donc un plus grand nombre de pays susceptibles d'appuyer ce type de terrorisme.

À propos de cette dernière question, par exemple, Jackson émet l'hypothèse que «maintenant que les armes chimiques et biologiques sont devenues une partie intégrante de l'arsenal d'armes classiques des pays du Moyen-Orient et d'autres régions, il n'est pas inconcevable que les techniques de manutention et d'utilisation de ces agents, ainsi qu'une certaine proportion de ces agents eux-mêmes, soient offerts à toute une gamme de factions guérilleros et terroristes.» Il affirme que l'Iran, la Syrie, la Libye et la Corée du Nord pourraient être de telles sources (1992 : 520). Douglass et Livingstone vont même plus loin en alléguant (en 1987) que de tels transferts d'armes ont déjà eu lieu :

«..les preuves s'accumulent d'un transfert de technologies et de matériel servant à fabriquer des armes chimiques et biologiques de l'URSS à des groupes terroristes qui appuient la politique internationale de Moscou [...] On a également signalé que Cuba fournissait des toxines et des armes chimiques. Les services de renseignement de l'Afrique du Sud signalent que des membres de la South-West Africa People's Organization (SWAPO) à dominante marxiste qui combattent en Namibie ont reçu de Cuba et de l'OLP de l'entraînement dans le domaine des armes chimiques et biologiques» (1987 : 33- 34).

Hoffman laisse entendre que «des terroristes pourraient être employés par des pays [...] pour monter un attentat nucléaire, chimique ou biologique secret servant à masquer la participation ou la complicité du pays qui les appuie» (1993 : 24)101. Kellet est toutefois plus prudent sur ce sujet : «Des gouvernements appuyant le terrorisme pourraient faciliter l'acquisition d'armes biologiques ou chimiques par des terroristes, mais ils imposeraient probablement des limites au déploiement des armes de destruction massive de façon à prévenir des contremesures vraiment sévères de la part des pays touchés.» (1988 : 56-57). De même, le directeur du service de renseignement du secrétariat américain de la défense, le Lt. Gén. James Clapper a été cité : «Les pays "sans scrupule" qui possèdent des armes de destruction massive sont encore probablement prudents lorsqu'ils transigent avec des organisations terroristes imprévisibles.» (Starr, 1994 : 10).

Moyens d'administration

Les moyens qui peuvent être utilisés pour administrer des agents chimiques et biologiques sont essentiellement les mêmes, à l'exception de la transmission indirecte par des animaux infectés que l'on a proposé comme moyen possible de transmettre des agents biologiques. Les méthodes d'administration d'agents chimiques et biologiques les plus couramment signalées sont : la contamination d'aliments ou de liquides; la dispersion sous forme de vapeur ou d'aérosol dans un endroit fermé; la dispersion sous forme de vapeur ou d'aérosol dans un endroit ouvert; et le contact humain direct. McGeorge ajoute une autre méthode moins fréquemment mentionnée, soit la dispersion au moyen d'une charge explosive :

«Bien que la dispersion au moyen d'une charge explosive se traduise par une perte significative de l'agent, cette méthode est courante et tout aussi susceptible d'être utilisée. L'objectif est soit de répandre l'agent dans l'air et de créer ainsi un nuage ou de contaminer fortement un endroit au sol. La dissémination explosive donne souvent un mélange de ces deux effets. Cette méthode n'est pas aussi efficace qu'un dispositif de pulvérisation, mais elle est simple et fiable. La mine HD américaine d'un gallon, qui n'est plus utilisée, est un exemple représentatif de ce type de systèmes d'administration.

De gros projectiles se prêtent bien à une dissémination explosive. Des groupes comme l'IRA sont susceptibles de favoriser cette approche. l'IRA a utilisé à plusieurs reprises plusieurs mortiers de gros calibre (environ 150 mm) montés à bord d'un camion pour attaquer des complexes policiers.» (1986 : 60-61).

En règle générale, les analystes considèrent qu'il est plus difficile pour les terroristes d'administrer et de disséminer efficacement les agents chimiques et biologiques que de les fabriquer ou de les obtenir (Mullen, 1978 : 76; Douglass et Livingstone, 1987 : 14; Kupperman et Trent, 1979 : 58 et 63; David, 1985 : 146; Loehmer, 1993 : 62; Hurwitz, 1982 : 39; Berkowitz et coll., 1972 : VIII-3). Selon les termes de David :

«Le principal problème des agents chimiques et biologiques est de les disperser efficacement. Les problèmes techniques associés à la dispersion efficace de grandes quantités d'agents chimiques et biologiques sont complexes et exigent de grandes compétences professionnelles et organisationnelles. Les cibles des attentats chimiques et biologiques sont les réseaux centralisés d'aqueduc, les grandes installations de conditionnement de l'air et les établissements de production alimentaire. La dispersion par pulvérisation aérienne peut être efficace, mais elle est difficile à réaliser.» (1985 : 146).

De même, Hurwitz affirme :

«Une dispersion efficace implique une excellente connaissance des endroits visés par l'attentat et de l'écoulement de l'air qui y règne, ainsi qu'une connaissance précise des propriétés physiques de l'agent chimique ou biologique utilisé. Toutefois, même si les terroristes n'arrivaient qu'à atteindre dix pour cent des victimes visées avec une dose létale de l'agent dispersé, un seul attentat terroriste pourrait facilement entraîner plusieurs milliers de morts.» (1982 : 39).

Dans une discussion sur les moyens d'administrer ces agents, il faut distinguer entre les attentats contre des individus ou de petits groupes, qui peuvent être assez simples à réaliser, et des tentatives de destruction massive, qui peuvent présenter beaucoup plus de problèmes. Dans cette dernière catégorie, par exemple, les experts sont pratiquement unanimes : le scénario populaire de l'empoisonnement de l'approvisionnement en eau d'une ville avec des agents biologiques ou chimiques n'est pas praticable pour toutes les raisons déjà énumérées (Mullen, 1978 : 76; Kupperman et Trent, 1979 : 58 et 63; Loehmer, 1993 : 62; McGeorge, 1986 : 61; Berkowitz et coll., 1972 : I-15)102. Berkowitz et coll. étudient la question d'assez près :

«Peu de méthodes d'attentat sont moins efficaces que de verser une substance dans un réservoir. D'abord, il n'y a pas nécessairement de rapport entre la capacité des réservoirs alimentant des bassins de retenue destinés à une collectivité et la consommation d'eau de cette collectivité. Les grands réservoirs peuvent contenir un approvisionnement de quelques mois à dix ans, et l'eau produite provient fréquemment d'infiltrations d'eau souterraine et d'une installation de pompage. Deuxièmement, la plus grande partie de l'eau tirée d'un approvisionnement urbain ne vient jamais en contact avec la population; elle sert à arroser les pelouses, à faire la lessive, à laver les voitures, à chasser l'eau des toilettes, à refroidir de l'équipement industriel, etc [...] un réservoir constituant la seule source d'eau d'une collectivité de 10 000 habitants et ne retenant que des réserves pour deux ans renferme 1,8 milliard de gallons. Si chaque membre de la collectivité consommait une pinte d'eau par jour, sept milliards de doses létales seraient nécessaires dans ce réservoir pour administrer une dose par victime [...] Parmi les substances toxiques mentionnées, le 8-fluorooctanol serait la plus appropriée à cause de sa stabilité, mais il en faudrait 300 tonnes métriques. Si le BTX était aussi stable, il faudrait 7 kg de toxine pure. Les anticholinestérases organophosphorés sont hydrolysés suffisamment rapidement pour qu'on puisse douter de leur efficacité. Le problème de l'empoisonnement d'un réservoir n'est pas plus facile à résoudre avec des agents biologiques. Les organismes préférés pour la distribution dans l'eau ne sont pas des agents de guerre biologique idéals [...] : les méthodes courantes de purification de l'eau [...] ont précisément pour objet d'éliminer ou de détruire les bactéries pathogènes [...] Un terroriste pourrait injecter des organismes pathogènes directement dans les canalisations principales de distribution après les postes de traitement et de contrôle de la qualité, mais même là l'efficacité d'un tel attentat serait douteuse.» (1972 : IX-12-14).

De même, de nombreux auteurs consultés (mais pas tous) ont rejeté la possibilité d'un attentat sur une grande échelle en milieu ouvert103. Douglass et Livingstone font exception :

«Bien qu'un attentat sur un seul immeuble ou établissement, à l'aide du système de ventilation pour transmettre l'agent, demeure le scénario le plus probable, on ne peut toutefois pas écarter qu'un attentat majeur soit dirigé sur une ville entière des É.-U.

Des terroristes pourraient, par exemple, équiper un vieux navire-citerne de réservoirs internes (pouvant recevoir un agent chimique ou biologique), de puissants générateurs d'aérosols sous pression (pouvant transformer l'agent en un nuage mortel) et de dispositifs de pulvérisation externes. Selon toutes les apparences extérieures, le bateau aurait l'air d'un autre de ces navires-citernes libériens rouillés empruntant The Narrows en direction de New York. Mais, à partir de Manhattan, il pourrait lancer ses générateurs et ouvrir ses dispositifs de pulvérisation. En quelques minutes, si les conditions météorologiques étaient favorables, un gros nuage de vapeurs létales prenant de l'expansion pourrait se diriger vers les tours du World Trade Center. Comme les vapeurs seraient probablement inodores et incolores, et donc non détectables à l'observation, le bateau pourrait accoster sur le quai New Jersey et les terroristes pourraient s'échapper avant que les autorités n'aient pu localiser précisément la source de l'attentat.» (1987 : 37).

Douglass et Livingstone soutiennent également que «des attentats à l'aide de petites bombes renfermant des agents chimiques ou biologiques distribuées au hasard dans une ville, même s'ils ne produisaient pas un grand nombre de morts, déclencheraient presque assurément une grande panique [...] Il suffirait probablement de faire détoner cinq de ces bombes et de prévoir une publicité efficace pour affoler la population de n'importe laquelle ville aux États-Unis; même une mégalopole comme New York pourrait pratiquement avoir l'air d'une ville fantôme la nuit» (1987 : 39).

Néanmoins, on admet généralement que la meilleure façon pour des terroristes de tuer un grand nombre de personnes au moyen d'agents chimiques et biologiques serait de procéder à des attentats dans des milieux fermés, comme un métro, un centre sportif fermé, un centre de congrès et d'autres gros immeubles publics. (Mengel, 1976 : 454-455). McGeorge affirme :

«Un pistolet-pulvérisateur portatif semblable au distributeur de gaz lacrymogène israélien de modèle 5 attirerait probablement un terroriste voulant affronter sa victime directement. Un commando suicide armé de telles armes remplies d'un agent neurotoxique à action rapide, tel le tabun, pourrait causer un grand nombre de morts dans des endroits achalandés comme une aérogare ou un centre d'achat.» (1986 : 60).

Les ambassades, les établissements militaires et peut-être des monuments nationaux (pour leur valeur symbolique) sont des cibles probables. Selon Livingstone :

«Il n'est pas absurde de craindre que l'un des prochains attentats par véhicule sur une ambassade américaine au Moyen-Orient mette en jeu un agent chimique ou biologique au lieu d'explosifs [...] Des terroristes pourraient conduire un véhicule (voiture ou camion) près d'une ambassade ou au sein d'un camp militaire et libérer la substance mortelle au moyen d'un générateur interne monté à l'intérieur du véhicule.» (1986 : 143).

Comme dans le cas des bases militaires en Europe : «Non seulement des terroriste pourraient-ils empoisonner les aqueducs ou libérer des agents secs en amont d'une base ou d'un aéroport par rapport au vent, mais ils pourraient également, sans être détectés, lancer une attaque sur une cible à l'aide de mortiers enfouis dans des camions de sable à l'extérieur du périmètre de défense de la base.» (1986 : 144).

Douglass et Livingstone indiquent que «dans les pays qui dépendent beaucoup du tourisme, la contamination d'un hôtel de tourisme de premier plan ou d'un monument national avec une arme chimique ou biologique ruinerait l'industrie pendant de nombreuses années [...] L'impact psychologique d'un attentat qui contaminerait un grand monument national ou un point d'intérêt important est incalculable.» (1987 : 39). Clark imagine un type d'attentat assez unique : utiliser des missiles sol-air soviétiques pour abattre un avion de ligne dans l'espoir de le voir percuter des sites de stockage d'armes chimiques et biologiques situés près des aéroports de Denver ou de Salt Lake City (1980 : 123). Enfin, Mengel signale que «des attentats par contamination de grandes quantités de denrées alimentaires ou de boissons (laiteries, usines de transformation des viandes, conserveries, boulangeries et usines d'embouteillage d'eau gazeuse ou de bière) offrent aux terroristes un moyen de s'attaquer à des petits groupes ou à une fraction plus large de la société, selon l'établissement visé.» (1976 : 455). De même, Griffith affirme que «les aliments conviennent tout particulièrement à une contamination chimique ou biologique pour attaquer de grands segments de la population,» et il poursuit en citant les autorités de la défense civile nationale qui indiquent que «compte tenu des caractéristiques des procédés de fabrication des aliments et de la nature de certains aliments et ingrédients, de nombreux secteurs de l'industrie alimentaire sont extrêmement vulnérables à l'introduction d'agents biologiques et chimiques» (1975).

À partir de son analyse de plus de 200 incidents passés de terrorisme biologique ou chimique, McGeorge conclut : «Les dispositifs de dissémination (munitions) ou les moyens (p. ex. la contamination de produits) utilisés ont habituellement été très simples et peu efficaces.» Il a mentionné en tout huit techniques différentes qui ont été utilisées dans les incidents en question, soit 1) la contamination d'aliments ou de boissons (43 %); 2) la contamination de biens consomptibles (13 %; 3) la contamination des approvisionnements en eau (12 %); 4) la formation d'aérosols (9 %); 5) la contamination d'articles personnels (p. ex. des vêtements) (4 %); 6) la contamination de projectiles (3 %); 7) les vecteurs de maladies (2 %) et 8) la formation de nuages de vapeur (1 %). Dans 13 % des cas, la technique ou le dispositif de dissémination n'était pas connu (1994 : 13).

Incidents liés à une utilisation ou une menace

La confusion est assez extraordinaire sur la question de l'utilisation d'agents chimiques ou biologiques par des terroristes dans le passé. Malgré le grand nombre de cas cité dans les sections précédentes du présent document, certaines sources, et non seulement celles remontant aux années 1970, insistent pour dire qu'aucun incident semblable n'est encore survenu. Par exemple, Jenkins et Rubin affirment, en 1978, que «jusqu'à maintenant, des terroristes n'ont pas cherché à acquérir ou menacé d'utiliser des armes de destruction massive» (221). L'OTA, en 1991, a indiqué abruptement qu'«aucun attentat terroriste faisant appel à des agents chimiques ou biologiques ne s'est encore produit» (32). Selon Griffiths, qui parle des 75 ans qui ont précédé la date à laquelle il a publié, en 1992, «aucun rapport confirmé n'indique que des terroristes, à la différence de pays, ont utilisé des armes chimiques ou biologiques ou ont menacé d'en utiliser au cours de cette période» et «on n'a pas encore utilisé d'armes chimiques ou biologiques dans des attentats terroristes» (1992 : 221 et 222). De même, David soutient qu'«aucun groupe terroriste n'a encore utilisé réellement des armes de destruction massive» (1985 : 149); Revell assure également que «les États-Unis n'ont pas encore connu d'acte de terrorisme faisant appel à des armes nucléaires, chimiques, biologiques ou à d'autres armes de haute technologie» (1988 : 15). Kupperman, tout en reconnaissant que «les États-Unis ont eu à faire face à un nombre limité de menaces liées à des agents chimiques ou biologiques,» déclarent simplement que «dans tous les cas, il s'agissait de mystifications ou du produit d'esprits perturbés» (1985 : 158) (comme si dans ce dernier cas, le qualificatif ne pouvait pas s'appliquer à des terroristes).

À l'autre extrême, Mullins va jusqu'à classer la menace de Saddam Hussein d'utiliser des armes chimiques et biologiques lors de la guerre du Golfe et le roman de Tom Clancy, publié en 1991, The Sum of All Fears, comme des «exemples de terrorisme chimique, biologique et nucléaire» (1992 : 95-96). Une part de la confusion vient sans doute de la définition vague et ambiguë que l'on donne au terme «terroriste» et aux «armes de destruction massive». La confusion est accentuée par la pratique, dans certains cas, d'associer des incidents de terrorisme chimique ou biologique à ceux commis par «des acteurs autres que des pays104. Dans le présent document (et selon l'usage courant), un incident terroriste présuppose un motif politique, et toute arme chimique ou biologique est considérée comme une «arme de destruction massive» en vertu de son potentiel de destruction, que cette arme soit utilisée pour provoquer réellement une destruction massive ou que son usage soit limité à un rôle moins important.

La plupart des auteurs reconnaissent qu'il y a déjà eu en effet des incidents ou des menaces d'utilisation d'agents chimiques ou biologiques par des terroristes dans le passé, mais les cas ont été qualifiés de peu nombreux (Jenkins et Rubin, 1978 : 267; OTA, 1991 : 51; Mengel, 1976 : 450), de peu importants (Kellett, 1988 : 55 et 57), de pas graves (OTA, 1991 : 32 et 51; Clark, 1980 : 111; Marshall, 1990 : 368), de pas significatifs (Mengel, 1976 : 450), à une échelle réduite (Luchaire, 1984 : 121) ou d'isolés et même d'inutiles (Kupperman et Trent, 1979 : 49). Comme l'indiquent Douglass et Livingstone, «heureusement, la plupart des incidents impliquant en principe des agents biologiques ou chimiques se sont révélés des mystifications conçues pour extorquer une rançon» (1987 : 31). De même, Jenkins et Rubin font remarquer que «les complots pour empoisonner un grand nombre de personnes sont plus souvent le produit de déments plutôt que d'extrémistes politiques,» et que «les terroristes n'ont pas, jusqu'à maintenant, utilisé des armes exotiques de destruction massive [...] pour causer un grand nombre de morts» (1978 : 267 et 269). En 1978, ces auteurs trouvent du réconfort au fait que «personne n'est apparemment mort des suites d'un attentat chimique ou biologique de la part de terroristes» (1978 : 229). Kupperman et Kamen (1989) ont peut-être trouvé les mots les plus justes : «Jusqu'à maintenant, les groupes terroristes ou des fanatiques isolées n'ont fait qu'explorer les armes de destruction massive en surface. Mais leur intérêt pour ces armes et le fait qu'ils en connaissent le pouvoir destructeur sont évidents et de mauvais augure.» (1989 : 93-94).

En fait, certains commentateurs estiment que les incidents impliquant des menaces ou des actes ont été sous-estimés dans les rapports. Douglass et Livingstone, par exemple, affirment :

«L'une des principales raisons pour lesquelles on entend peu parler de l'intérêt des terroristes pour les armes biologiques ou chimiques est que les autorités ignorent totalement le sujet ou, au contraire, sont tellement effrayées par les implications de leurs découvertes qu'elles suppriment les preuves d'incidents faisant intervenir des agents biologiques ou chimiques de la part de terroristes ou d'acteurs autres que des pays [...] L'association internationale des chefs de police a publié, dans son bulletin de 1984, une demande de données sur les incidents faisant intervenir des agents chimiques ou biologiques [...] Pas une seule réponse!.. Pourtant, plus d'une douzaine d'incidents ont été signalés dans les médias, et les experts affirment qu'il y en a en fait trois fois plus.» (1987 : 32).

Ils dressent leur propre liste, assez longue, de ces incidents et ils ajoutent : «les auteurs sont au courant de plusieurs douzaines d'autres incidents qui ne peuvent pas être rapportés à ce moment-ci. En outre, de nombreux incidents terroristes ne sont pas reconnus pour ce qu'ils sont et ne sont donc pas signalés» (1987 : 187). Ailleurs, Livingstone a allégué :

«Il y a eu plus de 50 incidents faisant intervenir des agents chimiques ou biologiques et impliquant des terroristes ou des acteurs autres que des pays au cours des dernières années, un chiffre qui ne représente apparemment que la "pointe de l'iceberg", comme on dit, puisque les autorités fédérales des États-Unis estiment que le nombre d'incidents est beaucoup plus élevé, mais que la plupart ne sont pas reconnus comme des incidents terroristes.» (1986 : 142).

D'après Alexander, le nombre d'incidents spécifiquement liés à des activités terroristes est encore plus élevé : «Il n'existe pas de données statistiques précises sur le nombre d'incidents terroristes faisant intervenir des agents chimiques ou biologiques, car ils ne sont pas tous signalés par les gouvernements et les médias. Mais il existe apparemment plus d'une centaine de cas connus.» Par ailleurs, il admet que «ces formes de terrorisme technologique sont rares en comparaison des quelque 40 000 incidents intérieurs et internationaux qui ont eu lieu au cours des vingt dernières années» (1990 : 10).

Harvey McGeorge a effectué l'étude la plus complète à avoir été publiée sur des incidents passés de «terrorisme chimique et biologique», un terme qu'il définit sommairement, de son propre aveu, comme comprenant «la plupart des actes criminels et certaines opérations gouvernementales ou militaires spéciales qui ont trait à l'utilisation d'agents chimiques ou biologiques contre des individus, des groupes, des cultures ou du matériel»105 Il soutient que «cette définition du terrorisme chimique et biologique peut sembler excessivement large, mais une définition large permet de mieux comprendre le problème et elle peut au besoin être restreinte par la suite.» (1994 : 12). Selon McGeorge, il y a eu de 201 à 244 exemples de tels incidents dans le passé, qui ont eu lieu dans au moins 26 pays. Ces incidents peuvent être classés en sept grandes catégories selon le type de terroriste et leur distribution» : 1) les terroristes «politiques», dont le but est de changer un régime politique par la violence (20 %); 2) des «gouvernements ou des personnes agissant à titre d'agents d'un pays souverain, p. ex. des commandos, des mercenaires, etc.» (9 %); 3) des criminels agissant pour obtenir des gains financiers (26 %); 4) des «personnes agissant pour des motifs philosophiques ou religieux» (7 %); 5) des «sujets psychotiques sous l'effet d'une grave perturbation mentale» (8 %); 6) des «personnes non psychotiques agissant pour des raisons égocentriques, p. ex. des exhibitionnistes, des mégalomanes, etc.» (2 %) et 7) des «employés hostiles qui veulent se venger d'un employer actuel ou précédent» (2 %). Dans plus de 25 % des cas, selon McGeorge, «on ne disposait pas d'informations suffisantes pour classer le terroriste» (1994 : 12).

McGeorge a également établi quatre «principaux motifs» pour les actes en question : 1) «une idéologie liée à un système politique, philosophique ou religieux» (22 %); 2) des motifs «économiques» liés à l'«intention de réaliser des gains financiers» (9 %); 3) des motifs «personnels», soit des circonstances ou un état d'esprit uniques (27 %) et 4) l'«opportunisme politique» - répondant aux intérêts d'un pays (18 %). Encore là, dans 23 % des cas, les informations étaient «insuffisantes pour établir le motif» (1994 : 12).

McGeorge a caractérisé les cibles de tels actes comme suit : 1) «des personnes - une ou plusieurs dont l'identité est connue de l'agresseur» (16 %); 2) «des groupes spécifiques - un groupe de personnes définies par une caractéristique commune, où l'agresseur ne connaissait probablement pas l'identité des personnes à l'intérieur du groupe» (16 %); 3) la «population en général - où aucune caractéristique de groupe n'a été observée» (62 %); 4) des animaux où la «principale cible était des animaux domestiques» (1 %) et une «cible absente ou inconnue - où il n'y avait aucune cible particulière ou la cible n'a pas été déterminée» (5 %) (1994 : 13).

McGeorge résume ainsi les résultats de son étude sur les incidents passés :

  • les agresseurs agissant pour des motifs politiques ou criminels étaient les plus actifs;
  • les agresseurs de tous les types étaient les plus susceptibles d'agir pour des motifs personnels ou idéologiques;
  • la population en général était la cible la plus courante;
  • les magasins de détail étaient les endroits les plus visés pour atteindre la population en général;
  • les composés de cyanure ou les composés comparables courants étaient les produits les plus employés ou les plus recherchés;
  • la contamination des aliments, des boissons, des biens consomptibles ou des approvisionnements en eau étaient de loin les méthodes les plus courantes de dissémination essayées. (1994 : 13).

Raisons pour ne pas utiliser d'agent chimiques ou biologiques

Si la capacité technique d'utiliser des agents chimiques ou biologiques semble parfaitement à la portée de groupes terroristes, comment expliquer le nombre relativement petit d'incidents à ce jour (notamment par comparaison au nombre total d'incidents terroristes de toutes sortes) et le fait que ces incidents se soient limités à des actes, sinon des menaces, bien en deçà du seuil de «destruction massive»?

L'une des raisons pourrait être que les terroristes n'ont jusqu'à maintenant pas senti le besoin d'avoir recours à des armes biologiques ou chimiques pour arriver à leurs fins. Comme Jenkins et Rubin l'affirment : «Les terroristes ont généralement opéré bien en deçà de leurs capacités techniques de tuer un grand nombre de personnes, peut-être tout simplement parce qu'ils n'ont pas eu besoin de porter la violence au delà de ce que nous avons observé» (1978 : 267). Plus précisément, Griffiths fait observer : «Si l'on examine en profondeur les scénarios terroristes des vingt dernières années, on constate que les principaux actes ont été associés à des détournements d'avions, à un attentat isolé sur un paquebot de croisière et à quelques sièges d'immeubles. Il y aurait eu peu d'avantages à ajouter des armes chimiques ou biologiques à l'arsenal déjà utilisé dans de telles situations» (1992 : 221).

De même, un «participant» anonyme lors d'une discussion sur le sujet a dit : «Bien que la valeur publicitaire du terrorisme soit à la baisse dans le monde et que sa valeur coercitive soit également à la baisse, certains mouvements terroristes ont bataillé suffisamment longtemps et sont suffisamment confiants d'arriver à leurs fins qu'ils ne sentent plus le besoin de poursuivre l'escalade de leurs actes terroristes.» Il donne comme exemples l'IRA et l'OLP : «Ils n'ont pas besoin d'en faire plus, ils n'ont qu'à continuer de batailler et à espérer que la résistance diminue dans l'autre camp» (David, 1985 : 152). Bremer se prononce sur divers autres aspects connexes :

«Les terroristes utilisent en général la technologie la plus simple possible pour leurs attentats [...] Une technologie simple est moins coûteuse et souvent plus fiable. L'équipement moins sophistiqué est plus facile à obtenir et attire moins l'attention [...] Et ce qui est plus important, il faut moins d'entraînement pour réaliser un attentat avec un équipement moins sophistiqué. Enfin, les armes et technologies plus anciennes sont encore aussi efficaces que dans le passé. Les terroristes continuent d'obtenir beaucoup de publicité pour leurs attentats avec des technologies et des armes plus anciennes ou plus simples.

À mesure que leurs cibles préférées à l'origine sont devenues plus difficiles à atteindre, car mieux défendues, les terroristes ont habituellement changé de cibles plutôt que d'avoir recours à de nouvelles technologies pour pénétrer les défenses.» (1988 : 2-3)106.

Le «participant» anonyme dont on a parlé plus haut aborde un autre aspect de la question du «besoin» de telles armes : avec les armes de destruction massive, «il est difficile de déterminer des exigences à la mesure de la menace que comporte l'utilisation de telles armes» (David, 1985 : 154)107. Mullen donne plus de détails sur ce point lorsqu'il parle «du scénario souvent rapporté de terroristes tenant une ville ou un gouvernement en otage à des fins d'extorsion par la menace d'utiliser une arme de destruction massive» :

«...toutefois, il y a encore suffisamment de terrain à explorer avec les moyens classiques consistant à prendre un otage pour obtenir une rançon [...] Mais, avec un otage, on ne peut pas demander plus que ce que la victime peut payer; on ne peut pas demander à un gouvernement davantage que ce qu'il est prêt à accorder. On ne peut pas demander non plus la dissolution d'un gouvernement, ou même un changement majeur de politique, car de telles exigences ne pourraient être mises en application que si les terroristes étaient en mesure de surveiller la mise en application sur une longue période, ce qui semble assez peu plausible.»

La seule exception qu'il envisage est «lorsqu'un gouvernement est tenu en otage pour la libération de prisonniers politiques» (1978 : 85) (qui est, bien sûr, le véritable motif invoqué dans l'incident de Stuggart, en 1975, dont on a parlé dans la section précédente sur le terrorisme chimique)108. Hurwitz, par ailleurs, n'a pas de difficulté à trouver des exigences qu'il juge réalistes :

«Une menace crédible de destruction massive au moyen d'armes chimiques ou biologiques, précédée peut-être d'une "démonstration" causant des centaines de morts, serait considérée comme un instrument de coercition très important pouvant venir à bout de la fermeté des gouvernement même les plus intransigeants qui n'ont pas cédé à des menaces moins graves auparavant. L'objectif d'une telle menace pourrait être la libération de camarades emprisonnés, une rançon très importante, une démonstration de l'impuissance du gouvernement, et peut-être des discours télévisés où les autorités gouvernementales accorderaient des concessions.» (1982 : 37)109.

En cherchant à expliquer pourquoi des armes chimiques ou biologiques ont rarement été utilisés à des fins de destruction massive par les terroristes, certains auteurs mentionnent le simple fait que les attentats terroristes, pour une raison ou pour une autre, ont toujours été limités et non généralisés (Alexander, 1990 : 10; Jenkins et Rubin, 1978 : 222 et 227; Mengel, 1976 : 458; Joyner, 1990 : 137; Milbank, 1976 : 31; Jenkins, 1975 : 11)110. Alexander signale que «s'il en avait été autrement, les terroristes auraient pu, avec des armes classiques, causer des désastres importants dans notre société extrêmement vulnérable en attaquant, par exemple des usines de produits chimiques dangereux» (1981 : 344 et 1983 : 227). Mengel discute assez longuement des contraintes organisationnelles qui pourraient expliquer, en partie, un tel conservatisme :

«Dans le passé, peu de terroristes ont choisi des cibles au hasard [...]

On n'a pas encore vu de terroriste qui ait appliqué directement les nouvelles technologies pour causer des morts et des dommages non contrôlés et au hasard. Un tel terroriste devrait à la fois avoir la motivation nécessaire pour causer beaucoup de dommages, posséder l'expertise technique et les ressources requises et vouloir soutenir son projet pendant un laps de temps assez long [...] Les problèmes liés à l'expertise technique et aux ressources pourraient être réduits en augmentant le nombre de membres du groupe, mais les problèmes liés au maintien de la motivation et de l'engagement de tout le groupe augmentent de façon géométrique avec la taille du groupe. Un individu isolé pourrait accepter d'obtenir des résultats non contrôlés et aléatoires, mais il est peu probable qu'un groupe de personnes puisse demeurer organisé avec de tels objectifs.» (1976 : 458)111.

Berkowitz et coll. arrivent à la même conclusion à propos des «facteurs inhibiteurs qui empêchent les attentats extrêmement violents» :

«Nous croyons que cette situation provient de la très faible probabilité de réunir à la fois une motivation intelligible et le degré d'aliénation mentale grave nécessaires. Pour accorder une certaine crédibilité à une telle menace, il faut nous poser la question la plus fondamentale de toutes : est-il plausible que soient réunis en un seul individu 1) l'état psychotique très rare qu'est la paranoïa organisée; 2) le leadership charismatique nécessaire pour motiver un groupe de terroristes; 3) les compétences techniques supérieures nécessaires pour concevoir et diriger une opération de ce genre et 4) la capacité de maintenir pendant une longue période l'engagement d'un groupe envers une tâche difficile et risquée. On se trompe lorsqu'on base la probabilité d'un acte extrêmement violent sur des possibilités techniques ou sur la facilité d'obtention du matériel; l'élément essentiel d'un groupe terroriste est son chef.» (1972 : IX-18)112.

Certains, toutefois, sont en désaccord. Kupperman et Trent, par exemple, soutiennent que «les groupes terroristes n'ont pas écarté la possibilité d'avoir recours à des assassinats généralisés [...] Les armes de destruction massive pourraient être très tentantes pour des groupes nihilistes qui ont un penchant pour les incidents épouvantablement destructeurs» (1979 : 51). Kellett laisse entendre que «les incidents de contamination de produits pourraient être le signal d'une érosion des facteurs qui limitent l'utilisation des agents biologiques, chimiques ou radiologiques» (1988 : 57). Post signale que le «seuil du terrorisme extrêmement violent a déjà été franchi avec le bombardement d'avions de ligne» (1990 : 167)113. On peut ajouter l'exemple encore plus récent de l'attentat à la bombe perpétré au World Trace Center de New York, qui avait pour but, croit-on, de tuer des milliers de personnes.

Hurwitz considère que :

«Dans les mains d'un groupe comme l'IRA, qui considère que l'utilisation des armes chimiques et biologiques est justifié sur le plan militaire, ces armes pourraient être utilisées dans un attentat visant une cible militaire ou politique ennemie très importante ou extrêmement symbolique.

«Dans un mode moins "rationnel", les armes biologiques ou chimiques pourraient être utilisées par un groupe extrémiste qui se soucie peu de s'aliéner la population, et qui croit pouvoir, dans un dernier geste désespéré ou une série de gestes désespérés, réussir à modifier le cours des événements. S'il échouait dans sa tentative de modifier le cours des événements, le groupe pourrait tenter de détruire ce qu'il ne peut pas contrôler, venger des camarades tués ou torturés, ou simplement attaquer les membres d'un groupe méprisé ou considéré comme appartenant à une race humaine inférieure. Enfin, on pourrait envisager que les armes biologiques ou chimiques puissent être utilisées comme un instrument de châtiment par un groupe terroriste désespéré qui fait face à une défaite imminente et à la perte de tout ce pour quoi il a combattu [...] On pourrait imaginer un groupe d'extrémistes palestiniens utilisant des armes biologiques ou chimiques dans un dernier effort désespéré pour empêcher la signature d'un traité de paix entre les Arabes et Israël.» (1982 : 37-38).

De même, Simon a indiqué que «des groupes qui subissent d'importants revers aux mains d'un gouvernement pourraient un jour se tourner vers des armes non conventionnelles dans une dernière tentative pour regagner du terrain ou pour éviter l'effondrement de leur mouvement» (1989 : 13). Alexander ajoute : «Comme de nombreux groupes considèrent la confrontation comme un combat décisif que l'on doit gagner ou perdre, en cas d'échec, les terroristes sont prêts, pour soumettre le gouvernement, à utiliser effectivement ces armes et à entraîner ainsi la dévastation et la destruction de nombreuses vies, y compris la leur.» (1981 : 345).

Des groupes impliqués dans des affrontements ethniques ou religieux seraient d'autres candidats possibles (David, 1985 : 150). Hoffman, par exemple, soutient que :

«...le fanatisme ethnique ou religieux pourrait, plus facilement qu'un programme politique radical, faire surmonter à des terroristes les barrières psychologiques qui les empêchent de commettre des assassinats de masse. Un groupe terroriste formé de fanatiques religieux, ayant l'appui d'un pays, dans un contexte de violence permanente (p. ex. la guerre civile en Yougoslavie ou un nouveau conflit de destruction réciproque dans l'une des républiques de l'ancienne Union soviétique) pourrait envisager comme solution praticable d'acquérir et d'utiliser des armes chimiques, biologiques ou nucléaires [...] Si l'on ajoute à cela une hostilité ethnique profonde ou un puissant impératif religieux, le résultat pourrait être effrayant.» (1993 : 24).

McGeorge estime que certains terroristes pourraient considérer les armes chimiques et biologiques comme possédant un genre de pouvoir «mystique». D'après lui, «l'intégrisme religieux et les références bibliques à des épidémies comme instruments de vengeance divine pourraient encourager ceux qui s'estiment être des envoyés de Dieu» (1986 : 57).

De même, le participant anonyme à la discussion dont on a parlé plus haut fait observer que les barrières psychologiques pourraient tomber

«...si les terroriste et les victimes visées appartenaient clairement à des groupes ethniques différents [...] La violence sectaire peut s'avérer fort cruelle. Elle peut faire considérer un adversaire comme appartenant à une race humaine inférieure. En outre, les convictions et le fanatisme religieux font tomber de nombreuses barrières, car les fanatiques religieux se sentent investis de l'autorité divine [...] Un autre facteur doit également être considéré : un conflit qui traîne en longueur peut devenir plus brutal [...] Un long conflit, la perte de camarades et la volonté d'obtenir une vengeance immédiate peuvent être des facteurs importants [...] La perception de la part d'un terroriste que sa cause est désespérée peut être à l'origine d'une fin tragique...

Enfin, il y a l'argument bureaucratique : la volonté d'obtenir cette arme - même si on ne la destine à aucun fin précise - pourrait-elle être un motif suffisant? Mais lorsqu'on possède une telle arme, on peut être incité à l'utiliser» (David, 1985 : 153).

Mullen semble admettre que le désespoir puisse être un motif suffisant lorsqu'il affirme qu'«il est difficile d'imaginer un ensemble de conditions autres que le pur désespoir pour systématiquement et logiquement mener des groupes terroristes à la conclusion qu'il est dans leurs intérêts d'utiliser une arme de destruction massive.» Toutefois, il poursuit en écartant la probabilité même d'un tel cas : «...il y a plusieurs étapes à franchir avant qu'un terroriste soit désespéré au point d'utiliser une arme de destruction massive. L'étape principale est la préparation préalable de plans d'urgence qui prévoiraient le recours à une telle stratégie. Toutefois, il semble peu probable qu'une organisation en arrive à planifier sa fin.» (1978 : 85).

D'autres raisons ont été avancées dans la littérature non classifiée pour expliquer le fait que les terroristes aient rarement utilisé des armes chimiques et biologiques :

  • des scrupules moraux. Cela peut sembler un peu bizarre d'invoquer cette raison chez des terroristes, mais selon un participant non identifié, lors d'une une discussion sur le sujet, «une autre barrière qui pourrait jouer dans la prise des décisions chez un terroriste est la moralité [...] des groupes ont affirmé qu'il est tout simplement immoral de tuer de nombreux innocents qui ne sont pas des ennemis» (David, 1985 : 152). Jenkins et Rubin mentionnent également les «considérations morales» comme étant des «barrières importantes», mais ils précisent qu'ils font allusion à des barrières érigées par les autres et non par les terroristes eux-mêmes : «Le fait que la plupart des pays aient renoncé aux armes chimiques et biologiques peut indiquer à un groupe qui envisagerait de les utiliser que son geste provoquerait une horreur généralisée» (1978 : 227)114. Jackson rejette complètement l'idée que les terroristes puissent être inhibés par des considérations morales : «Les organismes nihilistes, inspirés par le concept de la "violence pure", ne sont soumis à aucune barrière morale» (1992 : 520)115. Kupperman et Kamen vont un peu plus loin en écartant même une influence indirecte : «Les interdits qui frapperaient l'utilisation des armes chimiques et biologiques sont [...] en grande partie illusoires» (1989 : 93). Enfin, McGeorge va jusqu'à affirmer que les terroristes, loin de considérer que les armes chimiques et biologiques sont «immorales», pourraient même considérer qu'elles confèrent à leur utilisateur un certain type de pouvoir «moral» :

«Les armes classiques soulèvent l'aversion et peuvent être considérées comme diluant la moralité de la violence. Par contre, les armes chimiques et biologiques pourraient être vues comme transcendant ces préjudices, et la violence qui en résulterait ne serait pas considérée comme un simple crime, mais comme un outil politique légitime.» (1986 : 57);

  • l'utilité politique. De nombreux auteurs estiment que les terroristes s'interdisent d'utiliser les armes chimiques et biologiques à des fins de destruction massive parce qu'ils réalisent qu'un tel geste, qui leur aliénerait leurs adeptes ou des partisans éventuels, serait improductif (Jenkins, et Rubin, 1978 : 227; Kupperman et Trent, 1979 : 49; David, 1985 : 149-150; Mullen, 1978 : 84; Hurwitz, 1982 : 39; Post, 1990 : 166; Hoffman, 1993 : 23; US House Armed Services Committee, 1993 : 26; Milbank, 1976 : 31; Jenkins, 1975 : 11-12; Cohen, 1976 : 35; Clutterbuck, 1994 : 53). Selon les termes mêmes de Post : «Un acte de destruction massive, par définition, indisposerait le grand public, ce public même dont les terroristes ont besoin de l'appui et qu'ils cherchent à influencer positivement pour le rallier à leur cause.» (1990 : 166)116. De même, Hurwitz affirme : «...l'organisation terroriste qui utiliserait des agents chimiques ou biologiques dans un attentat de destruction massive prendrait un gros risque de s'aliéner des groupes amis ou neutres importants. Les efforts déployés pendant des années pour se ménager l'appui de certains groupes pourraient être annihilés en quelques instants. L'opinion mondiale pourrait être très hostile après un tel "crime haineux".» (1982 : 39). Selon Mullen :

«...pour que la terreur soit une tactique efficace de coercition, il faut que les terroristes puissent faire comprendre aux groupes visés quel est leur objectif, qu'il y a des conséquences à supporter et que les innocents seront épargnés dans la mesure du possible. Le recours à des armes de destruction massive violerait chacun de ces critères. De telles armes pourraient tuer ou blesser un grand nombre d'innocents; les conséquences dépasseraient de beaucoup les normes acceptées de violence classique; et le message des terroriste serait fort probablement noyé dans le dégoût qu'inspirerait un tel attentat.» (1978 : 84).

L'impact éventuel sur les alliés des terroristes serait un autre élément dissuasif, selon David, qui estime que «l'utilisation d'armes de destruction massive entraînerait probablement la dissociation des groupes terroristes. Comme la plupart de ces groupes visent constamment la légitimité, ils auraient tendance à se dissocier des groupes qui utiliseraient des méthodes inhumaines» (1985 : 149).

Bien sûr, de telles considérations n'empêcheraient pas un attentat de moins grande envergure ou ayant un but plus précis. Comme Jenkins et Rubin le font remarquer : «Contre une cible plus limitée constituée par un segment de la population ou un représentant du système méprisé par les terroristes - une église, un poste de police, un bureau du gouvernement, la salle du conseil d'une grande entreprise -, on peut plus facilement imaginer l'utilisation de telles armes» (1978 : 227)117. De même, Bremer nous met en garde :

«...des terroristes disposant des techniques raffinées nécessaire pour utiliser des armes de destruction massive pourraient également avoir le raffinement politique voulu pour protéger leurs objectifs à long terme tout en opérant à court terme. Par exemple, des terroristes pourraient surmonter les barrières qui leur interdisent d'utiliser de telles armes en réduisant tout simplement leur échelle d'utilisation de manière à restreindre le nombre de morts. Cela leur permettrait de faire la démonstration de la crédibilité de la mise à exécution de leur menace de destruction massive plus tard (et de sa létalité) si leurs exigences ne sont pas satisfaites maintenant.» (1988 : 11-12)118;

  • le problème du «refuge». Un participant anonyme lors de la discussion dont on a parlé a fait observer que «actuellement, [...] l'Iraq et la Libye donnent asile à des terroristes» et il s'est demandé : «Ces deux pays continueraient-ils de le faire après la mort de milliers de personnes? J'en doute!» David, 1985 : 151). De même Kupperman et Kamen font remarquer que «dans le passé, il semblait probable que même si les groupes terroristes surmontaient les problèmes techniques liés à ces armes, ils se verraient refuser un refuge s'ils allaient trop loin,» mais ils nous avertissent également que «depuis que certains pays ont commencé à promouvoir de tels événements, le problème du refuge est moins important» (1989 : 94);
  • les restrictions imposées par les pays appuyant le terrorisme. Certains auteurs, comme nous l'avons vu, estiment que l'existence de pays qui appuient le terrorisme pourrait accroître les possibilités de terrorisme chimique et biologique119, mais d'autres ne sont pas nécessairement de leur avis. David, par exemple, nous avertit que «l'utilisation de telles armes pourrait causer une sérieuse détérioration des relations entre les organisations terroristes et les pays qui les appuient [...] l'utilisation d'armes de destruction massive augmente la probabilité que les pays cibles usent de mesures de rétorsion contre les pays qui appuient le terrorisme» (1985 : 149). De même, Mullen indique que lorsqu'un groupe terroriste est appuyé par un pays, «Cela peut en soi le porter à être prudent dans l'utilisation d'armes de destruction massive, car il risquerait fort probablement de s'attirer des contremesures d'une si grande ampleur que le gouvernement associé à l'acte pourrait décider de ne plus l'appuyer» (1978 : 85). David mentionne un autre élément qui pourrait inhiber les pays promoteurs : «une superpuissance ne collaborerait sûrement pas avec des groupes utilisant des armes de destruction massive [...] car ces derniers pourraient pratiquement se soustraire à l'influence et au contrôle de la superpuissance« et ils «pourraient impliquer la superpuissance dans une escalade de la violence et des processus catalytiques sur lesquels la superpuissance n'aurait aucun contrôle» (1985 : 149);
  • la crainte d'une répression. Ce facteur peut, encore là, sembler un peu bizarre lorsqu'on parle d'actes terroristes, mais un nombre surprenant d'auteurs mentionnent qu'il contribue à empêcher l'utilisation des armes chimiques et biologiques à des fins de destruction massive (Kupperman et Trent, 1979 : 49; Kupperman et Woolsey, 1988 : 2-3; Hurwitz, 1982 : 39; Mullen, 1978 : 84-85; Hoffman, 1993 : 23; Brian Jenkins, cité par Marshall, 1990 : 373). À cet égard, le «participant» anonyme cité plus haut affirme :

«Je crois qu'il existes certaines règles du jeu entre les terroristes et les gouvernements. Ces derniers ne sont pas prêts, par exemple, à prendre ce que j'appellerais des mesures brutales contre les terroristes. Les deux camps respectent certaines règles, c'est-à-dire que ni l'un ni l'autre ne va au delà de ce qui est acceptable pour les deux. Si les terroristes politiques avaient recours à des armes de destruction massive, toutes les règles du jeu seraient modifiées.» (David, 1985 : 150-151).

Un autre participant à la même discussion fait remarquer que «les terroristes craignent [...] les mesures de répression sévères qui auraient l'appui de la population et qui menaceraient l'existence de leur organisation. Ils s'inquiètent de la punition qui pourrait leur être infligée par la communauté internationale» (David, 1985 : 152-153). Par ailleurs, Kupperman et Trent apportent l'argument valable que «les contremesures répressives qui pourraient jeter le discrédit sur un gouvernement font certainement partie des objectifs des terroristes» (1979 : 51).

De même, en ce qui concerne le terrorisme chimique, Thornton soutient que «l'utilisation de tels agents pourrait bien être le catalyseur que les terroristes recherchent pour inciter les É.-U. à réagir de façon excessive, une éventualité que craignent nos amis et alliés dans le reste du monde» (1987 : 2)120;

  • l'absence de contrôle. Il s'agit là d'un facteur important, mentionné par Mengel, qui a trait à la crainte que les dégâts soient infligés au hasard, mais qui va plus loin :

«Les armes chimiques ou biologiques peuvent être responsables d'effets qui dépassent de beaucoup le but recherché. Une fois qu'il a libéré les agents, le terroriste ne maîtrise plus les événements, et les résultats peuvent être catastrophiques.

Dans le passé, peu de terroristes ont choisi des cibles au hasard, et ont encore moins utilisé des armes difficiles à contrôler après leur utilisation [...] Il est évident, d'après leurs actes passés, que les terroristes, en général, choisissent rarement d'appliquer directement des techniques dont ils ne peuvent pas jusqu'à un certain point prévoir les conséquences avant un attentat.» (1976 : 458);

  • les considérations ayant trait à la sécurité. En rapport avec le point qui précède, Griffith fait remarquer :

«En ce qui concerne les facteurs négatifs, pour les terroristes s'entend, l'utilisation d'armes chimiques ou biologiques, qui seraient fort probablement du type des agents neurotoxiques pour que l'effet mortel soit rapide, exigerait des terroristes qu'ils soient munis d'un équipement de protection individuelle (EPI) de manière à se protéger contre les effets nocifs du produit, ce qui restreindrait beaucoup leur mobilité et leur rapidité d'action [...] L'utilisation d'armes chimiques ou biologiques exigerait le recours à des mesures additionnelles de protection qui présenteraient des problèmes.» (1992 : 222);

  • et, enfin, les limites techniques. Bien que la plupart des auteurs estiment que ces limites sont un facteur relativement peu important (comme on l'a indiqué en détail dans les sections précédentes sur les «capacités requises»), quelques-uns les citent encore comme ayant un effet dissuasif sur l'utilisation des armes chimiques et biologiques par les terroristes. Par exemple, après avoir largement écarté une menace nucléaire provenant de terroristes pour des raisons techniques, Bremer fait remarquer que «la mise au point d'armes biologiques ou chimiques présente des problèmes techniques analogues, quoique pas aussi insurmontables» (1988 : 9). De même, David soutient que «malgré toutes leurs lacunes, les mesures de prévention présentent de sérieux obstacles à ceux qui veulent acquérir des armes de destruction massive» (1985 : 149). Clutterbuck juge simplement qu'«une telle opération est beaucoup plus complexe qu'une fusillade, un kidnapping ou un détournement, et qu'elle est davantage susceptible de conduire à un échec ou à une arrestation» (1994 : 53).

Tendances actuelles et possibilités d'utilisation future

La plupart des auteurs qui se demandent pourquoi les terroristes n'ont pas eu plus fréquemment recours aux armes chimiques et biologiques dans le passé nous indiquent que les données historiques à ce sujet ne sont pas nécessairement garantes de l'avenir. Par conséquent, divers auteurs nous servent des avertissements : par exemple, Jenkins et Rubin indiquent que «nous ne pouvons pas inférer que les barrières politiques ou morales agiront en permanence sur les activités des extrémistes politiques» (1978 : 269); Kupperman et Trent affirment que «les arguments contre la probabilité d'utilisation d'agents de destruction massive par des terroristes risquent de ne pas être aussi convaincants à long terme que maintenant» (1979 : 50); Bremer soutient qu'«il n'y a pas lieu d'être rassuré à propos de l'utilisation des technologies modernes» (1988 : 4); et Alexander ajoute : «Il n'y a aucune garantie que les limites que se sont fixés eux-mêmes les groupes terroristes seront maintenues indéfiniment» (1983 : 227).

Parmi les tendances qui pourraient inciter les terroristes à utiliser davantage les armes chimiques ou biologiques à l'avenir, il y a :

  • un degré plus élevé d'organisation et de professionnalisme et un meilleur équipement pourraient inciter les terroristes à «prendre davantage de risques opérationnels au cours de la prochaine décennie» (Alexander, 1990 : 10);
  • l'accroissement du nombre de pays appuyant le terrorisme (décrit en plus amples détails dans la section précédente);
  • la diffusion de la technologie partout dans le monde (Kupperman et Woolsey, 1988 : 3; US House Armed Services Committee, 1993 : 26), associée à la présence d'experts en armes chimiques et biologiques dans certains pays (particulièrement ceux qui se sont désintégrés, ceux de l'ancienne Union soviétique par exemple) qui ont déjà eu des programmes militaires dans ce domaine;
  • le fait que des armes chimiques ou biologiques aient été obtenues et utilisées lors de conflits dans le Tiers Monde, malgré les interdictions au niveau international, sans que cela ait soulevé la répulsion et les réaction intransigeantes subséquentes auxquelles on aurait pu s'attendre;
  • le fait que «la plupart des principaux objectifs des terroristes sont mieux défendus de nos jours» (Bremer, 1988 : 6); selon les mots mêmes de Bremer : «L'ironie du sort est que le fait d'avoir réussi à se protéger efficacement contre de plus en plus de cibles terroristes pourrait pousser les terroristes à utiliser des technologies plus complexes» (1988 : 16). De même Alexander affirme :

«...si l'on parvenait à maîtriser de façon substantielle le terrorisme classique dans un avenir prévisible, grâce à des lois nationales et internationales ainsi que par des mesures renforcées de sécurité et d'application des lois, cela pourrait en fait avoir pour effet d'accélérer l'apparition du terrorisme de destruction massive [...] Si des mesures gouvernementales et intergouvernementales efficaces empêchaient les terroristes d'obtenir la publicité qu'ils recherchent, ils changeraient probablement leurs tactiques, démontreraient davantage d'audace et accroîtraient leurs actes à tendance symbolique en utilisant des armes de haute technologie, s'ils en disposaient» (1981 : 345)121;

  • la montée des conflits inter-ethniques et ceux motivés par l'intégrisme religieux, dans lesquels les barrières morales pourraient moins intervenir, au cours de l'après-guerre froide;
  • la montée des conflits opposant de grandes puissances occidentales à des États régionaux, dont certains appuient le terrorisme, chez qui le seul moyen de riposte pourrait être d'utiliser des armes terroristes de destruction massive et d'infliger notamment de graves pertes aux forces militaires ennemies ou des dommages importants à leur économie;
  • une augmentation des attentats à l'aveugle par des groupes terroristes, comme le montre les cas de contamination de produits (Kellett, 1988 : 57 et 60);
  • une tendance à viser des cibles humaines plutôt que physiques (Kellett, 1988 : 60);
  • une fréquence accrue d'incidents de destruction massive (Kellett, 1988 : 60-61); et
  • l'absence relative d'attention accordée aux incidents terroristes moins dramatiques; selon Post : «Un geste qui aurait attiré l'attention du monde entier il y a des années est maintenant presque accueilli par un bâillement de la part d'un public blasé; les terroristes doivent donc avoir recours à des actes "plus éclatants et plus efficaces" pour attirer l'attention.» (1990 : 167).

Peu importe laquelle ou lesquelles des tendances susmentionnées peuvent être tenues responsables, il est évident pour la plupart des auteurs que la probabilité augmente que les terroristes utilisent les armes chimiques et biologiques à l'avenir (David, 1985 : 151; Post, 1990 : 167; Jenkins, cité par Marshall, 1990 : 368 et 373). Les autorités gouvernementales semblent également partager cette opinion. L. Paul Bremer III, ambassadeur itinérant du contre- terrorisme aux É.-U., dans son témoignage devant le Congrès, en mai 1988, a servi cet avertissement :

«Il n'y a pas lieu d'être rassuré devant le petit nombre relatif d'actes terroristes faisant appel à la haute technologie jusqu'à maintenant [...] les évaluations basées sur la prévision du comportement des terroristes ne nous protègent pas. Il y a trop d'incertitude [...] Les experts en contre-terrorisme estiment que les risques sont modérés pour le moment, mais l'avenir est beaucoup moins sûr. (1988 : 15-16).

George Shultz, le Secrétaire d'État américain, dans son discours du 7 janvier 1989 à la Conférence internationale sur le désarmement chimique, à Paris, a déclaré : «L'accès des terroristes aux armes chimiques et biologiques est une menace croissante pour la communauté internationale.» (cité par Barnaby, 1992 : 85). En 1991, le US Congressional Office of Technology Assessment nous a mis en garde : «Il n'y a pas encore eu d'attentat terroriste à l'aide d'agents chimiques ou biologiques, mais il pourrait y en avoir très prochainement» (OTA, 1991 : 32). Plus récemment, Ye. Primakov, le chef des Services russes de renseignements extérieurs a déclaré : «La probabilité est grande [...] que les armes chimiques et biologiques soient utilisées à des fins terroristes», et il fait remarquer : «Dans le cadre d'une politique réaliste, le terrorisme faisant appel à des armes de destruction massive n'est plus seulement du domaine des intrigues de films d'aventure, il devient un problème urgent» (1993 : 5-6). Dans un rapport publié en 1993, le US House Committee on Armed Services conclut :

«...les risques de terrorisme chimique et biologique ont probablement augmenté du fait que les terroristes et ceux qui les appuient font l'acquisition d'agents et d'armes chimiques et biologiques et que la technologie de même que le savoir faire dans ce domaine se sont répandus à l'échelle internationale. Dès lors, la possibilité que des terroristes utilisent de tels agents contre les États-Unis ou l'un de ses alliés ne peut pas être écartée et ne doit pas être ignorée.» (26 et 65-66).

Selon un rapport publié dans le New York Times, en 1993, une étude du Pentagone sur «l'avenir du terrorisme», qui devait paraître au début de 1994, arrive à la conclusion qu'«il y aura prolifération des armes de destruction massive, notamment des armes biologiques et chimiques et de petits dispositifs nucléaires» (Thomas et Lippman, 1993). Un autre rapport sur la même étude signale que ses auteurs, Marvin Cetron et Owen Davies, affirment qu'à l'avenir «les terroristes les plus dangereux seront motivés non par une idéologie politique, mais par des haines ethniques et religieuses féroces [...] Les armes nucléaires, biologiques et chimiques sont idéales à cette fin» (Intelligence Newsletter, 1994c : 6).

Depuis un an environ, on a noté une augmentation du nombre de déclarations publiques par des hauts fonctionnaires américains qui nous mettent en garde contre les dangers du terrorisme de destruction massive, notamment contre l'utilisation possible des agent chimiques et biologiques. Il s'agit des déclarations de Les Aspin, Secrétaire de la défense, à une réunion des ministres de la Défense de l'OTAN, en décembre 1993 (Defence Newsletter, 1993 : 3); du Lt. Gén. James Clapper, directeur de la Defense Intelligence Agency, à la National Defense University, à Washington (DC), à l'automne de 1994 (Starr, 1994); de James Woolsey, directeur de la CIA, sur la chaîne de télévision CNN, le 18 décembre 1994 (Reuters, 1994e et AFP, 1994); et de William Studeman, directeur intérimaire de la CIA, devant le Armed Services Committee du Sénat, le 17 janvier 1995 (Reuters, 1995c).

On a signalé que «des hauts fonctionnaires de l'armée et des services de renseignement», lors d'une conférence sur la «contre-prolifération» à la National Defense University, à la mi-novembre 1994, ont fait part de leur «préoccupation que des groupes ethniques et des intégristes religieux acquièrent et utilisent bientôt des armes nucléaires, biologiques et chimiques dans des attentats terroristes contre l'Occident, notamment les É.-U...» Le rapport signale : «Les experts croient que les terroristes commenceront "presque certainement" à utiliser des armes de destruction massive dans les cinq prochaines années, ce qui marquera l'aube d'une ère de terrorisme poussé à l'extrême» (Intelligence Newsletter, 1994b : 5). Le général Clapper aurait décrit «la possibilité d'un incident terroriste faisant appel à des armes nucléaires, chimiques ou biologiques» comme «l'une des préoccupations les plus angoissantes des É.-U. et de ses alliés», et il aurait ajouté : «Il est étonnant qu'il n'y ait pas encore eu de tels incidents» (Starr, 1994). De même, Woolsey aurait dit sur la chaîne CNN que la possibilité que des terroristes volent ou fabriquent une arme nucléaire, chimique ou biologique était l'une des «plus grandes préoccupations» de la CIA à l'heure actuelle (AFP, 1994). En outre, l'amiral Studeman a affirmé devant le Armed Services Committee du Sénat, le mois suivant : «Je crois que la perspective de ce genre de menace [...] pourrait se réaliser aux États-Unis au cours de la présente décennie.» (Reuters, 1995c).

Les experts universitaires que l'on a consultés dans cette étude ont des opinions diverses sur le sujet. On sera probablement peu étonné de constater que ceux qui se sont prononcés dans les années 1970 étaient les plus sceptiques concernant la perspective que des terroristes utilisent des armes chimiques ou biologiques. Par exemple, Mengel déclarait en 1976 :

«...le terrorisme faisant appel à la haute technologie relève davantage de la spéculation que de la réalité. Les techniques mettant en jeu des agent chimiques ou biologiques existent depuis des années et n'ont jamais été utilisées [...] la probabilité qu'un groupe réussisse à réunir les ressources matérielles, les compétences et la motivation nécessaires pour perpétrer un acte faisant appel à la haute technologie est extrêmement faible. Même le vol d'une arme prête à utiliser de ce type [...] est peu probable.» (1976 : 471-472).

Encore plus catégorique, Mullen affirme : «Plus on examine les scénarios faisant appel à des armes de destruction massive contre des villes, des gouvernements ou des otages, plus ils semblent peu probables» (1978 : 85); «Arriver à la conclusion que la violence terroriste non appuyée par un État pourra se transformer en une capacité de destruction massive, c'est pousser un peu trop loin les limites de la vraisemblance» (88); «l'éventualité d'une menace plausible de destruction massive de la part de terroristes semble extrêmement éloignée» (88); «la probabilité est trop faible pour envisager qu'une menace plausible de ce genre puisse se réaliser dans un avenir prévisible» (88); et «le danger de menaces de destruction massive de la part de terroristes non appuyés par un État est extrêmement faible» (89)122. Même Mengel et Mullen ont toutefois formulé quelques réserves. Mengel affirme : «La nature hypothétique du terrorisme faisant appel aux nouvelles technologies ne devrait pas faire croire à l'administration publique et aux citoyens que rien ne peut arriver» (1976 : 473); et Mullen soutient : «La possibilité qu'une telle menace se réalise est également fonction de facteurs géo-politiques, culturels, temporels et économiques [...] la menace est faible et elle n'est pas la même pour tous les peuples et tous les pays» (1978 : 89).

À cet égard, il est intéressant de constater l'évolution de l'opinion de Robert Kupperman avec le temps. En 1979, lui et Trent affirmaient :«Les agents biologiques et chimiques sont sûrement à la portée des terroristes, mais comme ces derniers les ont peu utilisés jusqu'à maintenant, il est peu probable qu'ils les utilisent à l'avenir.» Et ils ajoutaient : «Nous nous attendons à ce que le terrorisme se présente sous des formes nouvelles et plus dangereuses - et la possibilité d'actes irrationnels de destruction massive ne peut pas être écartée -, mais nous ne prévoyons pas de terrorisme de destruction massive» (1979 : 46 et 48). En 1988, Kupperman et Woolsey étaient prudents :

«Si le terrorisme international se propage aux É.-U., il est probable que ses tenants feront davantage que de faire sauter une "bombe-tuyau" [...] Nous nous dirigeons inexorablement vers des actes de terrorisme plus sophistiqués que ceux que nous avons vus jusqu'à maintenant, notamment [...] la dispersion d'agents chimiques, biologiques et radiologiques dans des secteurs à forte densité de population.» (1988 : 2).

Et en 1993 : «Les attentats clandestins à l'aide d'agents chimiques, biologiques et radiologiques présentent un risque important et ils pourraient être très difficiles à prévenir.» (Kupperman et Smith, 1993 : 36).

Il ne faut pas se surprendre si, parmi les travaux récents sur le sujet, ceux de Douglass et Livingstone sont probablement les plus alarmistes. En 1987, ils indiquaient que «la perspective effrayante qu'un groupe terroriste fabrique ou vole des armes chimiques ou biologiques est très réelle» (1987 : 11), et ils poursuivent :

«Selon un planificateur de l'armée familier avec la menace terroriste, la nouvelle vague terroriste fera appel à des agents biologiques et chimiques. La menace que des terroristes fabriquent une arme chimique ou biologique et qu'ils l'utilisent aux États-Unis est tellement réelle qu'il y a cinq ans, on a demandé aux Centers for Disease Control de fournir une aide spéciale à une équipe antiterroriste des opérations spéciales du FBI.» (1987 : 29).

De même, Ketcham et McGeorge décrivent «l'utilisation d'agents chimiques, biologiques et toxiques» comme «l'une des plus importantes menaces terroristes aux États-Unis» (1986 : 31). Par contre, même en 1992, Griffiths se faisait rassurant : «Les chances que les terroristes utilisent des armes chimiques et biologiques semblent faibles pour le moment» (1992 : 222).

La plupart des analyses de la question se situent à peu près à mi-chemin de ces deux extrêmes. Celle où Hurwitz tente de déterminer une probabilité est peut-être la plus audacieuse :

«...le fait que des terroristes n'ont pas encore accordé beaucoup d'attention aux armes chimiques et biologiques dans le passé ne signifie pas que la situation ne changera pas à l'avenir. La facilité d'obtenir des agents chimiques et biologiques implique qu'il suffirait qu'un seul groupe terroriste réalise à un certain moment qu'une telle arme répond à ses besoins pour qu'un incident important se produise [...] Quant à savoir si des terroristes utiliseront des armes chimiques ou biologiques dans un attentat de destruction massive, il est peut-être impossible de répondre à cette question, mais l'auteur estime qu'il y a probablement 50 % des chances ou un peu plus que cela arrive un jour.» (1982 : 39)123.

En parlant de l'acquisition par des terroristes de «bombes atomiques, de gaz neurotoxiques et d'armes biologiques», Lowell Ponte déclare : «c'est plus que possible, c'est probable, c'est même presque certain, que cela se produira un jour» (1977 : 58).

La plupart des commentateurs qui se sont prononcé sur l'utilisation éventuelle par des terroristes d'armes chimiques et biologiques à des fins de destruction massive semblent d'accord sur au moins trois points :

  • 1) quelle que soit la probabilité que ces armes soient utilisées, elle est plus élevée que pour l'utilisation des armes nucléaires (Douglass et Livingstone, 1987 : 174; Loehmer, 1993 : 64)124;
  • 2) malgré que l'on présume généralement que la probabilité que ces armes soient utilisées est relativement faible, l'ampleur des conséquences éventuelles sont telles que les autorités doivent prendre cette menace au sérieux et s'y préparer du mieux qu'elles peuvent (Kupperman et Trent, 1979 : 52). Le US National Task Force on Disorders and Terrorism affirme :

«L'allure de science-fiction des menaces faisant appel aux nouvelles technologies de destruction ne devrait pas nous faire oublier la possibilité qu'elles puissent se concrétiser et devenir sérieuses [...] malgré la faible probabilité qu'elles soient sérieuses, les menaces d'utiliser les nouvelles technologies de destruction massive doivent être traitées sérieusement dans les opérations policières à l'avenir; le degré de destruction potentielle ne nous permet pas d'adopter une autre attitude.» (1976 : 182).

Ou comme l'affirme également Kupperman : «...le terrorisme de destruction massive doit être considéré comme une éventualité peu probable, mais aux immenses conséquences, qui doit être étudié sérieusement, car il est malheureux, mais néanmoins vrai que des terroristes suffisamment motivés et prêts à prendre des risques personnels considérables peuvent faire beaucoup de dommages» (1985 : 157); et

  • 3) peu importe la probabilité d'un premier incident de destruction massive, les probabilités que d'autres incidents surviennent après un premier sont beaucoup plus élevées, car des imitateurs peuvent tirer parti de la faisabilité confirmée d'un tel incident et de certaines «leçons» qui ont pu s'en dégager (Alexander, 1981 : 345; Alexander, 1990 : 10; OTA, 1992 : 35; David, 1985 : 151; Marshall, 1990 : 373). Un participant anonyme à une discussion a également affirmé :

«La seule chose que l'on peut affirmer sans crainte de se tromper à propos de la probabilité que des terroristes utilisent des armes non classiques est qu'elle est plus élevée pour un deuxième que pour un premier incident [...] quelle que soit la probabilité d'un premier incident, la probabilité que des groupes tentent d'imiter les auteurs d'un premier incident est plus élevée, et ils peuvent prétendent - avec une crédibilité accrue - qu'ils ont la possibilité de réaliser une telle entreprise.» (David, 1985 : 151).

Groupes susceptibles d'utiliser des agents biologiques et chimiques

Comme dans les sections portant séparément sur les armes biologiques et les armes chimiques, quelques-uns des auteurs consultés ont tenté de préciser les caractéristiques des groupes terroristes les plus susceptibles d'avoir recours à des attentats de destruction massive faisant appel à des armes biologiques et chimiques. Les caractéristiques suivantes ont été suggérées :

1) l'existence de pays appuyant le terrorisme, qui peuvent fournir l'entraînement, l'argent et les endroits requis pour faire des tests (Bremer, 1988 : 7);

2) les groupes dont les objectifs attirent des sujets ayant une éducation supérieure (par exemple les groupes anti-nucléaires, les environnementalistes et les activistes pour la défense des animaux) (Bremer, 1988 : 7);

3) les groupes responsables d'opérations de destruction massive dans le passé (Bremer, 1988 : 12). Mengel explique :

«Un des principaux facteurs [...] devient la capacité de déterminer jusqu'à quel degré de violence un type de groupe particulier est prêt à aller pour atteindre ses objectives. Un type de groupe qui a tout tenté pour éviter des pertes de vie dans le passé ne sera probablement pas enclin à provoquer le nombre de morts généralement associés à l'adoption des nouvelles technologies. Par contre, un type de groupe qui a toujours montré peu de souci pour la vie humaine dans ses objectifs, un mouvement séparatiste par exemple, devrait faire l'objet d'une étude pour déterminer s'il a amplifié ses actes terroristes et a réuni les ressources nécessaires pour pratiquer le terrorisme de haute technologie.» (1976 : 450-451).

Bremer indique comme candidats possibles dans cette catégorie «des éléments radicaux sikhs et tamouls, certains groupes au Liban et le groupe Sendero Luminoso au Pérou» (1988 : 12);

4) les groupes qui de par leur idéologie s'opposent à la société occidentale en général et qui veulent construire une structure entièrement nouvelle sur les ruines de l'ancienne. (David, 1985 : 148);

5) les groupes dont les opérations sont dirigées contre des pays ou des groupes ethniques autres que les leurs (David, 1985 : 148; Post, 1990 : 166). David fait observer que l'IRA et l'OLP peuvent être classés dans cette catégorie;

6) des groupes plus petits (David, 1985 : 150);

7) les groupes moins inhibés par l'opinion publique occidentale, comme les intégristes religieux (Post, 1990 : 166). Post, qui ne croit pas que l'OLP corresponde à ce profil, fait remarquer : «Les terroristes palestiniens sont très actifs en Occident et aux États-Unis. L'aile plus modérée du mouvement palestinien hésiterait à appuyer des activités terroristes qui pourraient mécontenter l'Occident.» Par contre, selon lui, «les groupes intégristes shiites plus radicaux appartiendraient à cette catégorie» (1990 : 166);

8) les «perdants» qui ont «connu échec sur échec et qui ne peuvent plus attirer l'attention» et qui peuvent par conséquent adopter l'attitude de «ceux qui n'ont plus rien à perdre» (Post, 1990 : 167). Selon les mots mêmes de Post : «Ils peuvent réaliser que pour justifier leur existence et refaire la manchette, il leur faut accomplir un acte terroriste d'éclat afin de regagner un certain sens de l'efficacité et faire la démonstration de leur puissance.» (1990 : 167). Mengel abonde dans ce sens : «Un groupe qui fait face à une révolution infructueuse, qui connaît des périodes d'intenses frustrations ou qui reçoit de moins en moins d'appui utilise souvent des moyens de destruction massive.» (1976 : 453);

9) les groupes qui ont déjà prouvé leur capacité d'utiliser la haute technologie et qui sont prêts à courir des risques importants (Alexander, 1981 : 345). Mengel traite assez en détail de l'aspect du «risque» :

«...le terrorisme faisant appel à la haute technologie, notamment le terrorisme chimique, biologique et nucléaire, exige de se soumettre à des risques importants au cours de la phase d'acquisition. Non seulement y a-t-il beaucoup de dangers liés à la détection éventuelle des ressources accumulées [...], mais la sécurité du personnel est une préoccupation constante et l'organisation est sans cesse soumise à des tensions du fait de la nécessité de maintenir la motivation pendant une longue période.

Les risques liés à l'application sont plus grands avec les hautes technologies qu'avec les techniques utilisées habituellement par les terroristes. Il est généralement plus difficile et risqué d'utiliser un dispositif chimique, biologique ou nucléaire que de se livrer à d'autres formes de terrorisme [...] Le risque peut-être le plus important est lié au maintien de la motivation chez les membres de l'organisation. À moins qu'on puisse maintenir au sein de l'organisation la volonté et la motivation nécessaires pour commettre un acte susceptible d'avoir des conséquences catastrophiques sur la société, cette organisation est davantage susceptible à la compromission.» (1976 : 460).

Dans l'ensemble, Mullen, observe (en 1978) que «si l'on recherche des groupes terroristes possédant les compétences technologiques et les connaissances physiques nécessaires, on trouvera seulement deux ou trois groupes relativement petits au Moyen Orient» (1978 : 87). Post soutient que la crainte de s'aliéner la population rend peu probable le soutien par les groupes terroristes européens d'actes terroristes de destruction massive (1990 : 166). Alexander, par ailleurs, mentionne divers groupes au Moyen Orient et en Europe : al-Fath; Hezbollah, «qui reçoit l'appui de l'Iran»; Action directe (France); l'IRA; et la Faction de l'Armée rouge (1990 : 10). Selon David :

«De toutes les organisations terroristes, l'OLP semble la mieux équipée pour acquérir des armes nucléaires, biologiques et chimiques. Elles profite d'un énorme appui technique de gouvernements irresponsables de pays souverains comme la Libye; elle a beaucoup de liberté d'action sur le territoire libanais; elle peut recevoir des ressources financières de l'Arabie saoudite, de l'Iraq et de la Libye; et elle a le statut d'observateur à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)...» (David, 1985 : 149).

Un participant anonyme à la discussion qui a suivi l'exposé de David était certain que l'OLP avait «la compétence et les installations nécessaires actuellement pour utiliser certaines des armes de destruction massive, comme les armes chimiques ou même les armes biologiques», mais il «ne croyait pas que l'OLP dans son état actuel pourrait décider de les utiliser, quoique un petit groupe au sein de l'OLP serait susceptible de le faire» (David, 1985 : 150).

Dans leur examen des «groupes présentant la plus sérieuse menace pour les États-Unis,» Livingstone et Douglass indiquent qu'un certain nombre d'organisations terroristes aux États-Unis pourraient avoir la compétence et la motivation nécessaires pour se livrer à des attentats chimiques et biologiques : 1) le groupe séparatiste portoricain FALN («il est peu probable qu'un tel groupe s'interdirait d'utiliser des armes chimiques ou biologiques si elles servaient leurs fins»); 2) des extrémistes environnementaux comme le Front de libération du Nouveau Monde («composé du type de fanatiques, possédant une bonne éducation, capables de fabriquer un dispositif chimique ou biologique»); et 3) de petits groupes «nihilistes» («Il n'est pas difficile d'imaginer qu'une personne comme le révérend Jim Jones ou un groupe comme le gang de Manson pourraient tenter de fabriquer une arme chimique ou biologique simple»). En ce qui concerne ce dernier type d'organisation, toutefois, ils ajoutent : «Heureusement, ces groupes n'ont eu jusqu'à maintenant que peu de ressources, et même un dispositif chimique ou biologique simple serait probablement hors de leur portée.» (Livingstone et Douglass, 1984 : 21-22).

McGeorge distingue trois «niveaux» relativement à la capacité d'un groupe terroriste d'acquérir et d'utiliser des agents chimiques et biologiques. Le groupe de «niveau I», dont les membres n'ont pas de connaissances de base en chimie ou en microbiologie, «qui ne dispose pas d'un pays prêt à subventionner un attentat aux armes chimiques ou biologiques et qui est limité aux produits qu'il peut obtenir en les achetant ou en les volant». Un nombre beaucoup plus restreint de groupes appartiennent au «niveau II», soit les groupes dont «les membres possèdent une bonne formation en chimie ou en microbiologie, qui ont accès à ces connaissances grâce à des pays qui les appuient» et qui ont également «accès à des installations de laboratoire au moins minimales». Selon McGeorge, on peut s'attendre a ce que de tels groupes «soient capables d'entreprendre la fabrication d'agents chimiques et biologiques classiques et de systèmes d'administration sinon très efficaces, du moins utilisables». Enfin, le «niveau III renferme uniquement des groupes qui ont tellement d'expérience dans le terrorisme classique qu'un pays qui les appuierait serait disposé à prendre des risques pour leur fournir les moyens d'organiser un attentat avec des armes chimiques ou biologiques». McGeorge indique que les «Cabals menés par Abu Nidal et l'IRA sont deux exemples de groupes appartenant à cette catégorie de terroristes» (1986 : 58).

Défense contre le terrorisme chimique et biologique

Comme on l'a vu dans les sections séparées sur le terrorisme biologique et le terrorisme chimique, il n'est pas surprenant que la plupart des auteurs sont assez pessimistes sur les chances de se défendre directement contre un attentat chimique ou biologique. Livingstone, par exemple, soutient que «les États-Unis sont pratiquement sans défense contre un attentat chimique ou biologique de grande portée. Les vaccins et les antidotes ne sont nulle part stockés en quantités suffisantes pour protéger adéquatement la population ou des unités militaires américaines» (1982 : 110). Douglass et Livingstone ajoutent : «...si un tel attentat se produisait, il est improbable qu'on puisse le détecter rapidement ou que l'agent spécifique soit identifié sans retard [...] Peu de services de police ou de corps de protection civile disposent de trousses courantes de détection d'agents chimiques comme celles de l'armée américaine ou des outils comme du papier détecteur et des "crayons détecteurs d'agents vésicants"» (1987 : 18). De même, Jenkins et Rubin affirment :

«...il est soit impossible ou peu utile de se protéger contre des armes chimiques ou biologiques. On pourrait améliorer quelque peu cette protection en augmentant les obstacles pour les utilisateurs non autorisés qui tentent de se procurer certaines substances chimiques ou cultures dangereuses. Le problème est que beaucoup de toxines chimiques et de pathogènes biologiques peuvent également être utilisées à des fins légitimes et utiles.» (1978 : 227).

Cohen souligne qu'il est irréaliste de penser à des moyens de défense physique directs; en effet, par exemple, toute tentative de faire garder l'installation de ventilation des gros immeubles «exigerait sûrement un milliers de gardes dans chaque grande ville» (1976 : 35). Selon Akins : «La plupart des mesures contre-terroristes qui sont prises aux États-Unis visent à réduire les menaces de cette nature, mais on n'a mis au point aucun moyen de défense militaire ou civile efficace contre ces agents.» (1992).

Les mesures proposées pour contrer la menace de terrorisme chimique et biologique comprennent les même cinq grandes catégories mentionnées dans le cas de la défense contre le terrorisme biologique : 1) le recueil de renseignements; 2) les mesures de contre-acquisition; 3) la protection passive; 4) les moyens de défense active et 5) la planification d'urgence. Nous examinerons chacune d'entre elles à tour de rôle125.

1) Recueil de renseignements. Un certain nombre d'auteurs insistent sur le rôle capital des services de renseignement (Douglass et Livingstone, 1987; Mengel, 1976, notamment aux p. 468-470; Mullins, 1992 : 117; McGeorge, 1986 : 61; Berkowitz et coll., 1972 : X-37)126. Parmi les suggestions à cet égard, mentionnons :

  • l'établissement par les É.-U. d'«un programme secret d'infiltration et de collecte de renseignements à l'étranger d'une portée beaucoup plus grande et de meilleure qualité que ce dont nous disposons actuellement» (Douglass et Livingstone, 1987 : 172). En ce qui concerne la réunion de renseignements aux É.-U. même, Douglass et Livingstone proposent «une révision majeure des lignes directrices de Levi-Smith [...] qui interdisent au FBI d'enquêter sur des individus ou des organisations à moins qu'ils (ou elles) n'aient commis ou soient sur le point de commettre un crime», ainsi qu'«une modification de la loi fédérale sur les réclamations en responsabilité civile délictuelle conférant une protection aux enquêteurs du FBI» et des «changements correspondants aux lois sur la liberté d'accès à l'information et sur la protection de la vie privée» (1987 : 172-173)127;
  • «des échanges systématiques de renseignements» (Mengel, 1976 : 464 et 468). Selon Mengel : «...les activités de renseignement ne pourront contrecarrer efficacement la menace du terrorisme de haute technologie au cours des phases de la planification et de la fabrication que si les échanges de renseignements se font à tous les niveaux de l'application de la loi, notamment des échanges latéraux entre les organismes parallèles» (1976 : 468);
  • «la coopération internationale dans la surveillance des activités des groupes terroristes et des pays qui les appuient dans le domaine des armes de destruction massive» (David 1985 : 150);
  • l'utilisation de membres qui ont quitté des groupes comme informateurs (Mengel, 1976 : 464)128; et
  • l'acquisition de «renseignements particuliers ayant trait à la haute technologie», y compris une listes d'indices d'incidents sur le point de se produire et «l'analyse des tendances de groupes individuels et des attentats qu'ils envisagent» (Mengel, 1976 : 469-470)129. Mengel donne des exemples d'indices qu'il faudrait élaborer et évaluer : «le vol ou la perte d'une culture biologique»; «le vol de substances chimiques manifestement associées à la fabrication d'agents dangereux»; «l'achat ou le vol de filtres spéciaux»; «l'achat ou le vol d'un équipement spécial de manipulation (p. ex vêtements de protection, chambres d'isolement, boîtes à gants)»; «l'enlèvement de personnes possédant une expertise en haute technologie»; «la location d'installations isolées»; «l'achat d'équipement de laboratoire pouvant servir à des expériences en chimie, en biologie ou en physique nucléaire»; «des achats suspects de substances chimiques»; «le choix de cibles indéterminées par des terroristes»; et «les rapports de traitement de maladies inexpliquées ou peu fréquentes». Selon Mengel, «Il est très peu probable que l'on puisse observer même trois ou quatre de ces indices à un même endroit. Par conséquent, pour que l'acquisition de ces indices soit utile pour déceler des actes éventuels de terrorisme de haute technologie, il faudrait mettre en place un mécanisme d'échange de l'information» (1976 : 469);

2) stratégies de contre-acquisition. De nombreux auteurs insistent sur la nécessité d'un contrôle plus efficace de l'acquisition des substances dangereuses ou du matériel servant à les fabriquer (Douglass et Livingstone, 1987 : 173; Mengel, 1976 : 464 et 470; David, 1985 : 150). Douglass et Livingstone ont affirmé :

«L'absence d'un contrôle efficace sur l'obtention de cultures mortelles ou de substances chimiques dangereuses est un problème grave pouvant mener à un désastre qui exige l'intervention urgente du gouvernement. De même, il faudrait faire le point sur l'absence de normes sévères uniformes relatives à la manipulation, au stockage, à l'obtention et à la distribution d'agents pathogènes dans les établissements de recherche et les universités. L'objectif devrait être de rendre plus difficile aux personnes non autorisées l'accès à ces établissements et aux cultures mortelles qu'on y cultive, sans nuire à la recherche scientifique légitime.» (1987 : 173).

De même, Mengel demande qu'on adopte de nouvelles lois pour «élaborer des normes visant à protéger certains matériels et équipements critiques pour la fabrication d'armes de hautes technologie» et que «l'achat et la possession de matériels spéciaux associés au terrorisme de haute technologie exigent un permis» (1976 : 470). Également dans cette catégorie, Buck, qui insiste sur le rôle des pays qui appuient le terrorisme, déclare que «l'une des étapes les plus importantes est d'exercer un contrôle mondial pour empêcher que des armes nucléaires, chimiques et biologiques tombent entre les mains d'États souverains susceptibles d'utiliser ces armes à des fins terroristes» (1989 : 435). De même, Marshall cite l'argument de «nombreux analystes» qui affirment que «les meilleurs moyens d'empêcher les pays et les terroristes d'utiliser les armes chimiques et biologiques sont d'empêcher la prolifération de ces armes et de maintenir les interdits moraux qui les entourent» (1990 : 368). Plus loin, lorsqu'il fait allusion aux deux objectifs d'empêcher l'accès aux armes et de «délégitimiser» les armes chimiques et biologiques, il affirme (avec en tête la Convention sur les armes chimiques dont on commençait à parler) que «de nombreux experts estiment que ces deux objectifs seront plus facilement atteints dans le cadre d'un traité multilatéral contrôlable» (1990 : 378).

3) protection passive. Sous cette rubrique, Griffiths demande que les services de police soient munis d'un équipement de protection tels des masques respiratoires ou des cagoules contre les produits chimiques, des combinaisons, des gants et des bottes en caoutchouc (1992 : 222). De même, Mengel demande qu'on puisse disposer d'équipement spécialisé, comme des trousses de tests chimiques de base pour faire face à des situations impliquant des agents chimiques ou biologiques (1976 : 462 et 466). Selon Mengel :

«On convient généralement que les ressources physiques sont suffisantes pour soulager les victimes du terrorisme de haute technologie. Mais il n'y a pas d'équipement permettant d'intervenir tôt lors d'incidents faisant appel à la haute technologie. L'équipement permettant de réagir face à des situations mettant en cause des agents chimiques, biologiques et nucléaires n'est pas assez répandu pour qu'on puisse intervenir efficacement.» (1976 : 462).

Néanmoins, Mendel juge que :

«l'accent dans l'attribution des ressources devrait être mis sur les besoins en matière de plans d'intervention d'urgence, sur la définition des moyens disponibles (tant internes qu'externes) et sur leur intégration dans le plan d'ensemble. Il ne semble pas nécessaire que les autorités locales et même celles des États investissent dans l'achat d'un équipement sophistiqué pour combattre le terrorisme de haute technologie. Du point de vue des ressources nécessaires, il semble que le concept d'équipes d'intervention fédérales soit un des meilleurs concepts envisageables dans un proche avenir...» (1976 : 472);

Les autres mesures de «protection passive» pourraient être :

  • une meilleure surveillance des «dépôts d'armes chimiques et biologiques militaires» (Ponte, 1977 : 124);
  • la décentralisation et la surveillance étroite des services d'eau publics (Ponte, 1977 : 124);
  • la «surveillance accrue» des autres cibles possibles (Mengel, 1976 : 464), bien que cela soit très difficile étant donné la nature et le grand nombre de ces cibles;
  • la mise au point de techniques de détection précoce (OTA, 1991 : 32, 52-54, 87-90; OTA, 1992 : 5). Selon le US Congressional Office of Technology Assessment : «Un des éléments importants de défense contre un attentat aux agents chimiques et biologiques serait de pouvoir déceler rapidement la présence de tels agents dans l'air ou l'eau. Les systèmes à base de laser semblent prometteurs pour la détection précoce. Parmi les autres domaines d'intérêt, mentionnons la mise au point de dispositifs de protection portatifs ou miniaturisés» (OTA, 1991 : 32). Mais l'OTA mentionne certains problèmes :

«Un des grands problèmes qui se posent dans la détection d'un attentat chimique ou biologique est la variété d'agents possibles et la nécessité de rechercher la signature d'agents connus (parfois bien précis). Cela limite immédiatement la méthode de détection aux substances connues. Une nouvelle substance, inconnue jusqu'alors, pourrait passer inaperçue, du moins un certain temps. Malheureusement, il n'est pas possible de rechercher une caractéristique commune à ces agents; il n'y en n'a pas.» (OTA, 1991 : 53).

Répétons-le : «Les détecteurs à distance et les détecteurs ponctuels servent à détecter un agent bien particulier. Pour utiliser la télédétection optique, il faut connaître le spectre d'émission ou d'absorption de l'agent.» (OTA, 1991 : 54);

  • «l'évacuation des personnes en danger» (OTA, 1991 : 32);
  • «la mise au point et le stockage de vaccins, d'antidotes, d'antibiotiques et d'agents antiviraux pour combattre les menaces les plus probables (selon l'évaluation des renseignements obtenus)» (OTA, 1992 : 5 et OTA, 1991 : 32); et
  • diverses mesures de prévention contre la falsification de produits, énumérées par Jenkins : «emballages révélant facilement qu'il y a eu violation», comme des «sceaux difficiles à remplacer lorsqu'ils sont brisés»; une surveillance accrue aux points de vente», notamment de «nouveaux lecteurs de code à barres aux caisses [...] pour retrouver plus facilement les données concernant les ventes»; «la mise au point de dispositifs électroniques de codage sur les étiquettes de manière à empêcher le retour ou la revente de produits falsifiés», «des machines distributrices [...] modifiées pour empêcher l'introduction de produits falsifiés», et «des détecteurs de substances chimiques pour révéler la présence de certains poisons» (1989 : 3).

4) moyens de défense active. À peu près la seule proposition spécifique appartenant à cette catégorie est la suggestion par Douglass et Livingstone concernant la création d'une «force d'intervention secrète» contre les pays qui appuient le terrorisme chimique et biologique :

«Les pays qui appuient le terrorisme chimique ou biologique devraient être tenus responsables de tous les actes terroristes auxquels ils ont participé. Ils devraient faire l'objet de sanctions économiques et commerciales sévères et, s'il y a lieu, d'interventions militaires. Bien que de telles mesures puissent rebuter les coeurs sensibles, la prévention des attentats chimiques et biologiques aux États-Unis - probablement la menace la plus effrayante qui pèse sur ce pays - est un problème grave qui ne peut pas être résolu par des demi-mesures ou la simple répression.» (1987 : 175).

Marshall, toutefois, signale les problèmes qu'il y a à se fier à la dissuasion par la menace de représailles : «Les terroristes ne réagissent habituellement pas aux moyens dissuasifs qui peuvent être efficaces envers des pays, car le pays victime de terrorisme sait rarement sur qui exercer des représailles à la suite d'un incident terroriste» (1990 : 378). Ponte affirme la même chose en termes un peu plus colorés : «Avec de telles armes, le technoterroriste est, sous certains angles, plus puissant que des gouvernements, car il peut se cacher, puis se déplacer et frapper à volonté sans craindre plus de représailles qu'un criminel ordinaire, et il peut faire plier un gouvernement.» (1980 : 53).

5) planification d'urgence. Parmi les nombreuses suggestions faites dans cette catégorie, mentionnons :

  • formation de la police locale et d'autres agents pour qu'ils sachent reconnaître les indices d'un attentat imminent (Douglass et Livingstone, 1987 : 173 : Mullen, 1978 : 89), étudier les «caractéristiques de base» des agents eux- mêmes qui «permettent de faire une évaluation préliminaire de la nature de l'attentat» et combattre le terrorisme de haute technologie en général, notamment par l'étude des techniques de négociation (Mengel, 1976 : 462-463 et 466). Douglass et Livingstone ajoutent à la liste les «indices associés à la production clandestine d'une arme chimique ou biologique», «le vol de certains types de matériel de laboratoire, l'entrée par effraction dans des établissements où des organismes de classe trois sont conservés, et l'élimination de carcasses d'animaux utilisés à des fins d'expérimentation», et ils ajoutent : «la plupart des services de police et des autres organismes d'application de la loi des États et des comtés ne pourraient probablement pas faire le lien entre la découverte d'un appareil spécialisé permettant de fabriquer un agent ou d'une chambre d'essai d'un aérosol et la possibilité que quelqu'un soit en train de fabriquer une arme chimique ou biologique» (1987 : 173);
  • la création d'une équipe d'intervention en cas de crise chimique ou biologique, analogue à la Nuclear Emergency Search Team (NEST, Équipe d'intervention en cas d'urgence nucléaire) et dirigée par le FBI (Douglass et Livingstone, 1987 : 173-174)130. Douglass et Livingstone affirment : «Il n'y a pas de doute qu'il faut créer une unité disposant des ressources et de fonds au moins équivalents à ceux de la NEST. Toutefois, ils font remarquer : «L'équipe devra disposer de techniques, d'équipement, de soutien, de données, de canaux de liaison et d'une structure interne qui s'écarteront beaucoup de ceux de la NEST, car le problème des armes chimiques et biologiques est très différent du problème nucléaire.» (1987 : 174);
  • la dissémination de l'information publique relative aux «méthodes de décontamination et de traitement antiseptique, et aux abris adéquats» (Kupperman et Trent, 1979 : 101). De même, Mengel propose «la publication de plans et de programmes d'information publique» (1976 : 464). Mullins fait observer que «l'établissement d'un ensemble de mesures d'éducation, de renseignement et de vigilance est la clé pour réduire la menace du terrorisme NBC», mais il déclare : «Cet effort doit commencer au niveau des organismes fédéraux, d'État et locaux d'application de la loi. Tant que ces organismes n'auront pas reçu toute l'information voulue pour prendre la menace au sérieux, la population ne pourra pas être éduquée» (1992 : 117);
  • l'«élaboration d'une politique avisée de gestion des crises à divers niveaux de gouvernement» (Mullen, 1978 : 89), l'accent étant mis sur la planification entre les organismes (OTA, 1992 : 5131) et sur la planification au niveau local et des États (Mengel, 1976 : 462-463 et 472). Mengel affirmait, en 1976 :

«La planification relative au terrorisme de haute technologie en est à un stade rudimentaire et se caractérise par des problèmes de décentralisation des pouvoirs et des ressources, de définition des compétences et de carences dans le domaine de l'acquisition et de l'échange des renseignements. À chaque palier de gouvernement, les pouvoirs relatifs aux incidents impliquant du matériel nucléaire sont explicitement de compétence fédérale, et de nombreux États ont une législation parallèle. En ce qui a trait aux agents chimiques et biologiques, toutefois, la démarcation des pouvoirs n'est pas aussi nette.» (1976 : 463).

Mengel affirme que pourtant «...la planification est le principal facteur en jeu dans le contrôle. Sans planification, d'autres aspects du contrôle sont appelés probablement à échouer au moment de la mise en oeuvre» (1976 : 472). Comme dans le domaine de la falsification des produits, dans le secteur privé, Jenkins signale que «les fabricants d'aliments et de médicaments se sont mieux préparés à réagir : plans d'information d'urgence à l'intention du public, méthodes de retrait rapide et efficace des produits incriminés et simulations pour former les décideurs et élaborer des moyens de faire face à la situation» (1989 : 3);

  • la promulgation de nouvelles lois clarifiant les questions de compétence et indiquant une orientation particulière (Mengel, 1976 : 470). Selon Mengel, «la résolution des problèmes de compétence est à la base de l'efficacité de la planification, de la coordination et de l'intervention. Il est essentiel de délimiter les pouvoirs et les responsabilités tant latéralement que verticalement dans les relations à l'échelle locale, des États et fédérale» (1976 : 472); et
  • «des plans précis d'intervention après un attentat de manière à rétablir la vie normale de la collectivité» (Mengel, 1976 : 464).

Certains auteurs ont comparé la situation qui consiste à se défendre contre le terrorisme chimique et biologique et celle qui entoure la protection contre les armes nucléaires. «Les gouvernements utilisent des techniques d'avant-garde face aux matières et aux armes nucléaires», affirment Kupperman et Woolsey, «mais ils sont par contre très mal préparés pour faire face aux incidents faisant appel à des agents chimiques ou biologiques» (1988 : 5). En fait, les premiers auteurs qui se sont exprimés sur le sujet déploraient l'absence d'attention accordée aux menaces de terrorisme chimique et biologique comparativement à celle accordée au terrorisme nucléaire en général. Par exemple, Mengel déclarait en 1976 : «L'élément le plus important du problème global que représente le terrorisme de haute technologie est que, mis à part le terrorisme nucléaire, les autres formes n'ont reçu l'attention d'aucun niveau de gouvernement» (1976 : 462). Même en 1990, Marshall déclare que «les É.-U. n'ont pas réellement tenté de se préparer à réagir contre des menaces ou des actes terroristes faisant appel à des armes chimiques ou biologiques» et qu'il n'y avait pas d'équivalent de la NEST pour les attentats chimiques ou biologiques. Il a cité un agent non identifié du State Department qui aurait affirmé «qu'un groupe de ce genre n'en est qu'au stade initial de formation» (1990 : 378).

Plus récemment, toutefois, les gouvernements ont commencé à corriger le déséquilibre évident à cet égard. L'ambassadeur L. Paul Bremer III a déclaré devant le Congrès, en mai 1988, que le U.S. Inter-Departmental Group on Terrorism (IG/T), dont il est le président, s'intéressait au terrorisme de haute technologie. Selon Bremer :

«Sous la direction du IG/T, nous appliquons un programme dynamique de R-D sur les nouvelles technologies qui pourraient être utilisées par des terroristes ou par ceux qui les combattent. Un comité formé de scientifiques reconnus a aidé le IG/T à classer par ordre de priorité plus de 70 projets de recherche [...] Notre programme financé sur un compte du State Department, a jusqu'à maintenant affecté 17 millions de dollars à 22 projets différents...

L'an dernier, nous avons amorcé un programme visant à coordonner nos travaux de R-D sur le terrorisme de haute technologie avec ceux des pays ayant les mêmes objectifs. Jusqu'à maintenant, nous avons proposé de telles activités avec le Royaume-Uni, le Canada, la République fédérale d'Allemagne et le Japon. Ces travaux ne font que débuter, mais j'espère qu'ils donneront d'excellents résultats dans les années à venir.

Nous avons également créé un Groupe de travail sur les armes nucléaires, biologiques et chimiques (NBC). Ce groupe spécialisé étudie la capacité de notre gouvernement de réagir face à des menaces NBC [...] le gouvernement fédéral est assez bien préparé à réagir face à des menaces de terrorisme nucléaire. Nous nous efforçons d'être également prêts à réagir face à des menaces de terrorisme chimique et biologique. Le groupe de travail sur les armes NBC a également mis sur pied un programme dynamique d'exercices pour vérifier notre capacité de réagir face à de telles menaces. Divers exercices ont fait intervenir le gouvernement fédéral seul, le gouvernement fédéral assurant la coordination avec les autres niveaux de gouvernement et le gouvernement fédéral avec d'autres pays.» (1988 : 13-15).

À la même session du Subcommittee on Technology and the Law du US Senate Judiciary Committee, Oliver B. Revell, adjoint administratif au directeur du FBI, a déclaré : «Bien que les États-Unis n'aient pas encore connu d'acte terrorisme faisant intervenir des armes nucléaires, chimiques, biologiques ou d'autres armes de haute technologie», le FBI a «continué à coordonner activement les activités de nombreux organismes visant à se préparer à des crises de ce genre» (1988 : 15). Il a ajouté :

«L'un des projets les plus ambitieux en cours actuellement au FBI est l'élaboration d'un programme d'intervention face au terrorisme chimique et biologique...

La multiplication des armes chimiques dans les pays du Tiers Monde a augmenté la possibilité que des terroristes acquièrent de telles armes et la capacité de s'en servir. Le fait que certains pays appuient le terrorisme augmente la possibilité qu'un incident de ce genre se produise. Le FBI a admis que cette possibilité existe réellement et il s'efforce actuellement de préparer une intervention concertée de divers organismes face à une telle menace. Essentiellement, cette capacité d'intervention comprendra un élément destiné à évaluer la crédibilité de toutes les menaces et un groupe d'intervention formé de membres des divers organismes utilisant l'expertise du Department of Defense et d'autres organismes fédéraux, en collaboration avec des organismes locaux et des États. Une fois qu'on aura établi qu'une menace est réelle, on déploiera le groupe d'intervention, qui aura reçu une formation poussée, sur la scène appropriée pour résoudre rapidement la crise. Dans l'éventualité d'un incident terroriste, le FBI aura la responsabilité de traiter tous les aspects de la crise qui ont trait à l'observation de la loi. On a élaboré une procédure pour transférer la gestion des conséquences d'un incident à la Federal Emergency Management Agency si ces conséquences entraient dans le mandat de cet organisme. Ce projet est actuellement au stade de la planification.» (1988 : 16-17).

Devant le même sous-comité, plusieurs mois plus tard, Revell a ajouté : «Chacun des 58 bureaux locaux du FBI aura préparé des plans d'urgence visant expressément une crise de terrorisme chimique ou biologique [...] nous donnerons une formation spécialisée à nos agents spéciaux et à d'autres cadres supérieurs pour que le FBI puisse réagir rapidement et efficacement face à une telle crise.» (1988b : 3). Le représentant de la Federal Emergency Management Agency (FEMA), à cette même audience du 15 septembre 1988, a révélé l'existence d'un «sous-groupe du groupe de travail sur les armes NBC susmentionné, chargé de la R-D sur les moyens d'intervention face à un incident chimique ou biologique» (Woloshyn, 1988 : 6).

Dans la partie de l'étude de l'OTA de 1991 traitant du terrorisme chimique et biologique, on fait observer : «ce sujet se voit généralement accorder une faible priorité, mais il y a une exception : les travaux entrepris par le Technical Support Working Group (TSWG) auxquels participent plusieurs organismes». Et on ajoute qu'«il existe certaines tentatives de développer des moyens de détection et de protection applicables au terrorisme, notamment par le TSWG» (1991 : 32). On poursuit :

«Il est évidemment difficile de se préparer à une menace si mal définie. Peu de travaux portent directement sur la menace terroriste; les recherches ont surtout porté sur les aspects touchant les champs de bataille. Toutefois, une partie des recherches sur la détection que l'armée effectue dans le cadre de son programme sur les armes chimiques et biologiques peut s'appliquer directement au contre-terrorisme. Le Chemical Research, Development and Engineering Center de l'armée effectue également des recherches portant spécifiquement sur le contre-terrorisme chimique et biologique.» (1991 : 52).

Dans l'annexe D de son rapport publié en 1991, l'OTA résume un certain nombre de projets, aux États-Unis, portant sur les systèmes de détection des armes chimiques et biologiques, notamment un projet de mise au point d'un dispositif de détection biochimique automatisé utilisable sur le terrain, auquel on consacre «environ 5 millions de dollars par année»; un projet prévu de 30 millions de dollars pour la mise au point, la production et l'utilisation d'un spectromètre de masse capable de détecter des agents chimiques et biologiques, auquel on a consacré 8,8 millions de dollars au cours de l'exercice de 1990; et de plus petits projets comme un système de surveillance de l'air dans les immeubles, un système de surveillance de l'eau en temps réel, un système de détection combiné, un télédétecteur, un laboratoire mobile et une cagoule améliorée (1991 : 87-90).

L'OTA, dans son étude de 1992, est arrivé à la conclusion que «la coordination entre les organismes, en ce qui concerne les interventions face au terrorisme chimique et biologique, s'est beaucoup améliorée récemment; cela s'imposait d'ailleurs. Il existe maintenant un plan d'intervention faisant intervenir plusieurs organismes si une telle éventualité se présentait.» Toutefois, il ajoute :

«...il faut plus de coordination et plus de R-D pour améliorer notre capacité à réagir. Étant donné que la menace du terrorisme chimique et biologique est bien réelle et que les conséquences qui pourraient en découler seraient désastreuses, il serait approprié que les pouvoirs exécutifs et législatifs interviennent rapidement dans ce domaine.

Le plan établi récemment qui vise à coordonner les interventions d'urgence des divers organismes face à un attentat chimique ou biologique est un bon début, mais il est urgent de le parachever. Il faut accélérer sa mise en oeuvre finale et y consacrer plus de ressources financières et de gestion. (1992 : 5).

Le US House Committee on Armed Services, qui partage apparemment cette opinion, a tout simplement recommandé, en 1993, que «les États-Unis renforcent leur programme de planification d'urgence dans l'éventualité où des terroristes utiliseraient des armes chimiques ou biologiques» (1993 : 66).

La description non classifiée la plus détaillée de la structure et des programmes actuels du gouvernement qui ont pour but de combattre le terrorisme chimique et biologique se retrouve dans le Report on Nonproliferation and Counterproliferation Activities and Programs, publié en mai 1994 par le bureau du secrétaire adjoint de la défense, John M. Deutch. Selon ce rapport, le bureau du coordonnateur du contre-terrorisme du State Department «contribue à coordonner les efforts du gouvernement américain pour être mieux préparé à intervenir en cas d'incident mettant en jeu des armes de destruction massive à base d'agents chimiques ou biologiques à l'extérieur des États-Unis», alors que le FBI «est chargé de diriger et de coordonner l'intervention des États-Unis face à des incidents terroristes qui surviennent à l'intérieur de ses frontières, y compris les incidents mettant en jeu des armes chimiques ou biologiques» (US Department of Defense, 1994 : D-1). Le Interagency Working Group on Counterterrorism (IWG/CT), présidé par le coordonnateur du contre-terrorisme, comprend trois groupes connexes : un groupe de travail sur les armes nucléaires, biologiques et chimiques; un groupe de soutien technique et un groupe de travail sur les exercices.

Le programme national de recherche et de développement sur le contre-terrorisme est appliqué par le groupe de soutien technique et financé par le State Department et le Department of Defense. Le rapport du pentagone signale :

«À titre de co-président avec le Department of Energy, le DoD (OASD-SO/LIC) s'occupe d'appliquer le programme et fournit un soutien administratif par l'entremise du Naval Research Detachment de l'Office of Special Technology, à Ft. Washington (Maryland). Le DOE (Office of Nonproliferation and National Security - OTA) est responsable de la coordination de l'infrastructure existante au sein du système de laboratoires nationaux du DOE qui est lui-même responsable de la mise au point des technologies visant à combattre le terrorisme et les armes de destruction massive. Une trentaine d'organismes américains sont représentés au sein du groupe de soutien technique et de des divers sous-groupes fonctionnels.

Au sein du groupe de soutien technique, le sous-groupe des mesures pour combattre les armes de destruction massive, qui est co-présidé par le Edgewood Research, Development and Engineering Center de l'armée américaine et le Department of Energy, s'occupe principalement de déterminer la technologie, les exigences et les projets d'intervention face au terrorisme faisant appel à des armes de destruction massive...

Comme ce groupe a été créé à la fin de 1986, près de 30 % des fonds votés par le Congrès pour le programme national de recherche et de développement pour combattre le terrorisme ont été affectés à la R-D sur les questions entourant le terrorisme faisant appel à des armes de destruction massive.» (D-1).

Le rapport mentionne au total quatorze «projets sur les moyens d'intervention en cas de terrorisme chimique ou biologique», dont certains sont terminés ou «en évolution» depuis l'exercice de 1987, ainsi que cinq projets encore actifs ou nouveaux projets. Dans cette dernière catégorie, mentionnons un projet concerté avec le R.-U. et le Canada visant à «intégrer les travaux sur les mousses aqueuses de confinement et le bouclier suppresseur ventilé en un seul système que les équipes d'intervention d'urgence pourraient utiliser» (D-3). Parmi les projets terminés, mentionnons une cagoule de poche «de circonstance» servant à se protéger contre les agents chimiques qui serait déjà utilisée par les services secrets américains; le prototype d'un laboratoire mobile permettant d'analyser des agents chimiques ou biologiques sur le terrain «opérationnellement maintenu» par l'Environmental Protection Agency; le prototype d'un dispositif de surveillance servant à déceler rapidement les substances toxiques dans les aliments et les médicaments «opérationnellement maintenu» par la Food and Drug Administration; des mesures de protection des véhicules utilisées par les services secrets; un système servant à atténuer les effets des agents chimiques et biologiques en cas d'attentats réalisés au moyen d'explosifs utilisé par les équipes d'intervention d'urgence ou d'escorte technique de l'armée américaine; un système non intrusif servant à détecter la présence d'agents dans des contenants scellés utilisé par le service d'escorte technique de l'armée américaine; un «dispositif d'analyse rapide de substances chimiques» maintenu et utilisé par le FBI; ainsi que des détecteurs miniatures de vapeurs chimiques utilisés par les équipes d'intervention d'urgence.

Il existe également des prototypes d'un dispositif de surveillance de l'air dans les immeubles, d'un détecteur d'agents chimiques et biologiques dans l'eau et l'air, d'un «télédétecteur» capable de détecter des nuages de substances biologiques dangereuses à des distances de sécurité de 1 à 5 km et d'un système automatique de détection de contaminants dans les approvisionnements en eau potable. Les projets actifs ou nouveaux comprennent un détecteur miniature d'agents chimiques et biologiques servant à détecter et à identifier des substances chimiques sous forme de vapeurs; un système d'atténuation des effets des aérosols d'agents chimiques et biologiques permettant de «capter activement les nuages de particules» (D-3); et un détecteur portatif de toxines biologiques, de virus et de bactéries pathogènes.

Sous la rubrique «Autres initiatives internationales», le rapport révélait :

«De concert avec les gouvernements du Royaume-Uni et du Canada, les É.-U. ont entrepris un programme trilatéral d'échange d'information et de collaboration dans les secteurs suivants de manière à accroître nos capacités mutuelles dans le domaine du contre-terrorisme chimique et biologique : la R-D sur de l'équipement; la gestion des incidents et les activités d'enquête; les méthodes et les activités ayant trait à la gestion des conséquences; l'entraînement et l'exercice des forces d'intervention; ainsi que l'évaluation des renseignements, la modélisation et les activités de soutien dans le domaine du terrorisme chimique et biologique. Ces travaux sont en cours et semblent très prometteurs.» (D-3).

Sous la rubrique «L'année 1995 et au-delà», le document souligne l'orientation que prendront les efforts futurs de R-D visant à contrer la menace de terrorisme chimique et biologique :

«En ce qui concerne les moyens d'intervention face au terrorisme chimique et biologique, nous cherchons à utiliser des technologies permettant de créer des systèmes portables et déployables pouvant détecter rapidement des agents chimiques ou biologiques de manière non intrusive et nous avertir rapidement au cas où ces agents seraient utilisés dans des attentats terroristes. Nous recherchons également des techniques et des systèmes efficaces de suppression, d'atténuation ou d'isolement des effets des agents chimiques et biologiques pouvant provenir de dispositifs explosifs improvisés. La probabilité que des terroristes utilisent ces dispositifs dans un milieu urbain nous oblige à faire de plus amples recherches sur les techniques de protection, notamment sur les écrans et filtres pouvant être déployés rapidement. Les systèmes utilisés doivent être conçus tout particulièrement pour atténuer les effets de l'explosion et des aérosols renfermant de grosses particules et servir de dispositif de confinement secondaire des vapeurs et aérosols dangereux. Pour atténuer les effets des agents chimiques ou biologiques après un incident, il faut mettre au point des techniques spécifiques semblables à celles permettant de faire déposer les particules dans la fumée, des techniques permettant d'absorber ou de capter les aérosols» (D-3).

Ils ont déterminé «les lacunes dans les capacités opérationnelles qui devront être comblées en priorité» dans le secteur du contre-terrorisme :

  • capacité de trouver les armes de destruction massive;
  • capacité de neutraliser les armes de destruction massive;
  • amélioration de l'équipement de protection personnelle contre les agressions;
  • exploitation des systèmes et du savoir-faire d'autres pays; et
  • amélioration des capacités de décontamination. (29).

En ce qui concerne les ressources financières, dans le rapport du Pentagone de 1994, on estimait que le «budget prévu pour la non prolifération et la contre-prolifération des armes dans le secteur du contre-terrorisme» (probablement toutes les armes de destruction massive) pour l'exercice de 1995 se détaillait comme suit :

Department of Defense (unique) : 10,7 millions de dollars

Department of Defense (très apparenté) : 55,1 millions de dollars

Department of Energy : 35,3 millions de dollars

Department of State : 1,8 million de dollars (C-1).

Enfin, sous la rubrique «Améliorations nécessaires dans le domaine de la non/contre-prolifération», on estimait à 35 millions de dollars le budget consacré cette année-là aux méthodes de détection, de localisation et de neutralisation des armes de destruction massive dans les seuls États-Unis, et on recommandait de l'augmenter de 10 millions de dollars par année, notamment pour contrer la menace des armes chimiques et biologiques (32). En ce qui concerne le budget consacré aux méthodes fiables et rapides de détection, de localisation et de neutralisation des armes de destruction massive cachées par un pays hostile ou des terroristes dans un milieu fermé à l'extérieur des États-Unis, on l'estimait, la même année, atteindre 3 millions de dollars. Dans le même rapport, on s'inquiétait qu'un «système semblable à la NEST ne soit pas complètement en place pour les activités à l'extérieur des États-Unis», et on recommandait d'augmenter le budget de 15 millions de dollars par année à ce chapitre (33).

En septembre 1994, Intelligence Newsletter a signalé que, dans le cadre du programme de contre-prolifération de l'administration Clinton, on faisait l'essai d'«équipes de déploiement rapide et de leur capacité d'intervenir en cas d'attentat biologique ou chimique, notamment les attentats perpétrés par des terroristes sur le territoire des É.-U.» On poursuit :

«...on ne sait pas si la Nuclear Emergency Search Team (NEST) du DoE sera l'organisme désigné pour s'occuper de la menace du terrorisme biologique et chimique. Leur mandat ne portait jusqu'à maintenant que sur les armes nucléaires, mais le DoE et le Pentagone ont clairement indiqué que la NEST devrait s'occuper des interventions d'urgence liées à tous les types d'attentats ou de situations mettant en jeu des armes de destruction massive, étant donné l'expérience qu'elle a acquise au cours de la dernière décennie dans ses interventions face à des menaces nucléaires. En outre, la NEST, avec ses laboratoires à Los Alamos, a démontré ses vastes compétences dans ce domaine lorsqu'elle a récemment mis au point et utilisé sur le terrain un prototype de radar optique (LIDAR) pour la "détection d'agents biologiques à distance de sécurité".»

Citant un «rapport officiel sur la contre-prolifération», le bulletin décrit le projet de LIDAR :

«...Les essais, effectués conjointement par les laboratoires de Los Alamos et l'armée américaine, ont commencé en mai 1993, aux polygones d'essai de Dugway; on a utilisé un hélicoptère UH60 Blackhawh appartenant au Task Force 160 (qui travaille avec la NEST). Le prototype "a détecté des simili-agents biologiques à une distance de 30 km au cours de chacun de ses vingt vols", selon le rapport [...] On y affirmait également qu'il était "possible de mettre au point un système de détection LIDAR aux UV pour détecter des agents biologiques et chimiques".» (Intelligence Newsletter, 1994d).

Environ deux mois plus tard, le même bulletin signalait que «des unités d'opérations spéciales de l'armée de terre et de l'air ont grossi les rangs de la Nuclear Emergency Search Team (NEST) du Department of Energy ces derniers mois pour effectuer des exercices sur l'interdiction des armes de destruction massive». Il ajoutait :

«Des unités d'intervention spéciales de la NEST dans le domaine des armes nucléaires, chimiques et biologiques, pouvant être déployées totalement, devraient être prêtes au plus tard à la fin de l'année prochaine, selon des sources de l'armée et des services de renseignement. Des unités seront stationnées en permanence à de nombreux endroits aux É.-U. et à des postes stratégiques outre-mer, plus particulièrement dans la région du golfe Persique et près de capitales non identifiées d'Europe occidentale.» (Intelligence Newsletter, 1994e).

Nous n'avons presque pas trouvé, dans la littérature non classifiée examinée pour la rédaction du présent rapport, des données concernant des plans et des programmes de gouvernements autres que celui des É.-U. Toutefois, on a mentionné récemment des efforts de la France dans ce domaine; ainsi, un rapport sur le terrorisme chimique et biologique a été présenté au premier ministre Édouard Balladur au début de 1994 et, par la suite, le Secrétariat général de la Défense nationale (SGDN) de la France allait «restructurer en profondeur son plan «PIRATOX», en 1995, pour combattre ces activités» (Intelligence Newsletter, 1994a : 6).

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